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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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— Vous avez bien raison… Peu d’entre eux meurent dans leur lit.

Ils se retrouvèrent à proximité de la salle « coffre-fort » où des policiers continuaient à compter l’argent découvert. Un camion blindé attendait à l’extérieur pour transporter les fonds jusque dans une banque.

— Le record date de 2011, vingt-cinq millions d’euros saisis à Madrid. Je doute qu’on les dépasse, mais on ne devrait pas en être loin.

Vales tendit l’oreille, appuyé à un mur du couloir en face de la chambre-forte.

— Vous avez entendu ?

Legal le regarda, étonné.

— Non, quoi ?

— Je ne sais pas, comme un toussotement.

Tout en parlant, le commissaire avançait dans le couloir pour s’isoler des machines.

— J’ai dû rêver, je commence à entendre des voix !

Un autre bruit, un toussotement et un grognement… Cette fois, Legal les avait perçus aussi.

— Il y a quelqu’un par là ? demanda Pierre Vales.

— Non, je ne crois pas.

Ils avancèrent encore. Une remise, vide. Une autre pièce, toujours la chambre froide avec ses quartiers de viande pendus à des crochets…

— C’est peut-être un bruit de soufflerie, une VMC qui s’est mise en route.

Legal pensa plutôt à un animal, un chat, ou un rat.

Dans la dernière pièce, un grand espace avec les quatre congélateurs-coffres qu’il ouvrit les uns après les autres. Rien de suspect.

— Il y en a pour un régiment ici, remarqua-t-il, en refermant le dernier.

Sur le point de sortir, un curieux sentiment l’envahit, une impression étrange. Il revint en arrière.

— Un problème ? demanda Vales au moment où Legal plongeait la main à l’intérieur d’un coffre, puis s’écartait vivement, comme s’il venait de se brûler…

Castroviejo apparut, drôle de polichinelle jaillissant de sa boîte, un pistolet à la main. Engourdi, aveuglé par la luminosité, il braqua son arme en direction de Legal, mais n’avait pas remarqué la présence du commissaire. Les deux Français n’étaient pas armés. Vales évalua d’un regard la situation. Il était proche de l’interrupteur, il plongea la pièce dans l’obscurité. Une détonation éclata. L’instinct porta le policier, il fonça sur le congel et s’arc-bouta sur le capot. Un choc, il écrasa Castro. Seconde détonation. Derrière eux, des policiers espagnols arrivaient à la rescousse. L’éclairage revenu dévoila le voyou prisonnier du coffre, un bras bloqué dehors, l’arme sur le sol. Legal se releva. La balle avait traversé un pan de sa veste sans l’atteindre. Vales laissa les policiers s’occuper du malfaiteur. Castro apparut dans sa totalité, vieillard transi de froid, le cheveu gelé, d’une pâleur cadavérique, tremblant et éternuant à nouveau. À l’arrivée de la police, faute de mieux, il avait cru bon de débrancher un frigo et de se cacher à l’intérieur. Legal, après s’être pris les pieds dans les fils, l’avait remis en route. Dissimulé sous les emballages de nourriture congelée, même emmitouflé sous une vieille couverture, la situation du voyou était alors devenue rapidement invivable. En toussant, il avait fini par signaler sa présence.

Plutôt fiers de leur « petit » exploit, les deux policiers regardèrent partir le prisonnier sous bonne escorte.

33

Le clavier de l’iPhone s’éclaira et les Twisted Sisters entonnèrent un rock tout en douceur, ponctué par la vibration de l’appareil sur le bois de la table de nuit. Léanne se réveilla en sursaut et attrapa le fauteur de troubles. Déjà six heures trente. Elle n’avait pas beaucoup dormi. Le drap glissa doucement de l’autre côté du lit où deux yeux émergeaient péniblement d’une chevelure frisée.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Je dois y aller.

— Maintenant ? Mais il est quelle heure ?

— Dors. Ce n’est pas grave, tu peux rester dans la chambre.

Elle se pencha vers le jeune homme à la recherche de ses lèvres, tout en laissant une main s’aventurer sur lui. Elle en aurait bien encore profité… Elle se redressa pour ramasser ses vêtements. La douche serait pour un autre jour. En quelques minutes, elle fut prête et dévala les escaliers jusqu’à la salle du petit déjeuner où Patrick l’attendait déjà. Elle ne fit aucun effort pour cacher son exaspération.

— C’est pas vrai… T’es réveillé !

— Bonjour, moi aussi j’ai bien dormi. Merci !

Elle récupéra une tasse de café et des croissants, et vint se poser devant lui. Il la regarda de plus près :

— Tu m’as dit que tu voulais commencer les auditions au plus tôt. Je suis venu pour ça…

— Quoi ?

— T’as vu ta tête ? Qu’est-ce que t’as foutu de ta nuit ?

Patrick traduisit aisément le sens de son petit sourire.

— Ne me dis pas ? Tu as… ?

Il interpréta sa moue coquine comme une confirmation.

— Le serveur ? Je ne le crois pas, tu t’es tapé le serveur !

— Allez, c’est bon, tu ne vas pas m’en faire un plat. On ne travaille pas ensemble, on n’est même pas du même service… Et je suis à l’heure pour bosser. Tu veux toujours commencer par Fahrid ?

— Oui. Il est mon suspect numéro un. Il a toutes les clés.

*

Second round, le prisonnier entra, fatigué. La garde à vue n’épargnait personne. Malgré ce traitement, le voyou, loin de s’adoucir, se montra d’emblée bien plus combatif que la veille. Il se mit à aboyer :

— J’ai bien réfléchi. Vous essayez de me « faire un travail ». Je n’ai tué personne et je n’ai rien à vous dire de plus.

— Qu’est-ce que tu faisais à Paris avec Leïla ?

— Je n’étais pas AVEC Leïla. C’est elle qui est venue à Paris, et je l’ai véhiculée là où elle voulait. Je crois qu’elle avait des amis à voir. Un gosse à l’hôpital. C’est pour cette raison que je l’ai emmenée à Necker. Mais, moi, je suis resté dehors. Je ne suis pas rentré.

Tant que Fahrid parlait, pas question de le lâcher. Patrick s’engagea dans une partie de questions-réponses :

— Et quoi d’autre ?

— Quoi, quoi d’autre ?

— Où a-t-elle encore voulu aller ?

Fahrid haussa les épaules.

— J’en sais rien, je ne me rappelle plus.

— Tu as fait quoi dans cette camionnette sur le pont ?

— Elle avait des trucs, elle voulait s’en débarrasser. Je ne sais pas de quoi il s’agissait. Elle ne voulait pas aller dans une décharge. En pleine nuit, on s’est dit qu’on pouvait les balancer dans la Seine.

Léanne explosa.

— Hier, tu parlais d’un corps dont on s’était débarrassé.

— Hier, j’étais fatigué. Je n’ai pas compris vos questions…

— Tout le monde ici a compris, même ton avocat, je pense.

— C’est pas mon avocat, je ne le connais pas, c’est vous qui me l’avez fait prendre. Quand je serai à Paris, je ne veux plus d’un guignol comme ça.

Patrick regarda le jeune juriste, gêné. Ils n’avanceraient pas avec l’attitude suicidaire de Fahrid. S’il s’agissait bien de son ADN, une aussi médiocre défense conduirait le voyou droit dans un mur. Aux Assises, il serait bon pour trente ans incompressibles. À ce moment, le commandant reçut sur son portable un message contrariant envoyé par Hervé Legal : « Mauvaise nouvelle : l’ADN de Fahrid ne matche pas avec celui de la scène de crime et du domicile de Ben Hamid ».

Savoir qu’il n’avait pas en face de lui le meurtrier qu’il recherchait, lui coupa le moral. D’un coup, une immense fatigue l’envahit. Son humeur s’assombrit. Il entendit une petite voix exaspérante au fond de lui, qu’est-ce que tu fous là ? tout ça pour ça ! Plus rien ne compta, la superbe saisie de drogue, ce n’était pas son enquête. Pourquoi continuer à traîner ici ? Dans ce bureau qui n’était pas le sien et qu’on avait mis à leur disposition, il se mit à tout détester, du calendrier ridicule aux photos de gamins débiles et aux souvenirs d’affaires nullissimes, en passant par les meubles ringards et la couleur des murs à vomir. Léanne remarqua le changement.

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