Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Notre natalité est contrôlée, docteur Fastolfe ! Chaque famille n’a droit qu’à un nombre limité d’enfants.
— Sans doute, fit le Spacien en souriant avec indulgence, mais à un nombre limité d’enfants de toutes espèces, et non pas d’enfants sains. Et, de plus, vous avez de nombreux bâtards, et votre population croît constamment.
— Et qui peut donc décider quels sont les enfants qu’on laissera vivre ?
— C’est assez compliqué, et je ne saurais vous le dire en quelques mots. Un de ces jours, nous en reparlerons en détail.
— Alors, je ne vois pas en quoi consiste votre problème, dit Baley. Vous me semblez très satisfait de votre société, telle qu’elle est.
— Elle est stable, et c’est là son défaut : elle est trop stable.
— Décidément, vous n’êtes jamais content ! A vous entendre, notre civilisation décadente est en train de sombrer, et maintenant c’est la vôtre qui est trop stable.
— C’est pourtant vrai, monsieur Baley. Voilà deux siècles et demi qu’aucun Monde Extérieur n’a plus colonisé de nouvelle planète, et l’on n’envisage aucune autre colonisation dans l’avenir : cela tient à ce que l’existence que nous menons dans les Mondes Extérieurs est trop longue pour que nous la risquions, et trop confortable pour que nous la bouleversions dans des entreprises hasardeuses.
— Cela ne me semble pas exact, docteur Fastolfe, car, en venant sur la Terre, vous avez risqué de contracter des maladies.
— C’est vrai. Mais nous sommes un certain nombre, monsieur Baley, à estimer que l’avenir de la race humaine vaut la peine que l’on fasse le sacrifice d’une existence confortablement prolongée. Malheureusement, j’ai le regret d’avouer que nous sommes trop peu à penser cela.
— Bon ! Nous voici parvenus au point essentiel en quoi les Spaciens peuvent-ils améliorer la situation ?
— En essayant d’introduire des robots sur Terre, nous faisons tout notre possible pour rompre l’équilibre de votre économie.
— Voilà, certes, une étrange façon de nous venir en aide ! s’écria Baley dont les lèvres tremblèrent. Si je vous comprends bien, vous vous efforcez de provoquer exprès la création d’une catégorie de plus en plus importante de gens déclassés et de chômeurs ?
— Ce n’est, croyez-moi, ni par cruauté ni par manque de charité. Cette catégorie de gens déclassés, comme vous dites, nous en avons besoin pour servir de noyau à des colonisations nouvelles. Votre vieille Amérique a été découverte par des navigateurs dont les vaisseaux avaient pour équipages des galériens tirés de prison. Ne voyez-vous donc pas que la Cité en est arrivée à ne plus pouvoir nourrir le citoyen déclassé ? En quittant la Terre, non seulement il n’aura rien à perdre, mais il pourra gagner des Mondes Nouveaux.
— C’est possible, mais nous n’en sommes pas là, tant s’en faut !
— C’est hélas vrai ! soupira tristement le Dr Fastolfe. Il y a quelque chose qui ne va pas : c’est la phobie qu’ont les Terriens des robots qui paralyse tout. Et pourtant, ces robots qu’ils haïssent pourraient les accompagner, aplanir les difficultés de leur première adaptation à des Mondes Nouveaux, et faciliter la reprise de la colonisation.
— Alors quoi ? Il faut laisser l’initiative aux Mondes Extérieurs ?
— Non. Ceux-ci ont été organisés avant que la civilisation basée sur le civisme se soit implantée sur la Terre, avant la création de vos Cités. Les nouvelles colonies devront être édifiées par des hommes possédant l’expérience du civisme, et auxquels auront été inculqués les rudiments d’une culture C/Fe. Ces êtres-là constitueront une synthèse, un croisement de deux races distinctes, de deux esprits jadis opposés, et parvenus à s’interpénétrer. Dans l’état actuel des choses, la structure du Monde Terrestre ne peut aller qu’en s’effritant rapidement, tandis que, de leur côté, les Mondes Extérieurs dégénéreront et s’effondreront dans la décadence un peu plus tard. Mais l’édification de nouvelles colonies constituera au contraire un effort sain et salutaire, dans lequel se fondront les meilleurs éléments des deux civilisations en présence. Et, par le fait même des réactions qu’elles susciteront sur les Vieux Mondes, en particulier sur la Terre, des colonies pourront nous faire connaître une existence toute nouvelle.
— Je n’en sais rien ; tout cela me paraît bien nébuleux docteur Fastolfe ! dit Baley.
— Je sais que c’est un rêve, monsieur Baley, mais veuillez prendre la peine d’y réfléchir, répliqua le Spacien en se levant brusquement. Je viens de passer avec vous plus de temps que je ne l’escomptais ; j’ai, en fait, dépassé les limites que nos règlements sanitaires imposent à ce genre d’entretien. Vous voudrez donc bien m’en excuser ?…
Baley et R. Daneel quittèrent le dôme. Un soleil un peu plus jaune les inonda de nouveau, mais plus obliquement. Et Baley se demanda soudain si la lumière solaire n’avait pas un autre aspect dans d’autres mondes : peut-être y était-elle moins crue, moins brillante, plus acceptable ?…
D’autres mondes ? L’affreux Spacien aux oreilles décollées venait de faire naître en lui une foule d’étranges idées. Les médecins de la planète Aurore s’étaient-ils jadis penchés sur Fastolfe enfant, pour décider après examen s’il était digne de parvenir à l’âge d’homme ? N’était-il pas trop laid ? Ou leur jugement ne tenait-il aucun compte de l’aspect physique de l’individu ? Quand la laideur humaine devenait-elle une tare ? Et quelles étaient les tares rédhibitoires ?…
Mais lorsque le soleil disparut et qu’ils pénétrèrent dans les Toilettes, il sentit qu’il ne parviendrait pas sans peine à rester maître de lui. Une sourde exaspération lui fit secouer violemment la tête. Que tout cela était donc ridicule ! Prétendre contraindre les Terriens à émigrer pour édifier une société nouvelle, quelle stupidité ! En réalité, ces Spaciens ne poursuivaient-ils pas un autre but ? Mais lequel ? Il eut beau y réfléchir, aucune explication ne lui vint à l’esprit…
Remontant en voiture, il s’engagea de nouveau sur l’autoroute. Petit à petit, il reprit conscience de la réalité ; le poids et la chaleur de son arme accrochée à son ceinturon lui firent du bien, et il éprouva un vrai réconfort à retrouver le bruit et l’agitation de la cité.
Quand ils entrèrent en ville, il ressentit un picotement léger et fugitif dans ses narines, et il dut s’avouer que la Cité sentait. Il songea aux vingt millions d’êtres humains entassés entre les murs de l’immense caverne d’acier, et, pour la première fois de sa vie, il renifla leur air avec des narines que l’air libre du dehors avait nettoyées.
« Est-ce que ce serait différent dans un autre monde ? se demanda-t-il. Y aurait-il moins de gens et plus d’air ?… Un air plus propre ?… »
Mais le grondement formidable de la Cité en pleine effervescence les submergea, l’odeur disparut, et il eut un peu honte de lui. Il actionna lentement la manette d’accélération, et le véhicule se lança à toute vitesse sur l’autoroute déserte.
— Daneel ! dit-il.
— Oui, Elijah.
— Pourquoi le Dr Fastolfe m’a-t-il dit tout cela ?
— Il me semble probable, Elijah, qu’il a voulu vous montrer combien cette enquête est importante. Nous n’avons pas seulement à trouver l’explication d’un meurtre, mais à sauver Spacetown, et, en même temps, l’avenir de la race humaine.
— Pour ma part, répliqua sèchement Baley, je crois qu’il m’aurait mieux aidé en m’amenant sur les lieux du crime, et en me laissant interroger ceux qui ont découvert le cadavre !
— Je doute fort que vous y eussiez trouvé quoi que ce fût d’intéressant, Elijah, car nous n’avons nous-mêmes rien laissé de côté.