Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
L’interprète chaussa ses lunettes et commença d’une voix monotone. Eduardo cligna exagérément des yeux, parfois ses paupières tombaient, comme s’il allait s’endormir. Le policier infiltré parlait pourtant de lui, de ses relations avec les participants au transport de drogue, de Leïla et de Fahrid. Tout cela le laissait indifférent. Girard comprit qu’il ne servait à rien d’insister. Léanne se dit qu’elle n’aurait pas plus de succès en l’entreprenant sur la drogue. Elle décida d’essayer autre chose :
— Vous vous êtes arrêtés dans une ferme en Espagne ?
— Je ne me souviens pas, sourit Eduardo.
— Tu raconteras ça aux collègues espagnols qui vont venir t’entendre sur le meurtre de monsieur Juan Camarro.
Eduardo prit un air fatigué.
— De qui ?
— Juan Camarro, un fermier espagnol que tu as tué d’une balle en pleine tête.
— Je n’ai tué personne, je ne connais pas ce… comment vous dites ?
Léanne se rapprocha du voyou, debout devant lui :
— Et Maria Camaro, c’est la femme de Juan, elle a deux enfants.
Cette fois, le tueur planta ses yeux dans ceux de la flic.
– Ça ne me dit rien. Pourquoi, je devrais la connaître aussi ?
— Elle, elle te connaît très bien, et elle te dénonce comme étant le tueur de son mari. Et c’est aussi ce qui est mentionné dans les auditions que nous avons entre les mains.
Eduardo renversa la tête en arrière.
— J’ai besoin de me reposer. Vous m’épuisez avec vos questions sur la famille machin.
— Lisez-lui ça, ordonna vertement Léanne en tendant de nouveaux documents à l’interprète.
Dans un fax de la police espagnole, Maria Camarro relatait l’arrivée d’Eduardo et de ses hommes chez elle. Elle parlait du meurtre de son mari et disait que le Mexicain avait donné ordre de la tuer avec ses deux enfants. Elle expliquait qu’elle devait la vie à l’un des protagonistes, un policier français, un certain Raynal. Pendant la nuit, le flic avait préparé avec elle et ses filles le simulacre d’exécution qu’ils avaient joué le matin.
L’ennui affiché par le voyou se mua lentement en intérêt… Un clignement continu des paupières, comme un tic, un tremblement dans les doigts, une barre sur son front… Il accusa le coup et dut faire des efforts pour garder le sourire… son horizon s’assombrissait.
Patrick y alla de son couplet :
— Ton arme et tes munitions. Quand on va les comparer avec la balle qui a tué Camarro, qu’est-ce que ça va donner à ton avis ?
Il leva la voix, outré, mais elle sonna faux.
— Faites toutes les comparaisons que vous voulez. Le pistolet que vous avez trouvé sur moi, n’est pas le mien. Je le gardais pour un ami. Cette femme est folle. Elle doit confondre avec quelqu’un d’autre. Que voulez-vous que je vous dise ? Ramenez-moi dans ma cellule. Je perds mon temps avec vous.
Les deux hommes de main d’Eduardo et Malika étaient entendus dans d’autres bureaux. La résurrection de Maria Camarro ne laissa personne insensible. Nul doute que la solidarité du groupe ne résisterait pas longtemps, et que la belle homogénéité de façade finirait par exploser, question de temps. Tomber pour trafic de drogue est une chose, tomber pour meurtre en est une autre.
31
L’hébergement des flics se heurta aux mêmes difficultés que celui des gardés à vue. Aucun hôtel n’était à même de tous les accueillir. Ils se répartirent entre une chaîne low-cost, perdue au milieu d’une zone d’activités à la périphérie de la ville, et un véritable hôtel au milieu du centre historique où les commandants y seraient de leur poche.
— Au moins, on aura vu autre chose de Carcassonne que son commissariat, se justifia Léanne.
— Vous pourriez faire des économies en ne prenant qu’une chambre, s’amusa un jeune collègue.
Patrick fit celui qui n’avait rien entendu, et Léanne lui rit au nez…
— Je suis certain qu’il ronfle comme un sonneur, laisse tomber l’idée.
— Comment tu le sais ? lui renvoya le commandant.
— C’est tellement évident.
Avec cinq cents kilos de résine de cannabis et deux cents de cocaïne, Braghanti serré et d’autres caïds à venir, avant même d’être terminée, cette journée avait un goût de victoire pour les Stups. Au dîner, avec quelques tournées générales, Léanne et Patrick entretinrent « l’esprit PJ » pour maintenir l’unité et la solidarité du groupe, une manière de chasser les démons et les peurs de la journée, et épargner aux équipes cette ambiance bien particulière dans laquelle baignent les gens qui côtoient la mort et la souffrance…
Plus tard, les deux commandants se retrouvèrent seuls au bar, assis dans des fauteuils club à écouter du jazz soft…
— Ce n’est ni ta musique ni la mienne, remarqua Léanne, on est en terrain neutre. J’aime bien.
— Moi aussi, d’ailleurs ce que j’écoute est souvent directement inspiré du jazz.
— Arrête, tu ne vas pas commencer en me donnant une leçon de musique. Commande-moi plutôt à boire.
Un jeune serveur d’une vingtaine d’années, les cheveux mi-longs, un corps que l’on devinait musclé, s’approcha d’eux. Léanne l’observa, sans cacher son intérêt pour le bellâtre. Le garçon rougit légèrement. Après avoir passé leur commande, le Parisien l’attaqua :
— Tu crois qu’il s’intéresse aux vieilles ?
— Merci !
Elle regarda sa montre.
— Dix heures trente, je reste un quart d’heure et je monte me coucher. On a encore du travail, je voudrais qu’on finisse les auditions avant de partir.
— Moi, pour le moment, je n’avance pas. J’espère que ça ira mieux demain. J’y ai cru avec Fahrid, et puis j’ai douté ! Maintenant, honnêtement, je ne sais pas. Je le reprendrai en priorité. T’as du nouveau concernant votre agent infiltré ?
Léanne garda sa rasade de cognac dans la bouche, tout en se délectant de la brûlure de l’alcool.
— Raynal va disparaître cette nuit, il ne sera pas interpellé avec les autres motards. Les gens du SIAT sont en route pour Nice. Ils vont le récupérer. On doit aller voir la juge quand leur rapport sera prêt. Il nous faut tous les détails depuis qu’ils sont partis de Marbella. Je suis certaine qu’il y aura aussi des choses pour toi.
— Sacré boulot que font ces gars-là. Avoir une double vie, se faire des amis que l’on trahira, participer à des crimes et délits, vrais-faux complices… Il faut être bien dans sa tête pour ne pas perdre les pédales et ne pas basculer du côté sombre de la force.
Elle éclata de rire en terminant son verre.
— Voilà que maintenant tu as même des références « Star Wars » !
32
Pierre Vales, le chef de la division des relations internationales de la police judiciaire, suivait l’affaire de Léanne et de l’office des Stups avec la plus grande attention. Il décida de reprendre contact avec ses homologues pour s’assurer de la bonne coopération des Espagnols et des Marocains, et leur signifier l’importance des enquêtes en cours. Huiler les rouages n’était jamais inutile ! À l’issue de plusieurs réunions à Madrid, il prit le premier avion pour Marbella, pas question de manquer l’arrestation d’Alfonso Castroviejo. Après celle d’Eduardo, la mise hors d’état de nuire de l’homme chez qui avaient transité les drogues saisies en France, porterait un coup sévère au cartel mexicain en Europe.
Le capitaine Legal le rejoignit là-bas après être passé par Barcelone où se trouvait le corps de leur « tueuse ». Le temps pour lui de consulter une partie de la procédure sur les circonstances de sa découverte et de son identification. La police des frontières confirmait qu’il s’agissait bien de Leïla Hamoudni, née vingt-cinq ans plus tôt au Maroc. D’après ce service, elle était entrée en Europe, via l’enclave espagnole de Ceuta, avec un visa touristique valable trois mois. L’adresse de son domicile marocain correspondait bien à la localité où habitait la famille Ben Hamid. Ce pays serait donc au programme de l’enquête. Un passage de Pierre Vales y préparerait le terrain.