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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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— Mais non, je n’ai rien dit, rit-elle. On fait un si joli couple !

*

Léanne et son équipe arrivèrent les premiers à Carcassonne… Elle comprit tout de suite que sa bonne idée, tout à fait envisageable sur le papier, ne serait pas si simple à réaliser. Les policiers locaux se gardèrent de montrer leur bonheur à voir débarquer les « seigneurs ». À la recherche de geôles et de bureaux, la flic manqua de se prendre de gueule avec tout le commissariat. Peu diplomate habituellement, Patrick se transforma. L’âge et le costume jouèrent en sa faveur. On le prenait pour un commissaire. Il faisait moins « Braquo » que ses collègues.

Yves et le motard trouvèrent tout de suite un logement. Eduardo et deux de ses amis furent dirigés vers la gendarmerie. Petite touche spéciale PJ, l’entrée de Fahrid dans le commissariat ne passa pas inaperçue. Léanne s’en amusa réalisant que la rugosité du bitume et l’usage d’une force « strictement nécessaire à son interpellation », avaient laissé des traces.

Réquisitions à médecin, appel à l’avocat de permanence, avis aux parquets compétents… Les voitures saisies arrivèrent peu de temps après. La discrétion ne durerait pas. La commandant en eut la preuve en recevant sur son portable un appel du correspondant de l’Indépendant, la gazette locale. Décidément, ces journalistes étaient très forts ! Lorsque son interlocuteur se présenta, elle pensa tout d’abord à lui raccrocher au nez… avant de se raviser. Après tout, il ne faisait que son job, tout comme elle. Elle le renvoya vers Vignon dont c’était aussi le métier de s’occuper de la presse.

— Ils sont bons ces journaleux, souffla Patrick.

— C’est nous qui sommes nuls. La communication n’est pas assez dans notre culture. On s’étonne qu’après ils mettent leur nez partout, peut-être que si on donnait un peu plus, ils sauraient s’en contenter.

*

En appelant son supérieur préféré, Léanne apprit que Braghanti était déjà arrivé à Nice.

— Il est serré, lui indiqua sobrement Vignon.

— Et ?

– Ça s’est très bien passé… J’étais sur place, railla le commissaire. Quand il y a des gens qui savent se tenir et travailler en douceur, il n’y a pas de casse.

— Dites plutôt qu’on vous a laissé un vieillard. Pour un novice, c’est plus facile de bloquer un septuagénaire. Mais, bravo !

— Je vous adore !

— Comment il prend ça ?

— Sereinement, il ne veut pas d’avocat. Il a regardé la commission rogatoire, ça l’a fait rire.

— Et l’équipe de motards ?

— On va taper les membres du club demain matin, à six heures, chez eux.

29

Léanne prit en charge les gardes à vue. Dans le cadre de sa commission rogatoire, elle prévoyait de garder ses invités quatre-vingt-seize heures. Patrick pourrait profiter de ce délai pour entendre aussi tout ce petit monde, à condition de se cantonner aux quarante-huit premières heures autorisées par le code en matière d’homicide.

Tous auraient droit à une audition introductive concernant les éléments de leur personnalité : leur profession, domaine vite expédié ! leurs antécédents judiciaires, plus long ! leurs revenus, ensemble d’euphémismes pour justifier un train de vie peu en rapport avec leurs déclarations fiscales ! la famille… Ces données, plutôt intéressantes pour les fichiers de police et d’éventuelles recherches, n’apportaient en général pas grand-chose. Les deux commandants, devenus un duo improbable dont s’amusaient déjà ouvertement les collègues de Nice comme de Perpignan, décidèrent de faire équipe. Ils commenceraient par les meurtres. Patrick voulut débuter par Fahrid. Les autres n’étaient que des témoins ; ils auraient peut-être des choses à dire susceptibles d’intéresser son enquête, mais ils n’avaient pas participé aux assassinats… alors que Fahrid apparaissait sur les caméras de surveillance parisiennes. Il allait devoir s’expliquer et être convaincant. Pour le moment, tout l’accusait.

Avec ce genre de garçon, le Parisien entrait dans une autre dimension, celle où œuvrait une criminalité qu’il connaissait assez peu. Chaque gamin était affilié à une bande, avec son territoire fait de tours en béton, son économie souterraine, ses règles et ses codes. Des sortes de sectes ou de tribus menées par des petits chefs de guerre lourdement armés, toujours prêts à en découdre entre eux à coups de Kalachnikov… L’opacité imperméable de ces réseaux cantonnait souvent les forces de l’ordre au rang de simples spectateurs, réduits à ramasser les cadavres. La Crim’ reconnaissait sa difficulté à travailler dans ce milieu, préférant laisser les meurtres et autres règlements de compte aux DPJ locaux mieux implantés. Ici, ce ne serait pas le cas.

Fahrid pénétra dans le bureau de Patrick et Léanne en roulant des mécaniques. Pas question pour lui de montrer la moindre inquiétude.

— Assieds-toi, ordonna la commandant.

— Oh ! toi, la meuf, tu me parles correct.

— Ferme-la ! tu parleras quand on te posera des questions.

Le jeune avocat de permanence tangua sur sa chaise.

Patrick intervint aussitôt :

— Maître, s’il vous plaît, vous ferez vos observations en fin d’interrogatoire.

— Je n’y manquerai pas.

Le commandant commença par l’identité. Ayant récupéré un relevé des antécédents de Fahrid, il disposait déjà de bon nombre d’informations.

— Vous savez déjà tout sur moi, commenta ce dernier avec arrogance.

— C’est vrai, j’en sais beaucoup. Mais, jusqu’à maintenant, ton palmarès ne volait pas bien haut. Des délits de loubard de bac à sable, même pas de cour d’école. Tu n’as jamais été condamné… Tu as même réussi à échapper au prélèvement ADN. Tu n’avais pas encore treize ans. Et puis, plus rien. Tu n’es pas d’un milieu défavorisé, même si tu as passé ta jeunesse en banlieue. Tu vivais en pavillon. Tes parents sont tous les deux fonctionnaires. Rien ne te prédisposait à être délinquant. Tu ne devrais pas être là. Ou alors tu es un champion, tu as continué les conneries sans jamais te faire prendre.

Le jeune, pris d’un petit balancement du corps, se pavana.

— Tu veux une clope ? proposa Léanne.

Il la regarda avec des yeux surpris…

— Ouais, sympa !

— J’ai lu que tu faisais du kart, remarqua Girard.

Le visage du voyou s’éclaira fièrement.

— J’étais même bon.

— Oui, c’est ce que disait le moniteur qui t’encadrait.

— J’étais mino, j’ai gagné quelques compétitions.

— J’ai vu ça. On a un point commun. Moi aussi, j’en ai fait pendant plusieurs années. Tu étais vraiment bon. T’aurais pu avoir un avenir dans la course, si tu n’avais pas donné la clé des hangars à une bande des cités pour qu’ils viennent désosser les machines et piquer tous les moteurs…

L’évocation de ces moments glorieux se transforma dans la tête de Fahrid en un flot de souvenirs émus, avant que son visage ne s’assombrisse.

— Cet enfoiré de moniteur m’avait mal parlé. Je suis certain qu’en plus, il était moitié pédé… J’ai voulu lui faire payer.

— On ne va pas continuer sur « ta vie-ton œuvre », coupa Léanne.

Patrick voulait pratiquer une méthode plus sournoise : jouer sur l’orgueil fonctionnait avec tous les voyous… La partie commença. Il sentit les faiblesses de Fahrid qui ne se braquait plus et avait envie de parler.

— Par la suite, ton talent à conduire des bagnoles et ton goût pour la vitesse n’ont jamais cessé. Tes potes ont bien dû s’en servir, et toi, t’as mis ça en valeur. T’as commencé par des braquages, je suppose… Excitant, non ?

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