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Joseph Balsamo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome IV

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Chang�, moi! j�ai chang� � votre �gard, Philippe? Expliquez-vous. En v�rit�, je ne comprends rien � ce que vous me dites depuis que vous �tes rentr�.

� Oui, Andr�e, dit le jeune homme en la pressant sur sa poitrine; oui, ma douce s�ur, les passions de la jeunesse ont succ�d� aux affections de l�enfance, et vous ne m�avez plus trouv� assez bon ou assez s�r pour me montrer votre c�ur envahi par l�amour.

� Mon fr�re, mon ami, fit Andr�e de plus en plus �tonn�e, mais que me dites-vous donc l�? Que parlez-vous d�amour, � moi?

� Andr�e, j�aborde courageusement une question pleine de dangers pour vous, pleine d�angoisses pour moi-m�me. Je sais bien que solliciter ou plut�t exiger votre confiance en ce moment, c�est me perdre dans votre esprit; mais j�aime mieux, et croyez que c�est cruel � dire pour moi, j�aime mieux sentir que vous m�aimez moins, que de vous laisser en proie aux malheurs qui vous menacent, malheurs effrayants, Andr�e, si vous pers�v�rez dans le silence que je d�plore, et dont je ne vous eusse pas crue capable vis-�-vis d�un fr�re, d�un ami.

� Mon fr�re, mon ami, dit Andr�e, je vous jure que je ne comprends rien � vos reproches.

� Andr�e, voulez-vous que je vous fasse comprendre?

� Oh! oui� certes, oui.

� Mais alors si, encourag� par vous, je parle avec trop de pr�cision, si je provoque la rougeur � monter sur votre front, la honte � peser sur votre c�ur, alors, ne vous en prenez qu�� vous, � vous qui m�avez forc� par d�injustes d�fiances � fouiller jusqu�au fond de cette �me pour en arracher votre secret.

� Faites, Philippe, et je vous jure que je ne saurais vous en vouloir de ce que vous ferez.

Philippe regarda sa s�ur, se leva tout agit�, et parcourut la chambre � grands pas. Il y avait, dans l�accusation qu�il formulait contre elle dans son esprit, et la tranquillit� de cette jeune fille, une si �trange opposition, qu�il ne savait � quelle id�e s�arr�ter.

Andr�e, de son c�t�, consid�rait son fr�re avec stupeur et se gla�ait peu � peu au contact de cette solennit�, si diff�rente de la douce autorit� fraternelle.

Aussi, avant que Philippe e�t repris la parole, Andr�e se leva-t-elle � son tour et alla-t-elle passer son bras sous celui de son fr�re.

Alors, le regardant avec une tendresse inexprimable:

� �coute, Philippe, dit-elle, regarde-moi comme je te regarde!

� Oh! je ne demande pas mieux, r�pondit le jeune homme en fixant sur elle ses yeux ardents; que veux-tu me dire?

� Je veux te dire, Philippe, que tu as toujours �t� un peu jaloux de mon amiti�; c�est naturel, puisque, de mon c�t�, j��tais jalouse de tes soins et de ton affection; eh bien, regarde-moi comme je te l�ai dit.

La jeune fille sourit.

� Vois-tu un secret dans mes yeux? continua-t-elle.

� Oui, oui, j�en vois un, dit Philippe. Andr�e, tu aimes quelqu�un.

� Moi? s��cria la jeune fille avec un �tonnement si naturel, que la plus habile com�dienne n�e�t certes jamais pu imiter l�accent de cette seule parole.

Et elle se mit � rire.

� Moi, j�aime quelqu�un? dit-elle.

� On t�aime, alors?

� Ma foi, tant pis; car, comme cette personne inconnue ne s�est jamais fait conna�tre et, par cons�quent, ne s�est pas expliqu�e, c�est de l�amour en pure perte.

Alors, voyant sa s�ur rire et plaisanter sur cette question avec tant de franchise, voyant l�azur si limpide de ses yeux, la candeur si chaste de son maintien, Philippe, qui sentait battre d�un mouvement �gal le c�ur d�Andr�e sur son c�ur, se dit qu�un mois d�absence ne pouvait amener un tel changement dans le caract�re d�une jeune fille irr�prochable; que la pauvre Andr�e �tait soup�onn�e indignement; que la science mentait; il s�avoua que le docteur Louis avait une excuse, lui qui ne connaissait ni la puret� ni les instincts exquis d�Andr�e; lui qui pouvait la croire pareille � toutes ces filles de noblesse qui, fascin�es par des exemples indignes, ou entra�n�es par la chaleur pr�coce d�un sang corrompu, abdiquaient la virginit� sans regrets, sans ambition m�me.

Un dernier regard jet� sur Andr�e expliqua � Philippe la faillibilit� du docteur; et Philippe se trouva si heureux de son explication, qu�il embrassa sa s�ur comme ces martyrs qui confessaient la puret� de la Vierge Marie, en confessant du m�me coup leur croyance � son divin Fils.

Ce fut � cette p�riode des fluctuations que Philippe entendit dans l�escalier les pas du docteur Louis, fid�le � la promesse qu�il lui avait faite.

Andr�e tressaillit: tout lui devenait un �v�nement dans la situation o� elle �tait.

� Qui vient l�? demanda-t-elle.

� Mais le docteur Louis, probablement, dit Philippe.

Au m�me instant, la porte s�ouvrit, et le m�decin, attendu avec tant d�anxi�t� de la part de Philippe, parut en effet dans la chambre.

C��tait, nous l�avons dit, un de ces hommes graves et honn�tes pour qui toute science est un sacerdoce et qui en �tudient les myst�res avec religion.

� cette �poque toute mat�rialiste, le docteur Louis, chose rare, cherchait, sous les maladies du corps, � d�couvrir les maladies de l��me; il allait franchement, brusquement, dans cette voie, s�inqui�tant peu des rumeurs et des obstacles, �conomisant son temps, ce patrimoine des gens laborieux, avec une avarice qui le rendait brutal pour les oisifs et les bavards.

C�est pour cela qu�il avait si rudement trait� Philippe � leur premi�re entrevue: il l�avait pris pour un de ces muguets de cour qui viennent cajoler le m�decin, afin d�obtenir des compliments sur leurs prouesses amoureuses, et qui sont tout fiers d�avoir une discr�tion � payer. Mais, sit�t que la m�daille s��tait retourn�e, et qu�au lieu du fat plus ou moins amoureux, le docteur avait vu appara�tre la sombre et mena�ante figure du fr�re; sit�t qu�� la place d�un d�sagr�ment, il avait vu s�esquisser un malheur, le praticien philosophe, l�homme de c�ur s��tait �mu et, depuis les derni�res paroles de Philippe, le docteur s��tait dit � lui-m�me:

� Non seulement j�ai pu me tromper, mais encore je voudrais m��tre tromp�.

Voil� pourquoi, m�me sans la pri�re instante de Philippe, il f�t venu trouver Andr�e, pour se rendre compte, par un examen plus d�cisif, de ce que la premi�re �preuve lui avait fourni de probabilit�s.

Il entra donc, et son premier coup d��il, cette prise de possession du m�decin et de l�observateur, s�attacha d�s l�antichambre sur Andr�e, qu�il ne quitta plus.

Justement, soit �motion caus�e par la visite du docteur, soit accident naturel, Andr�e venait d��tre saisie d�une de ces attaques qui avaient effray� Philippe, et elle chancelait, portant avec douleur son mouchoir � ses l�vres.

Philippe, tout occup� de recevoir le docteur, n�avait rien vu.

� Docteur, dit-il, soyez le bienvenu et pardonnez-moi ma fa�on un peu brusque; quand je vous ai abord�, il y a une heure, j��tais aussi agit� que je suis calme en ce moment.

Le docteur cessa pour un instant de regarder Andr�e et laissa tomber son observation sur le jeune homme, dont il analysa le sourire et l��panouissement.

� Vous avez caus� avec mademoiselle votre s�ur, comme je vous en ai donn� le conseil? demanda-t-il.

� Oui, docteur, oui.

� Et vous �tes rassur�?

� J�ai le ciel de plus et l�enfer de moins dans le c�ur.

Le docteur prit la main d�Andr�e et t�ta longuement le pouls de la jeune fille.

Philippe la regardait et semblait dire:

�Oh! faites, docteur; je ne crains plus maintenant les commentaires du m�decin.�

� Eh bien, monsieur? dit-il d�un air de triomphe.

� Monsieur le chevalier, r�pondit le docteur Louis, veuillez me laisser seul avec votre s�ur.

Ces mots, prononc�s simplement, abattirent l�orgueil du jeune homme.

� Quoi! encore? dit-il.

Le docteur fit un geste.

� C�est bien, je vous laisse, monsieur, r�pliqua Philippe d�un air sombre.

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