Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
En pleine accélération, il arriva sur le fuyard au moment où celui-ci croyait être sorti de la mêlée. Il le percuta violemment au niveau de l’aile avant gauche. Surpris, le trafiquant laissa sa voiture partir en glissade sur l’herbe. Deux roues sur le bas-côté et deux autres dans le dévers, il roula sur une vingtaine de mètres avant de reprendre la maîtrise de son véhicule. Trop tard, Patrick le percuta à nouveau. Cette fois, la BM piqua du nez dans un talus. Définitivement bloqué, Yves gicla de l’habitacle et partit en courant. Léanne n’hésita pas un instant et se lança à sa poursuite. Le voyou espéra la décourager en traversant l’autoroute. La flic à ses trousses, il arriva au niveau de la zone de circulation. Sig à la main, elle s’aperçut qu’il n’était pas armé. Dès lors, elle rangea son calibre et accéléra le rythme.
Trois files de voitures à franchir ! Yves commença par longer parallèlement la chaussée. Il la vit se rapprocher. Il sentit le souffle d’un semi-remorque et eut l’impression d’être poussé par un courant d’air. Les vapeurs de diesel lui emplirent les poumons. Le camion avait également frôlé Léanne. Il jeta un regard par-dessus son épaule et tenta sa chance… Des bruits de klaxon, des coups de frein… La policière se lança à son tour. Ils atteignirent la première glissière centrale en même temps. Elle ne le lâchait pas. Prise par l’effet « tunnel » dont parlent les psys, elle ne voyait que lui, rien d’autre ! Il ne lui échapperait pas. Le trafiquant se retourna… De l’autre côté de la route, d’autres flics n’osaient pas s’aventurer. Il décida de s’engager sur la dernière partie en contresens, Léanne toujours sur ses talons. Les voitures arrivaient en face. La flic, pourtant habituée à l’effort, sentit qu’elle était partie trop vite, l’impression que son cœur allait exploser, le goût du sang dans la gorge. Propulsée par la hargne, aidée par ses repères de marathonienne, elle se raisonna. Il allait s’épuiser… Elle l’aurait ! Il s’élança sur la voie de circulation : nouveaux coups de frein, embardées, bruits de collisions multiples… Il réussit à traverser. Circulation interrompue, route dégagée…
Léanne accéléra, gagnant encore quelques mètres… Il était dans l’herbe maintenant, et allait se trouver bloqué par le grillage qui ceinturait l’autoroute. Il se retourna, ressentit une violente pression et bascula, Léanne était sur lui. Une mâchoire se referma sur un de ses poignets. Elle lui avait passé une menotte en gueulant « Police ! ». Il se débattit et s’abandonna en chialant et en hurlant. Elle devina dans les yeux du fuyard, de la haine, de la violence et du découragement. D’autres flics arrivèrent. Le premier lâcha un coup de pied au prisonnier.
— Arrête ! hurla la commandant. Ça ne sert plus à rien.
— Tu nous as fait une de ces peurs, il aurait pu te faire tuer, cet enfoiré.
— On l’a, c’est bon.
Au loin, la sirène des gendarmes du peloton autoroutier… La camionnette de la maréchaussée se gara près d’eux et libéra un pandore furieux. Il les traita de cinglés… de cow-boys et d’autres amabilités. Il n’avait pas vraiment tort. Ils étaient passés à côté d’un drame et avaient causé un sacré bordel. La circulation ne pourrait pas être rétablie de sitôt. La flic releva son prisonnier et le poussa en avant.
— Vous n’allez pas retraverser, intervint le gendarme.
— Ben si ! Et c’est pas le moment de me les briser.
Dans son état de nervosité, elle n’avait pas envie de réfléchir. Le trafic restait bloqué des deux côtés, et dans trois minutes, elle aurait rejoint sa voiture avec son fuyard. Le major haussa les épaules en la regardant s’éloigner.
— Elle est cinglée, celle-là. Je veux son nom.
Des collègues plus diplomates se chargèrent d’expliquer la situation, en mettant en garde sur les informations à donner à la presse. Il ne devait s’agir que d’un banal accident. Il n’y avait jamais eu d’intervention de la police judiciaire, ni de drogue saisie. Rien à dire, et surtout pas sur les ondes de la radio autoroutière.
Léanne retrouva Girard et le véhicule du service. Le chef de l’antenne niçoise allait être ravi, entre le carambolage sur l’autoroute et l’état du matériel. Il allait s’étouffer. Vignon devrait trouver les mots justes pour faire passer la pilule. Voilà un moment où je ne l’envie pas, se dit Léanne, pas mécontente non plus qu’il se fasse engueuler par leur faute.
À côté de Patrick, entre deux autres collègues, se tenait un des motards, premier interpellé de son club. Ces gars se ressemblaient tous, seul leur tour de taille semblait un peu les différencier.
Léanne se débarrassa de son prisonnier.
— Mettez-le dans une bagnole, et qu’il ne parle à personne.
Le commandant décida de se faire petit, le temps que les problèmes de contingence administrative soient réglés. Léanne s’adressa d’abord à un chef de groupe de la BRI.
— Des nouvelles des autres ?
— Non, pas encore, c’est en cours.
27
Eduardo se décontractait. Les deux voitures avaient été convoyées jusqu’en France sans encombre. Les Arabes et le Niçois avaient pris en charge leur commande et remis une partie du paiement. Le boss serait content. Au retour, il resterait quand même à expliquer l’accident de Leïla par le détail. Nul doute qu’à Paris, Fahrid devrait s’asseoir sur l’addition, mais cela ne le concernait pas, les Marocains s’arrangeraient entre eux. Il n’allait pas tuer la terre entière juste pour faire plaisir à d’autres. L’idée que Fahrid n’ait pas envisagé une seconde les risques, l’amusait et il se demanda comment ils le supprimeraient. Il allait se lancer dans une étude comparative des exécutions mexicaines et de celles dont il avait entendu parler chez les Arabes et en Europe, lorsque ses pensées le ramenèrent à la livraison elle-même. Avec toutes les emmerdes accumulées depuis le départ, il s’en était bien sorti, même si l’opération n’avait pas été simple ! De retour à Marbella, il se promit de s’enfiler une bouteille de Tequila avec des potes et des chicas. Il fausserait compagnie à Malika et irait se distraire. Rien que d’y penser… Oui, il méritait bien un peu de détente. Recherché en Amérique du Sud, son avenir était en Espagne où il vivait sous une fausse identité depuis plusieurs années. Avec Alfonso Castroviejo, il y tenait le comptoir du cartel mexicain de Sinaloa, et ses employeurs appréciaient son dévouement professionnel. L’arrestation récente d’El Chapo ouvrait une période d’instabilité à la tête de l’organisation sans qu’il en redoute les conséquences. Tant qu’il faisait son job, il ne risquait rien en sa qualité de simple transitaire qui recevait la marchandise, en assurait la livraison et renvoyait l’argent. Le bon déroulement de la dernière opération serait porté à son crédit.
— Aurélien, de Daniel. On vient de les croiser. Ils sont quatre, trois hommes et une femme. Elle est en passager arrière. Ils roulent à vitesse normale et ont l’air de se marrer. Ils descendent vers vous. Je tape un demi-tour et on arrive. J’ai l’impression qu’ils sont cool.
— Reçu, on est à trois bagnoles. On t’attend pour verrouiller l’arrière.
Les trafiquants avaient repris la route départementale en direction de Limoux. Dans les voitures de la brigade, la température monta soudainement de plusieurs degrés. L’excitation du passage à l’action refoulait toutes les angoisses. Silence radio, excepté pour le chef de dispo et le véhicule au contact.
Aurélien était un vieux de la vieille, un des piliers de la BRI de Nice. Pas loin de la retraite, il avait un paquet d’affaires à son compteur, des enlèvements avec demande de rançon, des braquages en flag… Le quotidien des belles années. Tout cela n’existait quasiment plus ou, si rarement, que le service était en voie de devenir le bras armé des Stups. Assis en passager avant, il donna les dernières instructions :