Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
Rien ne vint l��clairer. Il aper�ut seulement une fois le visage de la dauphine qui s�approcha de la fen�tre pour regarder derri�re les vitres la cour, que peut-�tre elle n�avait jamais vue.
Il put aussi distinguer le docteur Louis ouvrant cette fen�tre, afin de laisser passer un peu d�air dans la chambre. Quant � entendre ce qui se disait, quant � voir le jeu des physionomies, Gilbert ne le put; un �pais rideau, qui servait de store, retomba le long de la fen�tre et intercepta tout le sens de la sc�ne.
On peut juger des angoisses du jeune homme. Le m�decin, � l��il de lynx, avait d�couvert le myst�re. L��clat devait avoir lieu, non pas imm�diatement, car Gilbert supposait avec raison que la pr�sence de la dauphine serait un obstacle, mais tout � l�heure, entre le p�re et la fille, apr�s le d�part des deux personnes �trang�res.
Gilbert, ivre de douleur et d�impatience, battait avec sa t�te les deux parois de la mansarde.
Il vit M. de Taverney sortir avec madame la dauphine, et le docteur �tait d�j� parti.
C�est entre M. de Taverney et la dauphine, se dit-il, que l�explication aura lieu.
Le baron ne revint pas trouver sa fille; Andr�e resta seule chez elle et passa le temps sur son sofa, tant�t � une lecture que les spasmes et la migraine la for�aient d�interrompre, tant�t dans des m�ditations d�une profondeur et d�une impassibilit� tellement �tranges, que Gilbert les prenait pour des extases, lorsqu�il en surprenait une p�riode par l�entreb�illement du rideau que le vent soulevait.
Andr�e, fatigu�e de douleurs et d��motions, s�endormit. Gilbert profita de ce r�pit pour aller recueillir au dehors les bruits et les commentaires.
Ce temps lui fut pr�cieux, � cause des r�flexions qu�il lui donna le temps de faire.
Le danger �tait tellement imminent, qu�il s�agissait de le combattre par une r�solution soudaine, h�ro�que.
Ce fut le premier point d�appui sur lequel cet esprit chancelant, � force d��tre subtil, retrouva du ressort et du repos.
Mais quelle r�solution prendre? Un changement dans des circonstances pareilles est une r�v�lation. La fuite? Ah! oui! la fuite, avec cette �nergie de la jeunesse, avec cette vigueur du d�sespoir et de la peur, qui doublent les forces d�un homme et les �galent � celles de toute une arm�e� Se cacher le jour, marcher la nuit, et parvenir enfin�
O�?
En quel endroit se cacher si bien, que ne puisse y atteindre le bras vengeur de la justice du roi?
Gilbert connaissait les m�urs de la campagne. Que pense-t-on dans des pays presque sauvages, presque d�serts � car, pour les villes, il n�y faut pas songer �? Que pense-t-on dans une bourgade, dans un hameau, de l��tranger qui vient mendier un jour son pain, ou qu�on soup�onne de le voler? Et puis Gilbert se savait par c�ur: une figure remarquable, une figure qui d�sormais porterait l�empreinte ind�l�bile d�un secret terrible, attirerait l�attention du premier observateur. Fuir �tait d�j� un danger; mais �tre d�couvert, c��tait une honte.
La fuite devait faire juger Gilbert coupable; il repoussa cette id�e et, comme si son esprit n�e�t eu de forces que tout juste pour trouver une id�e, le malheureux, apr�s la fuite, trouva la mort.
C��tait la premi�re fois qu�il y songeait; l�apparition de ce lugubre fant�me qu�il �voqua ne lui occasionna aucune peur.
� Il sera toujours temps, se dit-il, de songer � la mort lorsque toutes les ressources seront �puis�es. D�ailleurs, c�est une l�chet� que de se tuer, M. Rousseau l�a dit; souffrir est plus noble.
Sur ce paradoxe, Gilbert releva la t�te et recommen�a ses courses vagues dans les jardins.
Il en �tait aux premi�res lueurs de la s�curit�, lorsque tout � coup Philippe, arrivant comme nous l�avons vu, bouleversa toutes ses id�es et le jeta dans une nouvelle s�rie de perplexit�s.
Le fr�re! le fr�re appel�! c��tait donc bien av�r�! La famille prenait le parti du silence; oui, mais avec toutes les investigations, tous les raffinements de d�tails qui, pour Gilbert, valait tout l�appareil tortionnaire de la Conciergerie, du Ch�telet et de la Tournelle. C�est alors qu�on le tra�nerait devant Andr�e, qu�on le forcerait � s�agenouiller, � confesser bassement son crime, et qu�on le tuerait comme un chien avec le b�ton ou le couteau. Vengeance l�gitime qui d�avance avait son immunit� dans les pr�c�dents d�une foule d�aventures.
Le roi Louis XV �tait fort complaisant pour la noblesse en semblables occasions.
Et puis Philippe �tait le plus redoutable vengeur que mademoiselle de Taverney p�t appeler � l�aide; Philippe, le seul de la famille qui e�t montr� � Gilbert des sentiments d�homme et presque d��gal, Philippe ne tuerait-il pas aussi s�rement le coupable avec un mot qu�avec le fer, si ce mot �tait: �Gilbert, vous avez mang� notre pain, et vous nous d�shonorez!�
Aussi avons-nous vu Gilbert se d�robant d�s la premi�re apparition de Philippe; aussi, en revenant, n�ob�it-il qu�� son instinct pour ne pas s�accuser lui-m�me et, d�s cet instant, concentra-t-il toutes ses forces vers un seul but: la r�sistance.
Il suivit Philippe, le vit monter chez Andr�e, causer avec le docteur Louis; il �pia tout, jugea tout, comprit le d�sespoir de Philippe. Il vit na�tre et grandir cette douleur: sa terrible sc�ne avec Andr�e, il la devina au jeu des ombres derri�re le rideau.
� Je suis perdu, pensa-t-il.
Et aussit�t, sa raison s��garant, il s�empara d�un couteau pour tuer Philippe, qu�il s�attendait � voir para�tre � sa porte�, ou pour se tuer lui-m�me, s�il le fallait.
Tout au contraire, Philippe se r�concilia avec sa s�ur; Gilbert le vit � genoux, baisant les mains d�Andr�e. C��tait un espoir nouveau, une porte de salut. Si Philippe n��tait pas encore mont� avec des cris de fureur, c��tait parce qu�Andr�e ignorait compl�tement le nom du coupable. Si elle, le seul t�moin, le seul accusateur ne savait rien, nul ne savait donc rien. Si Andr�e, fol espoir, savait et n�avait pas dit, c��tait plus que le salut, c��tait le bonheur, c��tait le triomphe.
D�s ce moment, Gilbert se haussa r�solument jusqu�au niveau de la situation. Rien ne l�arr�ta plus dans sa marche aussit�t qu�il eut recouvr� la nettet� de son coup d��il.
� O� sont les traces, dit-il, si mademoiselle de Taverney ne m�accuse pas? Et, fou que je suis, est-ce du r�sultat qu�elle m�accuserait, ou du crime? Or, elle ne m�a pas reproch� le crime: rien, depuis trois semaines, ne m�a indiqu� qu�elle me d�test�t ou m��vit�t plus qu�auparavant.
�Si donc elle n�a pas connu la cause, rien dans l�effet ne trahit moi plus qu�un autre. J�ai vu, moi, le roi lui-m�me dans la chambre de mademoiselle Andr�e. J�en t�moignerais, au besoin, devant le fr�re et, malgr� toutes les d�n�gations de Sa Majest�, on me croirait� Oui; mais ce serait l� un bien p�rilleux parti� Je me tairai: le roi a trop de moyens de prouver son innocence ou d��craser mon t�moignage. Mais, � d�faut du roi, dont le nom ne peut �tre invoqu� en tout ceci sous peine de prison perp�tuelle ou de mort, n�ai-je pas cet homme inconnu qui, la m�me nuit, a fait descendre mademoiselle de Taverney dans le jardin?� Celui-l� comment se d�fendra-t-il? Celui-l�, comment le devinerait-on? Comment le retrouverait-on si on le devinait? Celui-l� n�est qu�un homme ordinaire; je le vaux bien, et je me d�fendrai toujours bien contre lui. D�ailleurs, on ne songe pas m�me � moi. Dieu seul m�a vu�, ajouta-t-il en riant avec amertume. Mais ce Dieu qui tant de fois vit mes larmes et mes douleurs sans rien dire, pourquoi commettrait-il l�injustice de me r�v�ler en cette occasion, la premi�re qu�il m�ait fournie d��tre heureux?�
�Au surplus, si le crime existe, il est � lui et non � moi, et M. de Voltaire prouve surabondamment qu�il n�y a plus de miracles. Je suis sauv�, je suis tranquille, mon secret m�appartient. L�avenir est � moi.�
Apr�s ces r�flexions, ou plut�t apr�s cette composition avec sa conscience, Gilbert serra ses outils aratoires, alla prendre avec ses compagnons le repas du soir. Il fut gai, insouciant, provoquant m�me. Il avait eu des remords, il avait eu peur, c�est une double faiblesse qu�un homme, un philosophe, devait se h�ter d�effacer. Seulement, il comptait sans sa conscience: Gilbert ne dormit pas.