Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Chapitre 146. Deux douleurs
Gilbert avait jug� sainement la position lorsqu�il disait, en parlant de l�homme inconnu surpris par lui dans les jardins pendant cette soir�e qui avait �t� si fatale � mademoiselle de Taverney: �Le retrouvera-t-on?�
En effet, Philippe ignorait compl�tement o� demeurait Joseph Balsamo, comte de F�nix.
Mais il se rappela cette dame de condition, cette marquise de Saverny, chez laquelle, au 31 mai, Andr�e avait �t� conduite pour recevoir des soins.
Il n��tait point une heure tellement avanc�e, qu�on ne p�t se pr�senter chez cette dame, qui logeait rue Saint-Honor�. Philippe comprima toute agitation de son esprit et de ses sens: il monta chez la dame, et la femme de chambre lui donna aussit�t, sans h�sitation, l�adresse de Balsamo, rue Saint-Claude, au Marais.
Philippe se dirigea aussit�t vers la rue indiqu�e.
Mais ce ne fut pas sans une �motion profonde qu�il toucha le marteau de cette maison suspecte, o�, selon ses conjectures, se tenaient engloutis � jamais le repos et l�honneur de la pauvre Andr�e. Mais, avec un appel de sa volont�, il eut bient�t surmont� l�indignation et la sensibilit�, pour se r�server bien intactes les forces dont il comptait avoir besoin.
Il frappa donc � la maison d�une main assez assur�e et, selon les habitudes du lieu, la porte s�ouvrit.
Philippe entra dans la cour en tenant son cheval par la bride.
Mais il n�eut pas fait quatre pas, que Fritz sortant du vestibule et apparaissant au haut des degr�s, vint l�arr�ter avec cette question:
� Que veut monsieur?
Philippe tressaillit comme � un obstacle impr�vu.
Il regarda l�Allemand en fron�ant le sourcil comme si Fritz n�e�t pas accompli un simple devoir de serviteur.
� Je veux, dit-il, parler au ma�tre du logis, au comte de F�nix, r�pliqua Philippe en passant la bride de son cheval � un anneau et en marchant vers la maison, dans laquelle il entra.
� Monsieur n�est point chez lui, dit Fritz en laissant cependant passer Philippe, avec cette politesse d�un serviteur bien dress�.
Chose �trange, Philippe semblait avoir tout pr�vu, except� cette simple r�ponse.
Il demeura un instant interdit.
� O� le trouverai-je? demanda-t-il.
� Je ne sais, monsieur.
� Vous devez savoir cependant?
� Je vous demande pardon, monsieur ne me rend pas de comptes.
� Mon ami, dit Philippe, il faut pourtant que je parle � votre ma�tre ce soir.
� Je doute que cela soit possible.
� Il le faut; c�est pour une affaire de la plus haute importance.
Fritz s�inclina sans r�pondre.
� Il est donc sorti? demanda Philippe.
� Oui, monsieur.
� Il rentrera sans doute?
� Je ne crois pas, monsieur.
� Ah! vous ne croyez pas?
� Non.
� Tr�s bien, dit Philippe avec un commencement de fi�vre; en attendant, allez dire � votre ma�tre�
� Mais j�ai l�honneur de vous dire, r�pliqua imperturbablement Fritz, que monsieur n�est pas ici.
� Je sais ce que valent les consignes, mon ami, dit Philippe, et la v�tre est respectable; mais elle ne peut, en v�rit�, s�appliquer � moi, dont votre ma�tre ne pouvait pr�voir la visite, et qui viens ici par exception.
� La consigne est pour tout le monde, monsieur, r�pondit maladroitement Fritz.
� Alors, puisqu�il y a consigne, dit Philippe, le comte de F�nix est ici?
� Eh bien, apr�s? dit � son tour Fritz, que tant d�insistance commen�ait � impatienter.
� Eh bien, je l�y attendrai.
� Monsieur n�est pas ici, vous dis-je, r�pliqua-t-il; le feu a pris il y a quelque temps � la maison et, � la suite de cet incendie, elle est devenue inhabitable.
� Tu l�habites cependant, toi, dit Philippe, maladroit � son tour.
� Je l�habite comme gardien.
Philippe haussa les �paules en homme qui ne croit pas un mot de ce qu�on lui dit.
Fritz commen�ait � s�irriter.
� Au reste, dit-il, que M. le comte y soit ou n�y soit pas, on n�a pas, soit en sa pr�sence, soit en son absence, l�habitude de p�n�trer chez lui de force; et, si vous ne vous conformez pas aux habitudes, je vais �tre contraint�
Fritz s�arr�ta.
� � quoi? demanda Philippe s�oubliant.
� � vous mettre dehors, r�pondit tranquillement Fritz.
� Toi? s��cria Philippe, l��il �tincelant.
� Moi, r�pliqua Fritz reprenant, avec le caract�re particulier � sa nation, toutes les apparences du sang-froid � mesure que grandissait sa col�re.
Et il fit un pas vers le jeune homme, qui, exasp�r�, hors de lui, mit l��p�e � la main.
Fritz, sans s��mouvoir � la vue du fer, sans appeler � peut-�tre d�ailleurs �tait-il seul �, Fritz saisit � une panoplie une esp�ce de pieu arm� d�un fer court mais aigu et, s��lan�ant sur Philippe en b�tonniste plut�t qu�en escrimeur, il fit, du premier choc, voler en �clats la lame de cette petite �p�e.
Philippe poussa un cri de col�re et, s��lan�ant � son tour vers le troph�e, chercha � y saisir une arme.
En ce moment, la porte secr�te du corridor s�ouvrit et, se d�tachant sur le cadre sombre, le comte apparut.
� Qu�y a-t-il, Fritz? demanda-t-il.
� Rien, monsieur, r�pliqua le serviteur en abaissant son �pieu, mais en se pla�ant comme une barri�re en face de son ma�tre, qui, debout sur les degr�s de l�escalier d�rob�, le dominait de la moiti� du corps.
� Monsieur le comte de F�nix, dit Philippe, est-ce l�habitude de votre pays que les laquais re�oivent un gentilhomme l��pieu � la main, ou est-ce une consigne particuli�re � votre noble maison?
Fritz abaissa son �pieu et, sur un signe du ma�tre, le d�posa dans un angle du vestibule.
� Qui �tes-vous, monsieur? demanda le comte distinguant mal Philippe � la lueur de la lampe qui �clairait l�antichambre.
� Quelqu�un qui veut absolument vous parler.
� Qui veut?
� Oui.
� Voil� un mot qui excuse bien Fritz, monsieur; car, moi, je ne veux parler � personne et, quand je suis chez moi, je ne reconnais � personne le droit de vouloir me parler. Vous �tes donc coupable d�un tort vis-�-vis de moi; mais, ajouta Balsamo avec un soupir, je vous le pardonne, � la condition cependant que vous vous retirerez et ne troublerez pas davantage mon repos.
� Il vous sied bien, en v�rit�, s��cria Philippe, de demander du repos, vous qui m�avez �t� le mien!
� Moi, je vous ai �t� votre repos? demanda le comte.
� Je suis Philippe de Taverney! s��cria le jeune homme croyant que, pour la conscience du comte, ce mot r�pondait � tout.
� Philippe de Taverney?� Monsieur, dit le comte, j�ai �t� bien re�u chez votre p�re, soyez le bien re�u chez moi.
� Ah! c�est fort heureux! murmura Philippe.
� Veuillez me suivre, monsieur.
Balsamo referma la porte de l�escalier d�rob�, et, marchant devant Philippe, il le conduisit au salon o� nous avons vu n�cessairement se d�rouler quelques-unes des sc�nes de cette histoire, et particuli�rement la plus r�cente de toutes celles qui s�y �taient pass�es, celle des cinq ma�tres.
Le salon �tait �clair� comme si on e�t attendu quelqu�un; mais il �tait �vident que c��tait par une des habitudes luxueuses de la maison.
� Bonsoir, monsieur de Taverney, dit Balsamo d�un son de voix doux et voil� qui for�a Philippe de lever les yeux sur lui.
Mais, � la vue de Balsamo, Philippe fit un pas en arri�re.
Le comte, en effet, n��tait plus que l�ombre de lui-m�me: ses yeux caves n�avaient plus de lumi�re; ses joues, en maigrissant, avaient encadr� la bouche de deux plis, et l�angle facial, nu et osseux, faisait ressembler toute la t�te � une t�te de mort.
Philippe demeura atterr�. Balsamo regarda son �tonnement, et un sourire d�une tristesse mortelle effleura ses l�vres p�les.
� Monsieur, dit-il, je vous fais mes excuses pour mon serviteur; mais, en v�rit�, il suivait sa consigne, et c�est vous, permettez-moi de vous le dire, qui vous �tiez mis dans votre tort en la for�ant.
� Monsieur, dit Philippe, il y a, vous le savez, dans la vie des situations extr�mes, et j��tais dans une de ces situations-l�.
Balsamo ne r�pondit point.