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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Le comte de Balsamo?

� Oui.

� Et tu t�endormis?

� Je m�endormis ou m��vanouis, je ne puis dire. Tu sais comment il m�emporta et comment il me ramena chez mon p�re.

� Oui, oui; et cette nuit, cette nuit du d�part de Nicole, tu l�as revu?

� Non; mais j�ai �prouv� tous les sympt�mes qui annon�aient sa pr�sence: la m�me sensation �trange, le m�me �blouissement nerveux, le m�me engourdissement, le m�me sommeil.

� Le m�me sommeil?

� Oui, sommeil plein de vertiges, dont, tout en luttant, je reconnaissais l�influence myst�rieuse, et auquel j�ai succomb�.

� Grand Dieu! s��cria Philippe, continue, continue.

� Je m�endormis.

� O� cela?

� Sur mon lit, j�en suis bien s�re, et je me retrouvai � terre, sur le tapis, seule, souffrante et glac�e comme une morte qui ressuscite; en me r�veillant, j�appelai Nicole, mais en vain: Nicole avait disparu.

� Et ce sommeil, c��tait bien le m�me?

� Oui.

� Le m�me qu�� Taverney? le m�me que le jour des f�tes?

� Oui, oui.

� Les deux premi�res fois, avant de succomber, tu avais vu ce Joseph Balsamo, ce comte de F�nix?

� Parfaitement.

� Et la troisi�me fois, tu ne le revis pas?

� Non, dit Andr�e avec effroi, car elle commen�ait � comprendre, non; mais je le devinai.

� Bien! s��cria Philippe, maintenant, sois tranquille, sois rassur�e, sois fi�re, Andr�e, je sais le secret. Merci, ch�re s�ur, merci! Ah! nous sommes sauv�s!

Philippe prit Andr�e entre ses bras, la pressa tendrement sur son c�ur et, emport� par la fougue de la r�solution, il s��lan�a hors de la chambre sans vouloir attendre ni entendre.

Il courut � l��curie, sella lui-m�me son cheval, s��lan�a sur son dos et prit, en toute h�te, le chemin de Paris.

Chapitre 145. La conscience de Gilbert

Toutes les sc�nes que nous venons de d�crire avaient frapp� un contrecoup terrible sur Gilbert.

La susceptibilit� tr�s �quivoque de ce jeune homme se voyait mise � une trop rude �preuve, lorsque, du fond de la retraite qu�il savait choisir dans un coin quelconque des jardins, il voyait chaque jour les progr�s de la maladie sur le visage et dans la d�marche d�Andr�e; lorsque cette p�leur qui, la veille, l�avait alarm�, venait, le lendemain, lui para�tre plus marqu�e, plus accusatrice, alors que mademoiselle de Taverney se mettait � sa fen�tre aux premiers rayons du matin. Alors, quiconque e�t observ� le regard de Gilbert n�e�t pas m�connu en lui les traits caract�ristiques du remords, devenu un dessin classique chez les peintres de l�Antiquit�.

Gilbert aimait la beaut� d�Andr�e et, par contre, il la d�testait. Cette beaut� brillante, jointe � tant d�autres sup�riorit�s, �tablissait une nouvelle ligne de d�marcation entre lui et la jeune fille; cette beaut� cependant lui paraissait un nouveau tr�sor � conqu�rir. Telles �taient les raisons de son amour et de sa haine, de son d�sir ou de son m�pris.

Mais, du jour o� cette beaut� se ternissait, o� les traits d�Andr�e devenaient les r�v�lateurs d�une souffrance ou d�une honte; du jour, enfin, o� il y avait danger pour Andr�e, danger pour Gilbert, la situation changeait compl�tement, et Gilbert, esprit �minemment juste, changeait avec elle de point de vue.

Disons-le, son premier sentiment fut une profonde tristesse. Il ne vit pas sans douleur se fl�trir la beaut�, la sant� de sa ma�tresse. Il �prouva le d�licieux orgueil de plaindre cette femme si fi�re, si d�daigneuse avec lui, et de lui rendre la piti� pour tous les opprobres dont elle l�avait couvert.

Ce n�est pas l� cependant que nous trouverons Gilbert excusable. L�orgueil ne justifie rien. Aussi n�entra-t-il que de l�orgueil dans l�habitude qu�il prit d�envisager la situation. Chaque fois que mademoiselle de Taverney, p�le, souffrante et inclin�e, paraissait comme un fant�me aux yeux de Gilbert, le c�ur de celui-ci bondissait, le sang montait � ses paupi�res comme font les larmes, et il appuyait sur sa poitrine une main crisp�e, inqui�te, qui cherchait � comprimer la r�volte de sa conscience.

� C�est par moi qu�elle est perdue, murmurait-il.

Et, apr�s l�avoir couv�e d�un regard furieux et d�vorant, il s�enfuyait, croyant toujours la revoir et l�entendre g�mir.

Alors il lui venait au c�ur, il ressentait une des plus poignantes douleurs qu�il soit donn� � l�homme de supporter. Son furieux amour avait besoin d�un soulagement, et il e�t parfois sacrifi� sa vie pour avoir le droit de tomber aux genoux d�Andr�e, de lui prendre la main, de la consoler, de la rappeler � la vie quand elle s��vanouissait. Son impuissance dans ces occasions �tait un supplice dont rien au monde ne saurait d�crire les tortures.

Gilbert supporta trois jours ce martyre.

Le premier, il avait remarqu� le changement, la lente d�composition qui s�op�rait chez Andr�e. L� o� nul ne voyait encore rien, lui, le complice, devinait et expliquait tout. Il y a plus: apr�s avoir �tudi� la marche du mal, il supputa l��poque pr�cise o� la crise �claterait.

Le jour des �vanouissements se passa pour lui en transes, en sueurs, en vagues d�marches, indices certains d�une conscience aux abois. Toutes ces all�es et venues, ces airs d�indiff�rence ou d�empressement, ces �lans de sympathie ou de sarcasme que Gilbert consid�rait, lui, comme des chefs-d��uvre de dissimulation et de tactique, le moindre clerc du Ch�telet, le moindre porte-clefs de Saint-Lazare les e�t aussi parfaitement analys�s et traduits que la Fouine de M. de Sartine lisait et transcrivait les correspondances en chiffres.

On ne voit pas un homme courir � perdre haleine, puis s�arr�ter soudain, pousser des sons inarticul�s, puis se plonger tout � coup dans le silence le plus noir; on ne le voit pas �couter dans l�air les bruits indiff�rents, ou gratter la terre, ou hacher les arbres avec une sorte de rage, sans s�arr�ter pour dire: �Celui-l� est un fou, s�il n�est pas un coupable.�

Apr�s le premier �panchement du remords, Gilbert avait pass� de la commis�ration � l��go�sme. Il sentait que les �vanouissements si fr�quents d�Andr�e ne para�traient pas � tout le monde une maladie naturelle, et qu�on en rechercherait la cause.

Gilbert se rappelait alors les formes brutales et exp�ditives de la justice qui s�informe, les interrogations, les recherches, les analogies inconnues au reste du monde et qui mettent sur la piste d�un coupable ces limiers pleins de ressources qu�on appelle les instructeurs, de tous les genres de vols qui peuvent d�shonorer un homme.

Or, celui que Gilbert avait commis lui paraissait, en morale, le plus odieux et le plus punissable.

Il se mit donc � trembler s�rieusement; car il redouta que les souffrances d�Andr�e ne suscitassent une enqu�te.

D�s lors, pareil au criminel de ce tableau c�l�bre que poursuit l�ange du remords avec le feu p�le de sa torche, Gilbert ne cessa de tourner sur tout ce qui l�entourait des regards effar�s. Les bruits, les chuchotements lui devinrent suspects. Il �coutait chaque parole prononc�e devant lui, et, si insignifiante qu�elle f�t, elle lui semblait avoir rapport � mademoiselle de Taverney ou � lui.

Il avait vu M. de Richelieu aller chez le roi, M. de Taverney aller chez sa fille. La maison lui avait sembl�, ce jour-l�, prendre un air de conspiration et de d�fiance qui n��tait pas habituel.

Ce fut bien pis encore lorsqu�il aper�ut le m�decin de la dauphine se dirigeant vers la chambre d�Andr�e.

Gilbert �tait de ces sceptiques qui ne croient � rien: peu lui importait le regard des hommes et du Ciel; mais il reconnaissait pour dieu la science et proclamait son omnipotence.

En certains moments, Gilbert e�t ni� la p�n�tration infaillible de l��tre supr�me; jamais il n�e�t dout� de la clairvoyance du m�decin. L�arriv�e du docteur Louis pr�s d�Andr�e fut un coup dont le moral de Gilbert ne se releva pas.

Il courut � sa chambre, interrompant tout travail et sourd comme une statue aux injonctions de ses chefs. L�, derri�re le pauvre rideau qu�il s��tait improvis� pour masquer ses espionnages, il aiguisa toutes ses facult�s pour t�cher de surprendre un mot, un geste qui lui r�v�lassent le r�sultat de la consultation.

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