Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
À Marbella, le commissaire et le capitaine s’associèrent aux trois officiers de liaison français postés au sud de l’Espagne. Ils se trouvaient maintenant au milieu de policiers espagnols, dans l’attente du déclenchement de l’opération qui devait permettre d’interpeller les trafiquants locaux liés à Braghanti. Il faisait beau. « Une belle journée pour remplir les prisons », avait jugé Vales en se levant. La coopération internationale avec l’Espagne, débutée au moment des vagues terroristes menées par les mouvements autonomistes, fonctionnait particulièrement bien. Le trafic de drogue était devenu leur cible prioritaire. Le pays était la base naturelle des Sud-Américains, leur premier pied-à-terre vers l’Europe. Même si les narcos savaient s’adapter et trouver de nouvelles routes de transit, ils privilégiaient traditionnellement l’univers linguistique espagnol.
L’opération serait menée par différents services. D’abord des membres de l’Unité espagnole d’intervention, puis la scientifique et les enquêteurs du GRECO local, le groupe spécialisé dans la lutte contre le crime organisé pour la Costa del Sol. Dans le repaire des voyous, le seul personnage important signalé était le partenaire de Braghanti, Alfonso Castroviejo, surnommé Castro. Avec lui, des jolies filles, des employés de maison et des gardes du corps. Il devait être inquiet pour Eduardo, et peut-être avait-il déjà appris l’arrestation de Braghanti, autre mauvais coup après la chute au Mexique d’« El Chapo ». Dans ce contexte, le vieux devait certainement envisager un repli stratégique : Maroc, Ghana ou quelque part ailleurs en Afrique, Amérique du Sud, Asie, voire Russie et ex-républiques soviétiques. Les connexions des trafiquants de drogue paraissaient universelles, à la mesure de leur puissance.
Il était grand temps pour la police d’agir. Le rôle de Vales avait consisté à identifier ses homologues au sein des services qui se chargeraient de contrecarrer les trafiquants. Pas si simple, car les malfaiteurs avaient souvent moins de difficultés à s’entendre entre eux et à s’organiser que les services de police tributaires de traités, de lois internationales et de toutes sortes de règles, sans oublier les jalousies nationales. Aujourd’hui, le commissaire était confiant, l’affaire devrait aboutir. Adossé à un arbre, en retrait des autres policiers, il patientait, sûr de son coup.
L’assaut fut aussi rapide que spectaculaire. Un de ces bons moments de carrière qui restent en mémoire toute une vie. Au « top » donnant le départ de l’intervention, des policiers cagoulés escaladèrent les murs d’enceinte, pendant que d’autres enfonçaient le portail d’entrée de la résidence avec un véhicule semi-blindé. Un hélicoptère se positionna au-dessus du bâtiment principal, d’où des policiers se laissèrent glisser au sol. Un garde leva son arme. Mauvaise réaction, des coups de feu le foudroyèrent aussitôt. Un autre, retranché à l’intérieur de la maison, tenta de freiner leur avancée, jusqu’à ce qu’explosent autour de lui des grenades assourdissantes… Dans l’antre du trafiquant, plusieurs personnes apparurent, mains sur la tête, immédiatement maîtrisées et menottées. Les policiers feraient le tri plus tard… Mais pas de Castroviejo. Pierre Vales et les autres étaient maintenant dans le jardin, tournant en rond dans l’attente du dénouement, jusqu’à la confirmation de son absence par un officier :
— Il n’est pas là !
Déception, pour ne pas dire consternation !
— Par contre, on a une petite surprise. Je crois qu’il faut que vous veniez voir.
En bas d’un escalier, après plusieurs sas de protection, le policier espagnol les conduisit à une sorte de chambre forte.
— C’était ouvert, on n’a rien eu à forcer ou à faire sauter. J’ai l’impression qu’ils s’apprêtaient à partir. On est intervenu au bon moment.
Sur une table, une compteuse de billets, et devant eux des dizaines de cartons remplis de coupures en euros triées par valeurs et bien rangées dans des sachets hermétiquement fermés.
Vales eut un sourire victorieux. Cette opération, pour laquelle les Espagnols avaient un peu traîné les pieds, se révélait être un succès… Il manquait quand même monsieur Castroviejo, et c’était rageant !
— Parmi les gens arrêtés, il doit y avoir des comptables, nota le commissaire, avec un rien de brutalité.
— Nous les interrogerons, répondit sèchement un représentant du groupe antidrogue, d’une manière qui voulait surtout dire : t’inquiète pas, nous aussi on sait travailler.
Vales se fit conciliant, d’autant qu’il ne cherchait à critiquer personne.
— Où peut être Castro ? Nous étions pourtant certains de sa présence.
La perquisition débuta dans la foulée. Legal était au spectacle, il n’avait pas l’expérience de l’étranger, et n’avait même jamais été témoin en France d’un déploiement de forces aussi conséquent, à l’exception des dernières interventions de Saint-Denis en novembre, quand il avait participé aux constatations pour prêter main-forte à la SAT.
Vales s’approcha de lui, envie de parler, plus pour se donner une contenance que pour communiquer réellement.
— Vous repartez à Paris, ce soir ?
— Oui, j’ai un vol dans la soirée.
— Ici, il n’y a pas grand-chose pour votre enquête.
— On reviendra sur commission rogatoire entendre des témoins concernant le passage de Leïla Hamoudni. Sinon, vous avez raison, je n’attendais rien de très intéressant de cette opération. Tout ici est presque exclusivement rattaché aux Stups. C’est hallucinant tout l’argent que nous venons de découvrir.
— Avec ça on peut tout acheter. Pas étonnant que nous ne trouvions pas Castroviejo. Il a vraisemblablement ses contacts dans la police locale.
Legal le regarda avec un étonnement non feint qui força le commissaire à poursuivre :
— Il doit avoir ses informateurs. Je ne porte pas de jugement, tout a un prix. Quand ce n’est pas avec l’argent, c’est par la menace qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent. Les narcos ne font qu’exporter les méthodes qui ont fait leurs preuves chez eux.
Tout en parlant, ils visitaient la maison de Castro, sidérés par le luxe et les proportions : une cave à vin impressionnante, autant par sa taille que par la qualité de ses grands crus, un garage avec des voitures de collection remisées près de celles de tous les jours, une chambre froide rien que pour la viande. Et à côté, une autre pièce avec des congélateurs. Legal faillit tomber en s’emmêlant les pieds dans des fils électriques qui traînaient et qu’il rebrancha sur leurs prises avant de poursuivre. Ils continuèrent par les étages : de multiples pièces, des tableaux de maître, des chambres en quantité, de l’hébergement sommaire au grand luxe, voire très grand luxe ! Et puis, des salles de jeux, une salle de cinéma, une de billard, et des salons petits, grands…
— Bel espace ! Trafiquant, on est mieux logé que policier ! Non ?
— J’ai fait mon choix, il est trop tard pour changer, dans une autre vie peut-être… Et encore, je m’endors tranquillement le soir, ça n’a pas de prix. Je ne suis pas certain que ce soit le cas de ces gens.