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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Hortense, qui s’entraînait à faire toute la longueur de la piscine en gardant la tête sous l’eau, surgit à leur côté au moment même où Alexandre répétait « papa et maman ! divorcés ! ». Elle décida de faire celle qui n’écoutait pas pour mieux entendre. Alexandre et Zoé se méfiaient et ils se turent dès qu’ils la virent faire la planche devant eux. S’ils se taisent, c’est que c’est sérieux, pensa Hortense. Divorcés, Iris et Philippe ? Si Philippe quitte Iris, Iris aura beaucoup moins d’argent et elle ne pourra plus me gâter comme elle le fait. Ce maillot de bain rouge, il a suffi que je le regarde, cet été, pour qu’aussitôt Iris me l’offre. Elle songea à l’ordinateur. Elle avait été stupide de refuser celui qu’Iris se proposait de lui acheter : il aurait été dix fois plus beau que celui que sa mère choisirait. Elle parlait tout le temps d’économies. Qu’est-ce qu’elle est rabat-joy avec ses économies ! Comme si papa était parti sans lui laisser d’argent ! Impensable. Il n’aurait jamais fait ça. Papa est un homme responsable. Un homme responsable paie. Il paie en faisant croire qu’il ne paie pas. Il ne parle pas d’argent. C’est ça la classe ! La vie est vraiment nulle à chier, songea-t-elle en reprenant son parcours sous l’eau. Y a que Henriette qui sache se débrouiller. Chef ne partira jamais. Elle refit surface et observa les gens autour d’elle. Les femmes étaient élégantes, et leurs maris, absents : occupés à travailler, à gagner de l’argent pour que leurs femmes ravissantes puissent se prélasser au bord de la piscine dans le dernier maillot Eres, sur une sortie de bain Hermès. C’était son rêve d’avoir une de ces femmes comme mère ! Je prendrais n’importe laquelle ici, songea-t-elle. N’importe laquelle sauf ma mère. J’ai dû être échangée à la maternité. Elle était vite sortie de sa cabine pour venir embrasser sa tante et se coller contre elle. Pour faire croire à toutes ces femmes magnifiques qu’Iris était sa mère. Elle avait honte de sa mère. Toujours maladroite, mal habillée. Toujours à faire des comptes. À s’essuyer les ailes du nez avec le pouce et l’index quand elle était fatiguée. Elle détestait ce geste. Son père, lui, était chic, élégant, il fréquentait des gens importants. Il connaissait toutes les marques de whisky, parlait anglais, jouait au tennis et au bridge, savait s’habiller… Son regard revint sur Iris. Elle n’avait pas l’air triste. Peut-être qu’Alexandre se trompait… Il est si ballot, celui-là ! Comme sa mère qui restait assise sans bouger, boudinée dans son peignoir. Elle ne se baignera pas, songea Hortense, je lui ai mis la honte !

— Tu ne te baignes pas ? demanda Iris à Joséphine.

— Non… je me suis aperçue dans la cabine que j’avais… que ce n’était pas la bonne période du mois.

— Qu’est-ce que tu es pudibonde ! Tu as tes règles ?

Joséphine hocha la tête.

— Eh bien, on va aller prendre un thé.

— Mais… les enfants ?

— Ils nous rejoindront quand ils en auront marre de tremper dans l’eau. Alexandre connaît le chemin…

Iris referma son peignoir, ramassa son sac, glissa ses pieds fins dans des mules délicates et se dirigea vers le salon de thé dissimulé derrière une haie de plantes vertes. Joséphine la suivit en indiquant du doigt à Zoé où elle allait.

— Un thé avec un gâteau ou une tarte ? demanda Iris en s’asseyant. Leurs tartes aux pommes sont délicieuses !

— Juste un thé ! J’ai commencé un régime en entrant ici et je me sens déjà plus mince.

Iris commanda deux thés et une tarte aux pommes. La serveuse s’éloigna, et deux femmes s’avancèrent en souriant vers leur table. Iris se raidit. Joséphine fut surprise de l’embarras évident de sa sœur.

— Bonjour ! s’exclamèrent les deux femmes en chœur. Quelle surprise !

— Bonjour, répondit Iris. Ma sœur Joséphine… Bérengère et Nadia, des amies.

Les deux femmes adressèrent un sourire rapide à Joséphine puis, l’ignorant, elles se tournèrent vers Iris.

— Alors ? Qu’est-ce que vient de m’apprendre Nadia ? Il paraît que tu te lances dans la littérature ? demanda Bérengère, le visage crispé par l’attention et une certaine convoitise.

— C’est mon mari qui m’en a parlé après ce dîner de l’autre soir où je n’ai pas pu venir, ma fille avait quarante de fièvre ! Il était tout émoustillé ! dit Nadia Serrurier. Mon mari est éditeur, précisa-t-elle en se tournant vers Joséphine qui fit semblant d’être au courant.

— Tu écris en cachette ! C’est pour ça qu’on ne te voit plus, reprit Bérengère. Je me demandais aussi… je n’avais plus de tes nouvelles. Je t’ai appelée plusieurs fois. Carmen ne t’a pas dit ? Maintenant, je comprends ! Bravo, ma chérie ! C’est formidable ! Depuis le temps que tu en parlais ! Au moins, toi, tu l’as fait… et on pourra lire quand ?

— Pour le moment, je joue avec l’idée… Je n’écris pas vraiment, dit Iris en triturant la ceinture de son peignoir blanc.

— Ne dites pas ça ! s’exclama celle qui s’appelait Nadia. Mon mari attend votre manuscrit… Vous l’avez alléché avec vos histoires de Moyen Âge ! Il ne me parle plus que de ça. C’est une brillante idée de rapprocher ces temps lointains avec ce qu’il se passe aujourd’hui ! Brillante idée ! Quand on voit le succès des romans historiques, une belle histoire avec le Moyen Âge en toile de fond, c’est sûr que ce serait un succès.

Joséphine eut un hoquet de surprise et Iris lui balança un coup de pied sous la table.

— Et puis, Iris, tu es tellement photogénique ! Rien qu’avec la photo de tes grands yeux bleus sur la couverture, on ferait un best-seller ! N’est-ce pas, Nadia ?

— Jusqu’à nouvel ordre, on n’écrit pas avec les yeux, riposta Iris.

— Je plaisantais mais à peine…

— Bérengère n’a pas tort. Mon mari dit toujours qu’un livre aujourd’hui, il ne suffit pas de l’écrire, il faut le vendre. Et c’est là que vos yeux feront un malheur ! Vos yeux, vos relations, vous êtes promise au succès, ma chère Iris…

— Reste plus qu’à l’écrire, ma chérie ! lança Bérengère en tapant des mains pour montrer à quel point cette histoire l’excitait.

Iris ne répondit pas. Bérengère regarda sa montre et s’écria :

— Oh mais il faut que je me dépêche, je suis en retard ! On s’appelle…

Elles la saluèrent et se retirèrent en faisant des petits signes amicaux. Iris haussa les épaules et soupira. Joséphine se taisait. La serveuse apporta les deux thés et une part de tarte aux pommes, ruisselante de crème et de caramel. Iris demanda à ce que l’addition fût mise sur son compte et signa le ticket de caisse. Joséphine attendit que la serveuse soit partie et qu’Iris lui donne des explications.

— Et voilà ! Maintenant, tout Paris va savoir que j’écris un livre.

— Un livre sur le Moyen Âge ! C’est une plaisanterie ? demanda Joséphine en précipitant le ton.

— Pas la peine d’en faire toute une histoire, Jo, calme-toi.

— Avoue que c’est surprenant !

Iris soupira encore et, rejetant ses lourds cheveux en arrière, elle se mit à expliquer à Joséphine ce qu’il s’était passé.

— L’autre soir, à un dîner, je m’ennuyais tellement que j’ai dit n’importe quoi. J’ai prétendu que j’écrivais et quand on m’a demandé quoi, j’ai parlé du XIIe siècle… Ne me demande pas pourquoi. C’est venu tout seul.

— Mais tu m’as toujours dit que c’était ringard…

— Je sais… Mais j’ai été prise de court. Et ça a fait mouche ! Tu aurais dû voir la tête de Serrurier, l’éditeur. Il était tout émoustillé ! Alors j’ai continué, je me suis enflammée comme toi quand tu en parles, c’est drôle, non ? J’ai dû répéter tes propos au mot près.

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