L'assommoir
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #7
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:
Boche, cependant, restait impenetrable et digne; il tournait, regardait en l'air, sans se prononcer. Coupeau avait beau lui adresser des clignements d'yeux, il affectait de ne pas vouloir abuser de sa grande influence sur le proprietaire. Il finit pourtant par laisser echapper un jeu de physionomie, un petit sourire mince accompagne d'un hochement de tete. Justement, M. Marescot, exaspere, l'air malheureux, ecartant ses dix doigts dans une crampe d'avare auquel on arrache son or, cedait a Gervaise, promettait le plafond et le papier, a la condition qu'elle payerait la moitie du papier. Et il se sauva vite, ne voulant plus entendre parler de rien.
Alors, quand Boche fut seul avec les Coupeau, il leur donna des claques sur les epaules, tres expansif. Hein? c'etait enleve! Sans lui, jamais ils n'auraient eu leur papier ni leur plafond. Avaient-ils remarque comme le proprietaire l'avait consulte du coin de l'oeil et s'etait brusquement decide en le voyant sourire? Puis, en confidence, il avoua etre le vrai maitre de la maison: il decidait des conges, louait si les gens lui plaisaient, touchait les termes qu'il gardait des quinze jours dans sa commode. Le soir, les Coupeau, pour remercier les Boche, crurent poli de leur envoyer deux litres de vin. Ca meritait un cadeau.
Des le lundi suivant, les ouvriers se mirent a la boutique. L'achat du papier fut surtout une grosse affaire. Gervaise voulait un papier gris a fleurs bleues, pour eclairer et egayer les murs. Boche lui offrit de l'emmener; elle choisirait. Mais il avait des ordres formels du proprietaire, il ne devait pas depasser le prix de quinze sous le rouleau. Ils resterent une heure chez le marchand; la blanchisseuse revenait toujours a une perse tres gentille de dix-huit sous, desesperee, trouvant les autres papiers affreux. Enfin, le concierge ceda; il arrangerait la chose, il compterait un rouleau de plus, s'il le fallait. Et Gervaise, en rentrant, acheta des gateaux pour Pauline. Elle n'aimait pas rester en arriere, il y avait tout benefice avec elle a se montrer complaisant.
En quatre jours, la boutique devait etre prete. Les travaux durerent trois semaines. D'abord, on avait parle de lessiver simplement les peintures. Mais ces peintures, anciennement lie de vin, etaient si sales et si tristes, que Gervaise se laissa entrainer a faire remettre toute la devanture en bleu clair, avec des filets jaunes. Alors, les reparations s'eterniserent. Coupeau, qui ne travaillait toujours pas, arrivait des le matin, pour voir si ca marchait. Boche lachait la redingote ou le pantalon dont il refaisait les boutonnieres, venait de son cote surveiller ses hommes. Et tous deux, debout en face des ouvriers, les mains derriere le dos, fumant, crachant, passaient la journee a juger chaque coup de pinceau. C'etaient des reflexions interminables, des reveries profondes pour un clou a arracher. Les peintres, deux grands diables bons enfants, quittaient a chaque instant leurs echelles, se plantaient, eux aussi, au milieu de la boutique, se melant a la discussion, hochant la tete pendant des heures, en regardant leur besogne commencee. Le plafond se trouva badigeonne assez rapidement. Ce furent les peintures dont on faillit ne jamais sortir. Ca ne voulait pas secher. Vers neuf heures, les peintres se montraient avec leurs pots a couleur, les posaient dans un coin, donnaient un coup d'oeil, puis disparaissaient; et on ne les revoyait plus. Ils etaient alles dejeuner, ou bien ils avaient du finir une bricole, a cote, rue Myrrha. D'autres fois, Coupeau emmenait toute la coterie boire un canon, Boche, les peintres, avec les camarades qui passaient; c'etait encore une apres-midi flambee. Gervaise se mangeait les sangs. Brusquement, en deux jours, tout fut termine, les peintures vernies, le papier colle, les saletes jetees au tombereau. Les ouvriers avaient bacle ca comme en se jouant, sifflant sur leurs echelles, chantant a etourdir le quartier.
L'emmenagement eut lieu tout de suite. Gervaise, les premiers jours, eprouvait des joies d'enfant, quand elle traversait la rue, en rentrant d'une commission. Elle s'attardait, souriait a son chez elle. De loin, au milieu de la file noire des autres devantures, sa boutique lui apparaissait toute claire, d'une gaiete neuve, avec son enseigne bleu tendre, ou les mots: Blanchisseuse de fin, etaient peints en grandes lettres jaunes. Dans la vitrine, fermee au fond par de petits rideaux de mousseline, tapissee de papier bleu pour faire valoir la blancheur du linge, des chemises d'homme restaient en montre, des bonnets de femme pendaient, les brides nouees a des fils de laiton. Et elle trouvait sa boutique jolie, couleur du ciel. Dedans, on entrait encore dans du bleu; le papier, qui imitait une perse Pompadour, representait une treille ou couraient des liserons; l'etabli, une immense table tenant les deux tiers de la piece, garni d'une epaisse couverture, se drapait d'un bout de cretonne a grands ramages bleuatres, pour cacher les treteaux. Gervaise s'asseyait sur un tabouret, soufflait un peu de contentement, heureuse de cette belle proprete, couvant des yeux ses outils neufs. Mais son premier regard allait toujours a sa mecanique, un poele de fonte, ou dix fers pouvaient chauffer a la fois, ranges autour du foyer, sur des plaques obliques. Elle venait se mettre a genoux, regardait avec la continuelle peur que sa petite bete d'apprentie ne fit eclater la fonte, en fourrant trop de coke.
Derriere la boutique, le logement etait tres convenable. Les Coupeau couchaient dans la premiere chambre, ou l'on faisait la cuisine et ou l'on mangeait; une porte, au fond, ouvrait sur la cour de la maison. Le lit de Nana se trouvait dans la chambre de droite, un grand cabinet, qui recevait le jour par une lucarne ronde, pres du plafond. Quant a Etienne, il partageait la chambre de gauche avec le linge sale, dont d'enormes tas trainaient toujours sur le plancher. Pourtant, il y avait un inconvenient, les Coupeau ne voulaient pas en convenir d'abord; mais les murs pissaient l'humidite, et on ne voyait plus clair des trois heures de l'apres-midi.
Dans le quartier, la nouvelle boutique produisit une grosse emotion. On accusa les Coupeau d'aller trop vite et de faire des embarras. Ils avaient, en effet, depense les cinq cents francs des Goujet en installation, sans garder meme de quoi vivre une quinzaine, comme ils se l'etaient promis. Le matin ou Gervaise enleva ses volets pour la premiere fois, elle avait juste six francs dans son porte-monnaie. Mais elle n'etait pas en peine, les pratiques arrivaient, ses affaires s'annoncaient tres bien. Huit jours plus tard, le samedi, avant de se coucher, elle resta deux heures a calculer, sur un bout de papier; et elle reveilla Coupeau, la mine luisante, pour lui dire qu'il y avait des mille et des cents a gagner, si l'on etait raisonnable.
-Ah bien! criait madame Lorilleux dans toute la rue de la Goutte-d'Or, mon imbecile de frere en voit de droles!... Il ne manquait plus a la Banban que de faire la vie. Ca lui va bien, n'est-ce pas?
Les Lorilleux s'etaient brouilles a mort avec Gervaise. D'abord, pendant les reparations de la boutique, ils avaient failli crever de rage; rien qu'a voir les peintres de loin, ils passaient sur l'autre trottoir, ils remontaient chez eux les dents serrees. Une boutique bleue a cette rien-du-tout, si ce n'etait pas fait pour casser les bras des honnetes gens! Aussi, des le second jour, comme l'apprentie vidait a la volee un bol d'amidon, juste au moment ou madame Lorilleux sortait, celle-ci avait-elle ameute la rue en accusant sa belle-soeur de la faire insulter par ses ouvrieres. Et tous rapports etaient rompus, on n'echangeait plus que des regards terribles, quand on se rencontrait.
-Oui, une jolie vie! repetait madame Lorilleux. On sait d'ou il lui vient, l'argent de sa baraque! Elle a gagne ca avec le forgeron... Encore, du propre monde, de ce cote-la! Le pere ne s'est-il pas coupe la tete avec un couteau, pour eviter la peine a la guillotine? Enfin, quelque sale histoire dans ce genre!
Elle accusait tres carrement Gervaise de coucher avec Goujet. Elle mentait, elle pretendait les avoir surpris un soir ensemble, sur un banc du boulevard exterieur. La pensee de cette liaison, des plaisirs que devait gouter sa belle-soeur, l'exasperait davantage, dans son honnetete de femme laide. Chaque jour, le cri de son coeur lui revenait aux levres: