Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
1 ... 31 32 33 34 35 36 37 38 39 ... 145
Перейти на страницу:

Je vais mal, en ce moment. Cette apparence dégagée et aisée que j’ai entretenue si longtemps se craquelle, et il en émerge un bric-à-brac de contradictions. Il va bien falloir que je finisse par choisir. Aller dans une direction mais laquelle ? Seul l’homme qui s’est trouvé, l’homme qui coïncide avec lui-même, avec sa vérité intérieure, est un homme libre. Il sait qui il est, il trouve plaisir à exploiter ce qu’il est, il ne s’ennuie jamais. Le bonheur qu’il éprouve à vivre en bonne compagnie avec lui-même le rend presque euphorique. Il vit véritablement alors que les autres laissent couler leur vie entre les doigts… sans jamais les refermer.

La vie coule entre mes doigts. Je n’ai pas réussi à en trouver le sens. Je ne vis pas, j’aveuglette. Mal avec les autres, mal avec moi-même. J’en veux aux gens de me renvoyer cette image de moi que je n’aime pas et je m’en veux de ne pas être capable de leur en imposer une autre. Je tourne en rond sans avoir le courage de changer. Il suffit d’accepter une seule fois d’obéir aux lois des autres, de vivre en conformité avec ce qu’ils pensent pour que notre âme se débine et se délite. On se résume à une apparence. Mais, et soudain cette pensée la terrifia, n’est-il pas trop tard ? Ne suis-je pas déjà devenue cette femme dont je vois le reflet dans les yeux de Bérengère ? À cette pensée, elle frissonna. Elle saisit la main d’Alexandre, la serra fort et, dans son sommeil, il lui rendit sa pression en marmonnant « maman, maman ». Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle s’allongea contre son fils, posa la tête sur l’oreiller et ferma les yeux.

— Josiane, vous vous êtes occupée de mes billets pour la Chine ?

Marcel Grobz, planté devant sa secrétaire, lui parlait comme à un poteau indicateur. À un mètre au-dessus de la tête. Josiane ressentit une violente contraction dans la poitrine et se raidit sur sa chaise.

— Oui… Tout est sur le bureau.

Elle ne savait plus comment s’adresser à lui. Il la vouvoyait. Elle bégayait, cherchait ses mots, ses tournures de phrases. Elle avait supprimé tous les pronoms personnels de leur conversation et parlait en infinitifs ou indéfinis.

Il s’abîmait dans le travail, multipliait les déplacements, les rendez-vous, les repas d’affaires. Chaque soir, Henriette Grobz venait le chercher. Elle passait devant le bureau de Josiane, sans la voir. Un morceau de bois qui se déplace, coiffé d’un chapeau rond. Josiane les regardait partir, lui, voûté, elle, dressée sur ses ergots.

Depuis qu’il les avait surpris, Chaval et elle, devant la machine à café, il la fuyait. Il passait devant elle, s’enfermait dans son bureau pour n’en ressortir que le soir, en coup de vent, criant « À demain ! » et détournant la tête. Tout juste si elle avait le temps de le voir passer…

Et moi, je vais rester sur le pavé. Retour à la case Départ. Bientôt il me vire, me paie mes vacances, mon ancienneté, mes RTT, m’établit un certificat de conformité, me souhaite bonne chance en m’en serrant cinq et hop ! salut, poulette ! Va voir là-bas si j’y suis ! Elle renifla et ravala ses larmes. Quel con, ce Chaval ! Et quelle conne, ma pomme ! Pouvais pas me tenir tranquille ! Pouvais pas faire attention ! Jamais dans l’entreprise, je lui avais dit, pas un geste déplacé ni un souffle de baiser. Anonymat total. Boulot, boulot. Et il a fallu qu’il vienne planter sa tente sous le nez de Marcel. Plus fort que lui. Un coup de testostérone ! S’est senti obligé de jouer les Tarzan ! Pour me larguer ensuite en plein vol de la liane.

Parce que le beau Chaval l’avait renvoyée dans son foyer ! Après lui avoir vomi un poids lourd d’injures. Une telle ribambelle qu’elle en était restée coite. Certaines, même, qu’elle n’avait jamais entendues de sa vie !

Et pourtant, dans ce domaine, j’ai la science infuse.

Depuis, elle pleurait des baignoires.

Depuis, c’était morne purée tous les soirs. Je dois ressembler à une catastrophe aérienne. Éjectée en plein vol ! Alors que j’avais tout dans mes menottes : mon gros pépère d’amour, un amant jeune et fringant, et le roi Biffeton à mes bottes. Plus qu’à tirer les ficelles et le nœud était fait ! La belle vie à un jet de salive ! J’arrive même plus à penser droit : j’ai de la pâte à modeler dans la tête. Aux obsèques de la vieille, j’avais mis des lunettes noires et tout le monde a cru que je suffoquais de chagrin. Ça m’a bien arrangée !

Les obsèques de sa mère…

Josiane était arrivée en train, changement à Culmont-Chalindrey, avait pris un taxi (trente-cinq euros plus le pourboire), franchi à pied et sous la pluie la porte du cimetière pour retrouver, collés comme des berlingots sous leurs parapluies, tous ceux qu’elle avait abandonnés en leur faisant un pied de nez, vingt ans auparavant. Salut, les mecs ! Je m’en vais rouler carrosse à Paname ! Je reviendrai le cul jaune ou les pieds devant ! Pas sûr que ce soit une bonne idée de revenir ainsi à l’économie, sans pompe ni trompette, ni tralala pour leur clouer le bec ! « T’es venue en train ? T’as pas de voiture ? » La voiture, dans sa famille, c’était la classe internationale, le signe qu’on était « arrivé ». Qu’on dormait à l’Élysée. Que la réussite vous harcelait. « Non, j’ai pas de voiture parce qu’à Paris, c’est chic de rouler à pied. – Ah bon… » ils avaient dit et ils avaient plongé leur pif dans leur col noir pour ricaner « pas de voiture, pas de voiture ! La grosse nulle qu’elle est ! ».

Elle avait déboîté d’un coup sec et s’était approchée du trou où on avait placé la petite boîte de cendres. À fond les pin-pon. Et là ! Tout s’était mélangé et la baignoire avait débordé : Marcel, Maman, Chaval, plus personne, je suis seule, abandonnée, sans fric, sans perspectives, ratiboisée. J’ai huit ans et je guette la gifle qui va s’abattre. J’ai huit ans et j’ai les fesses qui font bravo tellement je tremble de peur. J’ai huit ans et j’ai le grand-père qui pénètre dans ma chambre en douce quand tout le monde dort. Ou fait semblant de dormir parce que ça les arrange.

Ce n’était pas sur sa mère qu’elle pleurait mais sur elle. Elle avait dû être conçue un soir de beuverie, avait toujours dû se démerder seule et n’avait jamais eu d’enfance. À cause de celle qui refroidissait dix pieds sur terre et s’en tamponnait le coquillard qu’elle soit violée, exploitée ou tout simplement malheureuse. La belle affaire ! Quand j’aurai le roi Biffeton dans la poche, j’irai m’allonger sur le divan d’un charlatan et je lui causerai de mes vieux ! On verra bien ce qu’il en dira.

De retour du cimetière, ils avaient fait bombance. Le vin rouge coulait à flots, saucisses et rillettes, pizzas et pâtés, Caprice des Dieux et farandoles de chips. Ils venaient tous la reluquer, la scruter, lui palper le pouls. « Ça va ? C’est comment la vie à Paris ? – Nickel chrome », elle disait, en leur pointant sous le nez le diamant planté de rubis que lui avait offert Marcel. En étirant le cou pour qu’ils lorgnent le collier de trente et une perles de culture des mers du Sud avec fermoir en diams et monture en platine. Elle s’étirait, s’étirait, devenait girafe pour leur faire baisser le rideau. « Et tu fais quoi comme travail ? Et t’es bien payée ? Et il te traite bien ton patron ? – Mieux serait insupportable », répondait-elle en serrant les dents pour empêcher la baignoire de déborder. Chacun venait, à son tour, et c’était les mêmes questions, les mêmes réponses, les mêmes bouches arrondies qui soulignaient l’ampleur de son succès. Ils en bavaient de stupéfaction et se resservaient un verre. Putain ! qu’ils disaient, ici, même pour être vendeuse au supermarché faut être pistonnée ! Ici, y a rien de rien à travailler ! Ici, on se demande où elle est passée la vie… Les vieux disaient : « De mon temps on commençait à treize ans, n’importe où, n’importe quoi mais y avait du travail, aujourd’hui y a plus rien. » Et ils se resservaient à boire. Bientôt ils seraient ronds comme des petits pois et entameraient les chansons cochonnes. Elle décida de partir avant les rengaines avinées. On n’était plus sûr de rien quand ils se mettaient à tanguer. Ils se disputaient, ils se débraillaient, ils se mélangeaient, ils réglaient des comptes de famille vieux de plusieurs années, ils cassaient les cols des bouteilles pour s’assassiner.

1 ... 31 32 33 34 35 36 37 38 39 ... 145
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)