Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Chang�, moi! j�ai chang� � votre �gard, Philippe? Expliquez-vous. En v�rit�, je ne comprends rien � ce que vous me dites depuis que vous �tes rentr�.
� Oui, Andr�e, dit le jeune homme en la pressant sur sa poitrine; oui, ma douce s�ur, les passions de la jeunesse ont succ�d� aux affections de l�enfance, et vous ne m�avez plus trouv� assez bon ou assez s�r pour me montrer votre c�ur envahi par l�amour.
� Mon fr�re, mon ami, fit Andr�e de plus en plus �tonn�e, mais que me dites-vous donc l�? Que parlez-vous d�amour, � moi?
� Andr�e, j�aborde courageusement une question pleine de dangers pour vous, pleine d�angoisses pour moi-m�me. Je sais bien que solliciter ou plut�t exiger votre confiance en ce moment, c�est me perdre dans votre esprit; mais j�aime mieux, et croyez que c�est cruel � dire pour moi, j�aime mieux sentir que vous m�aimez moins, que de vous laisser en proie aux malheurs qui vous menacent, malheurs effrayants, Andr�e, si vous pers�v�rez dans le silence que je d�plore, et dont je ne vous eusse pas crue capable vis-�-vis d�un fr�re, d�un ami.
� Mon fr�re, mon ami, dit Andr�e, je vous jure que je ne comprends rien � vos reproches.
� Andr�e, voulez-vous que je vous fasse comprendre?
� Oh! oui� certes, oui.
� Mais alors si, encourag� par vous, je parle avec trop de pr�cision, si je provoque la rougeur � monter sur votre front, la honte � peser sur votre c�ur, alors, ne vous en prenez qu�� vous, � vous qui m�avez forc� par d�injustes d�fiances � fouiller jusqu�au fond de cette �me pour en arracher votre secret.
� Faites, Philippe, et je vous jure que je ne saurais vous en vouloir de ce que vous ferez.
Philippe regarda sa s�ur, se leva tout agit�, et parcourut la chambre � grands pas. Il y avait, dans l�accusation qu�il formulait contre elle dans son esprit, et la tranquillit� de cette jeune fille, une si �trange opposition, qu�il ne savait � quelle id�e s�arr�ter.
Andr�e, de son c�t�, consid�rait son fr�re avec stupeur et se gla�ait peu � peu au contact de cette solennit�, si diff�rente de la douce autorit� fraternelle.
Aussi, avant que Philippe e�t repris la parole, Andr�e se leva-t-elle � son tour et alla-t-elle passer son bras sous celui de son fr�re.
Alors, le regardant avec une tendresse inexprimable:
� �coute, Philippe, dit-elle, regarde-moi comme je te regarde!
� Oh! je ne demande pas mieux, r�pondit le jeune homme en fixant sur elle ses yeux ardents; que veux-tu me dire?
� Je veux te dire, Philippe, que tu as toujours �t� un peu jaloux de mon amiti�; c�est naturel, puisque, de mon c�t�, j��tais jalouse de tes soins et de ton affection; eh bien, regarde-moi comme je te l�ai dit.
La jeune fille sourit.
� Vois-tu un secret dans mes yeux? continua-t-elle.
� Oui, oui, j�en vois un, dit Philippe. Andr�e, tu aimes quelqu�un.
� Moi? s��cria la jeune fille avec un �tonnement si naturel, que la plus habile com�dienne n�e�t certes jamais pu imiter l�accent de cette seule parole.
Et elle se mit � rire.
� Moi, j�aime quelqu�un? dit-elle.
� On t�aime, alors?
� Ma foi, tant pis; car, comme cette personne inconnue ne s�est jamais fait conna�tre et, par cons�quent, ne s�est pas expliqu�e, c�est de l�amour en pure perte.
Alors, voyant sa s�ur rire et plaisanter sur cette question avec tant de franchise, voyant l�azur si limpide de ses yeux, la candeur si chaste de son maintien, Philippe, qui sentait battre d�un mouvement �gal le c�ur d�Andr�e sur son c�ur, se dit qu�un mois d�absence ne pouvait amener un tel changement dans le caract�re d�une jeune fille irr�prochable; que la pauvre Andr�e �tait soup�onn�e indignement; que la science mentait; il s�avoua que le docteur Louis avait une excuse, lui qui ne connaissait ni la puret� ni les instincts exquis d�Andr�e; lui qui pouvait la croire pareille � toutes ces filles de noblesse qui, fascin�es par des exemples indignes, ou entra�n�es par la chaleur pr�coce d�un sang corrompu, abdiquaient la virginit� sans regrets, sans ambition m�me.
Un dernier regard jet� sur Andr�e expliqua � Philippe la faillibilit� du docteur; et Philippe se trouva si heureux de son explication, qu�il embrassa sa s�ur comme ces martyrs qui confessaient la puret� de la Vierge Marie, en confessant du m�me coup leur croyance � son divin Fils.
Ce fut � cette p�riode des fluctuations que Philippe entendit dans l�escalier les pas du docteur Louis, fid�le � la promesse qu�il lui avait faite.
Andr�e tressaillit: tout lui devenait un �v�nement dans la situation o� elle �tait.
� Qui vient l�? demanda-t-elle.
� Mais le docteur Louis, probablement, dit Philippe.
Au m�me instant, la porte s�ouvrit, et le m�decin, attendu avec tant d�anxi�t� de la part de Philippe, parut en effet dans la chambre.
C��tait, nous l�avons dit, un de ces hommes graves et honn�tes pour qui toute science est un sacerdoce et qui en �tudient les myst�res avec religion.
� cette �poque toute mat�rialiste, le docteur Louis, chose rare, cherchait, sous les maladies du corps, � d�couvrir les maladies de l��me; il allait franchement, brusquement, dans cette voie, s�inqui�tant peu des rumeurs et des obstacles, �conomisant son temps, ce patrimoine des gens laborieux, avec une avarice qui le rendait brutal pour les oisifs et les bavards.
C�est pour cela qu�il avait si rudement trait� Philippe � leur premi�re entrevue: il l�avait pris pour un de ces muguets de cour qui viennent cajoler le m�decin, afin d�obtenir des compliments sur leurs prouesses amoureuses, et qui sont tout fiers d�avoir une discr�tion � payer. Mais, sit�t que la m�daille s��tait retourn�e, et qu�au lieu du fat plus ou moins amoureux, le docteur avait vu appara�tre la sombre et mena�ante figure du fr�re; sit�t qu�� la place d�un d�sagr�ment, il avait vu s�esquisser un malheur, le praticien philosophe, l�homme de c�ur s��tait �mu et, depuis les derni�res paroles de Philippe, le docteur s��tait dit � lui-m�me:
� Non seulement j�ai pu me tromper, mais encore je voudrais m��tre tromp�.
Voil� pourquoi, m�me sans la pri�re instante de Philippe, il f�t venu trouver Andr�e, pour se rendre compte, par un examen plus d�cisif, de ce que la premi�re �preuve lui avait fourni de probabilit�s.
Il entra donc, et son premier coup d��il, cette prise de possession du m�decin et de l�observateur, s�attacha d�s l�antichambre sur Andr�e, qu�il ne quitta plus.
Justement, soit �motion caus�e par la visite du docteur, soit accident naturel, Andr�e venait d��tre saisie d�une de ces attaques qui avaient effray� Philippe, et elle chancelait, portant avec douleur son mouchoir � ses l�vres.
Philippe, tout occup� de recevoir le docteur, n�avait rien vu.
� Docteur, dit-il, soyez le bienvenu et pardonnez-moi ma fa�on un peu brusque; quand je vous ai abord�, il y a une heure, j��tais aussi agit� que je suis calme en ce moment.
Le docteur cessa pour un instant de regarder Andr�e et laissa tomber son observation sur le jeune homme, dont il analysa le sourire et l��panouissement.
� Vous avez caus� avec mademoiselle votre s�ur, comme je vous en ai donn� le conseil? demanda-t-il.
� Oui, docteur, oui.
� Et vous �tes rassur�?
� J�ai le ciel de plus et l�enfer de moins dans le c�ur.
Le docteur prit la main d�Andr�e et t�ta longuement le pouls de la jeune fille.
Philippe la regardait et semblait dire:
�Oh! faites, docteur; je ne crains plus maintenant les commentaires du m�decin.�
� Eh bien, monsieur? dit-il d�un air de triomphe.
� Monsieur le chevalier, r�pondit le docteur Louis, veuillez me laisser seul avec votre s�ur.
Ces mots, prononc�s simplement, abattirent l�orgueil du jeune homme.
� Quoi! encore? dit-il.
Le docteur fit un geste.
� C�est bien, je vous laisse, monsieur, r�pliqua Philippe d�un air sombre.