Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
— Je vais poursuivre si tu veux.
La commandant n’eut pas à chercher très loin Patrick, au bar à proximité du commissariat, assis devant un double expresso. Un casque sur la tête, il lisait le journal local. Elle prit la même chose et s’assit en face de lui. Il leva la tête vers elle et enleva l’un des écouteurs.
— T’as fini ?
Sans attendre sa réponse, il continua :
— Je lis un article sur un gars qui a pété une durite, a flingué son patron et deux collègues de boulot. Je crois que je l’ai aperçu aux geôles ce matin. Un air de bon père de famille. Comme quoi, on peut tous devenir des assassins et se retrouver un jour au trou.
— Tu boudes ? Ou t’as besoin d’écouter tes merdes en lisant l’actualité du bled ?
Il souffla et repoussa le canard.
— Un coup de blues, c’est tout… Et pour la musique, ce n’est pas parce que tu n’apprécies que des rugissements de réacteurs que ce que j’écoute est de la merde.
— C’est pas Fahrid… Donc, c’est quelqu’un d’autre. T’as l’ADN. Tu vas le trouver ton tueur, on croirait que c’est la première fois que tu es contrarié.
— Mais non, ce n’est pas ça. Un coup de fatigue, je te dis.
— Il nous reste à entendre Yves. Tu viens avec moi ?
Il se doutait que l’audition d’un convoyeur de drogue niçois ne lui apporterait rien. Sans savoir pourquoi, il accepta et se releva, prêt à partir. Léanne lui sourit :
— Il faut aussi que je te montre un rapport du SIAT qui t’intéressera… Notre Raynal a travaillé toute la nuit. L’office des Stups continue de bosser sur la cité du 93. Ils vont mener un immense ramassage avec le SDPJ local et d’autres services. La section antiterroriste de chez vous sera associée. Le préfet va en profiter pour ordonner plusieurs perquisitions administratives dans le cadre de l’état d’urgence. On finira bien par le trouver, ton tueur.
Pour l’heure, Patrick ne croyait plus en rien. Ses pensées s’envolèrent. Il se surprit à avoir des envies de vacances. Partir avec sa femme loin de Paris, des affaires criminelles et de toutes les saloperies du quotidien. Il regarda Léanne. Il frappa des deux paumes sur la table et se redressa. Prêt pour une audition ! Pas question de flancher tant qu’il n’aurait pas l’assassin.
34
En reprenant sa place derrière l’ordinateur, le commandant regrettait déjà cet emballement qui l’avait conduit à suivre sa collègue. Yves ne lui apporterait pas plus que ce qu’il savait déjà. Il le regarda s’installer sans lui porter grande attention, encore un qui était fatigué. Le conducteur était le seul à ne pas avoir été entendu complètement. Sa première audition s’était limitée à faire le point sur son identité, et la seconde avait été quasiment bâclée. La veille, les flics en avaient eu assez, ils voulaient se reposer.
L’avocat commis d’office les rejoignit. Après une poignée de main rapide et un sourire de condoléances à son client, il s’installa à la place réservée derrière ce dernier.
Les yeux du suspect implorèrent Patrick, puis Léanne.
— Est-ce que je pourrais appeler ma fille ?
Ils firent comme s’ils n’avaient rien entendu. Léanne l’attaqua bille en tête. Le trafiquant respira profondément et déglutit péniblement. Elle l’interrogea sur ses relations, sur les raisons de sa présence à Marbella, sur son arrestation au volant d’une voiture pleine de came. Yves répondit avec un certain détachement, limitant son rôle à celui d’un convoyeur de drogue. Surtout, ne mouiller personne d’autre que lui… On lui avait remis la voiture sur un parking, il ne savait pas à qui il devait livrer sa marchandise. Il avait attendu un appel téléphonique pour recevoir des consignes. Par peur d’avoir à se contredire par la suite, lorsque les policiers dévoileraient leurs éléments, il n’avança aucune information, ne parla pas de l’accident, occulta les arrêts en Espagne et se garda du moindre commentaire sur les autres gardés à vue. Première fois qu’il les voyait. Après une petite demi-heure, il renouvela sa demande :
— S’il vous plaît, est-ce que j’aurais l’autorisation d’appeler ma fille ?
— Tu ne nous racontes que des craques, tu vas partir pour au moins dix ans au trou. Autant t’habituer à ne plus la voir ni l’entendre.
Les yeux du trafiquant virèrent au rouge, un sanglot, une envie de chialer.
— Fallait penser à ta gosse avant.
La commandant lui posa une question dont elle connaissait déjà la réponse, pour avoir « écouté » des heures de communications entre le père et la fille :
— Tu l’as appelée quand tu étais à Marbella ?
Il bredouilla un « oui » timide.
— Ben voilà, c’est suffisant ! Quel âge elle a ?
— Douze ans.
— Elle sera mariée quand tu sortiras ! J’espère que tu ne vas pas lui pourrir la vie en l’obligeant à venir te voir en prison. Regarde les choses en face, avec cette quantité de drogue dans ta voiture, quand tu seras dehors, tu seras peut-être même grand-père.
Léanne fit mine de réfléchir et se cala droit devant lui :
— Tu me diras, avec un père comme toi au trou, elle sera peut-être pute ou toxico… Ou les deux d’ailleurs.
Gagné ! Cette fois, Yves se mit à pleurer. Il tenta d’essuyer ses larmes d’un revers de manche, mais c’était bien parti.
Léanne le regarda avec un petit sourire aux lèvres. Elle espérait toujours le faire craquer. Qu’il balance les autres.
Patrick écoutait sans rien dire, persuadé que ce trafiquant de came n’avait rien à voir avec son enquête de meurtre, quand il lui sembla deviner au fond des yeux du gardé à vue, une lueur particulière. Son expérience lui permettait parfois de flairer les intentions et les pensées de l’individu qu’il entendait. Pour la troisième fois en moins de deux minutes, Yves s’était retourné vers son défenseur pour chercher auprès de lui mieux qu’une protection. Ce gars-là brûlait d’envie de parler, mais il ne savait pas comment s’y prendre.
— Vous avez un problème ? demanda Patrick.
Léanne, surprise de voir son collègue intervenir, s’abstint de toute remarque.
Yves hésita, encore un nouveau coup d’œil vers l’avocat qui ne comprenait rien aux simagrées de son client.
— J’aimerais aller aux toilettes.
— Je vais appeler quelqu’un pour l’accompagner, proposa la commandant.
Patrick sauta sur l’occasion :
— Non, c’est bon, je m’en occupe.
Le commandant récupéra ses clés de menottes pour ouvrir la mâchoire d’acier accrochée à l’anneau mural. Il enserra la main libre du prisonnier. D’un mouvement de tête, il fit signe à Yves de le suivre.
Dans le couloir, Girard ne s’embarrassa pas de détails.
— Tu as quelque chose à me dire ?
— Oui, je suis prêt à tout vous raconter. Mais je ne peux pas parler devant cet avocat. Il s’occupe de tout le monde. Il va me balancer aux autres, si je le fais.
— C’est un jeune commis d’office. Je doute qu’il ait déjà des relations avec les voyous. Ton cas ne l’intéresse pas, il est juste là pour s’assurer de la légalité de nos auditions, rien de plus. Ne fais pas de parano.