Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
Yves hésita…
— Je joue ma vie. On voit que vous ne connaissez pas ceux pour qui je travaille.
Patrick réussit à ne rien laisser transparaître de la vague de joie intérieure qui l’envahit.
— Comment tu veux faire ?
— Faites une audition rapide. Et revenez me chercher plus tard ce soir. Vous avez ma parole que je vous dirai ce que je sais. J’ai entendu dire qu’il y avait un régime spécial pour les repentis. Je suis prêt à tout balancer si je peux en bénéficier…
— Il faudra voir cela avec ma collègue. C’est elle qui s’occupe des Stups. Moi, je suis de la brigade criminelle. J’enquête sur le meurtre de deux enfants et sur celui de la mère de l’un d’eux…
— Justement, je peux vous aider aussi. Je sais qui sont les meurtriers.
— Sont ?
— Oui, ils étaient deux, c’est pas ça ?
Au regard de Patrick, le trafiquant comprit qu’il avait su gagner toute son attention. Il pourrait peut-être tirer les bénéfices d’une collaboration avec la police… Sa fille passait au-dessus de tout.
— Qu’est-ce que tu sais ?
— Je ne bluffe pas. Aidez-moi et je vous aiderai.
— Moi non plus, je ne bluffe pas, mais avant de se lancer dans un marchandage, je veux être certain que ça en vaille la peine.
— Je vous dirai tout : comment sont morts les Espagnols dans leur ferme, qui était Leïla, pourquoi il y a eu des meurtres à Paris et comment cela s’est passé. Mais laissez-moi parler à ma fille.
Après une courte hésitation, Patrick lui tendit son smartphone.
— Vas-y, mais je te préviens, si tu me roules, tu n’es pas prêt de revoir ta gamine.
— Ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas déçu.
Il venait tout juste de terminer, lorsque Léanne les rejoignit, folle de rage.
— T’as laissé cette ordure téléphoner ? De quoi tu t’occupes, tu es incroyable et tu fais ça derrière mon dos.
Le voyou préféra se faire oublier, pas le moment de la ramener.
— Calme-toi !
Elle partit tout de suite en surrégime, et monta encore dans les tours !
— Je n’arrive pas à le croire. Casse-toi, je ne veux plus te voir pendant mes auditions ! D’ailleurs, on verra s’il reste du temps pour toi. T’auras qu’à venir à Nice les entendre en maison d’arrêt.
Les vociférations de la commandant ne passèrent pas inaperçues. Des portes s’ouvrirent sur des mines aussi curieuses qu’intéressées. Ceux qui connaissaient les colères de Léanne pressentirent un grand moment à savourer sans modération puisque, pour une fois, elle n’en avait pas après eux. Patrick attrapa d’autorité un policier par le bras et le poussa vers Yves.
— Occupe-toi de lui. Et toi, rentre avec moi ici, ordonna-t-il en montrant le bureau dont il venait d’éjecter l’occupant.
La flic suivit et se cala, dos à un mur, rouge de colère :
— La gamine est sur écoute. Les zonzons m’ont appelée tout de suite. T’es un enfoiré. Je lui dis non et toi tu le laisses faire. C’est comme ça que vous bossez à Paris ? Bravo le respect des collègues !
Si elle ne se calmait pas, Patrick allait finir par lui mettre une gifle. Lui aussi savait hausser le ton.
— Tu me laisses parler, oui ou merde ?
— Vas-y, vas-y ! Oui, je suis curieuse de savoir ce que tu vas me raconter…
Dans le couloir, tout le monde attendait la suite… Après les cris, le ton redescendit progressivement. Depuis plus d’un quart d’heure, on n’entendait plus rien… Les suppositions allaient bon train, des plus salaces imaginant les deux commandants en train de s’envoyer en l’air, aux plus morbides, pariant sur qui allait sortir vivant après avoir eu raison de l’autre.
— Ils ne sont pas armés, rassura un flic.
— Sur un bureau, tu trouves toujours un truc, une paire de ciseaux, un coupe-papier… Il suffit d’être imaginatif.
— On n’a pas entendu de bruits de meubles…
— On devrait peut-être aller voir, non ?
Des éclats de rire leur indiquèrent que tout le monde était toujours vivant, et les deux protagonistes réapparurent. L’esclandre était terminé. Léanne récupéra Yves et jeta un regard vers le couloir.
— Vous n’avez pas de boulot ?
Seul dans le bureau, l’avocat s’impatientait un peu plus. D’un geste de la main, Patrick l’arrêta et lui signifia qu’il ne voulait rien entendre.
— Vous rédigerez vos remarques, maître.
Départ de Carcassonne d’un long cortège policier, pas moins d’une quinzaine de véhicules, entre les voitures de la BRI et celles des Stups de Nice, plus un groupe du GIPN de Marseille, sollicité pour assurer la protection de la drogue et des prisonniers. Malgré les précautions, la saisie n’avait pas tardé à être divulguée dans les médias…
Léanne et Patrick décidèrent de se faire conduire par un policier de la BRI. Débarrassés des contraintes du volant, ils parleraient plus facilement avec Yves. Patrick s’assit à l’arrière avec lui, et la commandant prit place à l’avant. Ils partirent très discrètement, en évitant que d’autres interpellés puissent les voir. Après des banalités, comme s’ils craignaient de passer aux choses sérieuses ou d’essuyer un retournement de situation, ils attendirent qu’Yves se lance le premier et prouve ses bonnes dispositions.
— Vous avez pu joindre la juge ?
— Oui, lui répondit Léanne. Je l’ai appelée, et mon patron également. Elle est d’accord pour passer un deal avec toi. Tu pourras bénéficier des dispositions de la loi Perben. Je ne vais pas te donner un cours de droit. Je suppose que tu t’en moques. Mais, en gros, si tu dénonces un homicide et que tu coopères, ta peine peut être diminuée de moitié…
— De moitié ? Je vais passer au moins dix ans en prison ? C’est ça ?
Elle se retourna vers lui.
— Oui, effectivement, ça pourrait vouloir dire cela. Tu sais très bien que les gens prennent rarement vingt ans, et que tout dépendra de l’instruction. Si elle veut, la juge peut considérer que tu as des garanties de représentation suffisantes et te laisser en liberté. C’est un premier point. Après, avec un avocat solide, tu pourrais t’en sortir pas trop mal.
— J’ai vraiment une chance de ne pas finir au trou ?
Les deux policiers savaient qu’Yves allait parler, il s’était trop engagé pour revenir en arrière. Balancer lui apparaissait comme son unique planche de salut. Il faudrait choisir soit de le formaliser dans le marbre de la procédure judiciaire, sur des documents qui seraient lus et connus de tout le monde, soit de parler hors P.V., sans que cela se sache. Les avantages de cette dernière solution, moins risquée, étaient plus qu’aléatoires, avec un statut de simple balance et non de repenti pouvant bénéficier des avantages de la loi. À ce stade, Léanne décida de jouer franc jeu. Inutile de tricher. Patrick était dans le même état d’esprit.
— Je pense que tu vas rester libre, mais je te mentirais si je te disais que je suis certaine que tu ne vas pas aller au trou…
Elle insista :
— Tu as un avocat ?
— Pas vraiment.
— J’ai un pote qui pourrait te conseiller, un jeune pénaliste débutant et plein de mordant. Il n’a pas d’expérience, mais il veut se faire un nom. C’est parfois mieux qu’un ténor du barreau pour qui tu ne seras qu’un client de plus. Il t’aidera si je le lui demande.
— Un avocat conseillé par les flics, c’est la complète, non ?