Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Vous croyez ! Mais pour l’instant, vous n’avez rien, pas le moindre indice, pas le moindre soupçon.
— En effet. C’est donc dans la Cité que doit se trouver la réponse. Mais, pour être sincère, il faut cependant vous dire que nous avons eu un soupçon.
— Comment cela ? Vous ne m’en avez pas encore parlé !
— Je n’ai pas estimé que c’était nécessaire, Elijah. Mais je ne doute pas que vous ayez vous-même trouvé automatiquement qu’il existe un suspect ; c’est en effet l’évidence même.
— Mais qui ça ? Dites-moi. Qui ?
— Eh bien, le seul Terrien qui se trouvait là au moment du crime : le commissaire principal Enderby !…
10
L’après-midi d’un détective
La voiture obliqua légèrement et s’arrêta le long du mur cimenté et rébarbatif qui bordait l’autoroute ; dès que le ronronnement du moteur eut cessé, le silence se fit écrasant. Baley se tourna vers le robot et lui répondit d’une voix étonnamment calme :
— Qu’est-ce que vous dites ?
Un long moment s’écoula sans que R. Daneel dît un mot. Un bruit léger se fit entendre, au loin, s’enfla pendant quelques secondes, puis disparut. Ce devait être une autre voiture de police qui passait à plus d’un kilomètre de là, ou encore des pompiers se hâtant vers quelque incendie. Et Baley se demanda s’il y avait encore à New York un homme connaissant à fond toutes les autoroutes qui serpentaient au sein de la Cité. A aucun moment du jour ou de la nuit, le réseau de ces voies de communication ne pouvait être complètement vide, et cependant il devait y avoir des sections que personne n’avait utilisées depuis des années. Et soudain, avec une précision surprenante, il se rappela un film qu’il avait vu dans sa jeunesse. L’action se déroulait sur les autoroutes de Londres, et commençait banalement par un meurtre. Le meurtrier s’enfuyait vers une cachette qu’il avait aménagée à l’avance, dans l’angle mort d’une autoroute tellement déserte que les pas du criminel étaient les premiers, depuis un siècle, à en avoir remué la poussière. Dans ce coin perdu, l’homme comptait attendre, en toute sécurité, la fin des recherches.
Mais il se trompait de chemin, et, dans le silence de ces immenses tunnels déserts, il faisait en blasphémant le serment insensé que, en dépit de la Trinité et de tous les saints, il réussirait à retrouver son refuge. Dès lors, il ne cessait plus de se tromper et errait dans un dédale sans fin, de Brighton à Norwich, et de Coventry à Canterbury, s’enfonçant toujours plus dans les méandres des galeries creusées sous la grande Cité de Londres, derniers vestiges de l’Angleterre médiévale. Ses vêtements tombaient en loques, ses chaussures ne lui tenaient plus aux pieds, et ses forces déclinaient, mais sans jamais l’abandonner. Il avait beau être recru de fatigue, il ne pouvait s’arrêter. Il marchait, marchait toujours, et continuait inexorablement à se tromper de route.
Parfois il entendait des véhicules, mais ceux-ci passaient toujours dans un tunnel voisin ; décidé à se constituer prisonnier, il courait vers ces bruits comme vers le salut, mais il arrivait toujours trop tard, pour ne trouver qu’un désert silencieux. De temps à autre, il apercevait au loin une issue qui semblait mener à la ville, et il se hâtait vers elle, vers la vie, vers le souffle ardent de la Cité ; mais à mesure qu’il avançait, l’issue s’éloignait, et il finissait par la perdre de vue. Quelques fonctionnaires londoniens, utilisant encore l’autoroute pour leur service, passaient à toute vitesse devant ce fantôme, sans même prêter attention à un bras qu’ils apercevaient à peine, et qui se tendait vers eux pour implorer vainement leur secours ; quant aux appels du malheureux, on pouvait encore moins les entendre.
Cette histoire était devenue, avec le temps, si vraisemblable qu’on ne la considérait plus comme une fiction, et qu’elle faisait maintenant partie du répertoire folklorique : le monde entier était familiarisé avec le drame du « Londonien perdu ». Et Baley, seul avec R. Daneel dans le silence de l’autoroute new-yorkaise, ne put réprimer un léger malaise en se remémorant la légende du vagabond.
Cependant, R. Daneel finit par lui répondre, et sa voix fit naître un léger écho dans le tunnel.
— Ne peut-on pas nous entendre ? fit-il.
— Ici ? Pas question ! Alors, qu’est-ce que vous prétendez, à propos du commissaire principal ?
— Eh bien, il était sur les lieux, Elijah. Comme c’est un New-Yorkais, il devait inévitablement être soupçonné.
— Il devait l’être ! L’est-il encore ?
— Non. Son innocence a été rapidement reconnue. Tout d’abord, il n’avait pas d’arme sur lui. Il ne pouvait d’ailleurs pas en avoir, puisqu’il était entré dans Spacetown par la voie normale, et que l’on confisque provisoirement les armes des visiteurs, comme vous en avez fait l’expérience.
— Mais l’arme du crime a-t-elle été trouvée ?
— Non. Nous avons vérifié toutes les armes des Spaciens, et aucune d’elles n’a été utilisée depuis des semaines ; le contrôle des canons a été tout à fait concluant.
— C’est donc que le meurtrier a dû cacher son arme…
— Il n’a pu la cacher dans Spacetown. Nous avons tout vérifié.
— J’envisage toutes les hypothèses, dit Baley impatiemment. Ou bien elle a été cachée, ou bien l’assassin l’a emportée en quittant Spacetown.
— Exactement.
— Et si vous admettez cette dernière possibilité, le commissaire principal est hors de cause.
— En effet. Mais, par mesure de précaution, nous l’avons cérébroanalysé.
— Quoi ?
— La cérébroanalyse est un procédé grâce auquel on interprète les champs électromagnétiques des cellules cérébrales humaines.
— Ah, vraiment ? fit Baley, peu enthousiaste. Et qu’en avez-vous tiré ?
— Elle nous a renseignés sur le tempérament et les sentiments du commissaire Enderby, et nous en avons conclu qu’il est incapable d’avoir tué le Dr Sarton. Tout à fait incapable !
— C’est exact, fit Baley. Il n’est pas homme à commettre un tel acte. J’aurais pu vous le dire.
— Mieux valait obtenir un renseignement objectif. Il va sans dire que tous les Spaciens ont consenti à se faire cérébroanalyser.
— Ce qui a, j’imagine, montré qu’ils sont tous incapables de commettre un meurtre.
— Cela ne peut faire de doute, et c’est pourquoi nous savons que l’assassin est un New-Yorkais.
— Dans ces conditions, nous n’avons qu’à soumettre tous mes compatriotes à ce charmant petit examen.
— Cela ne nous servirait à rien, Elijah. Car nous pourrions trouver des millions de gens capables, par tempérament, de commettre le crime.
— Des millions !… grommela Baley.
Ce disant, il revit en pensée la foule qui, en ce jour tragique de sa jeunesse, avait hurlé pendant des heures sa haine contre les « sales Spaciens », et il se remémora également la scène qui, la veille au soir, l’avait tellement impressionné dans le magasin de chaussures.
« Pauvre Julius ! se dit-il. Lui, un suspect ! »
Il entendait encore le commissaire principal lui décrivant ce qui s’était passé après la découverte du cadavre :
« Ce fut un coup brutal… brutal ! » avait-il dit.
Rien d’étonnant à ce que, sous l’effet d’un tel bouleversement, il ait cassé ses lunettes ! Rien d’étonnant non plus à son refus de revenir à Spacetown ! Et Baley se souvint de l’exclamation sourde de son chef, proférée entre ses dents : « Je les hais ! »
Pauvre Julius ! Lui, le seul homme capable de manœuvrer les Spaciens ! Le fonctionnaire dont la principale qualité consistait, aux yeux des dirigeants de la Cité, à pouvoir s’entendre avec les Spaciens ! Dans quelle mesure cette valeur-là avait-elle contribué à son rapide avancement ?…