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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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— Ah ! commandant, comment allez-vous ?

— Bien, merci. J’ai une question à vous poser…

— Oui, bien sûr, comment puis-je vous être agréable ?

— Vous surveillez toujours ?

– Évidemment.

— Hier ou avant-hier, auriez-vous vu Nasri avec des gens ? Ou quelque chose d’inhabituel, des voitures… ? Je ne sais pas.

— Vous parlez certainement d’hier, en fin d’après-midi. Deux grosses BMW, avec quatre personnes. Il a discuté longtemps avec eux.

— Vous avez les immatriculations.

— Bien sûr.

Patrick raccrocha avec un petit sourire en coin. Léanne resta sans voix. Il mit la musique plus fort. « C’est un jardinier qui boite et qui boit », Charles Trenet chantait en duo avec Mireille… Haut les cœurs !

— Envoie un message pour identifier les numéros et diffuse-les. Je parie qu’il s’agit des voitures qui seront au contact.

Secouée de droite à gauche, de la portière à l’épaule droite du chauffeur, Léanne allait s’amuser.

26

Une heure plus tard, ils ne les avaient toujours pas rattrapés. Après Axat, puis Quillan, Limoux…, moins de virages, mais des dos d’âne et Patrick ne ralentissait toujours pas.

— Heureusement que je n’ai rien mangé.

Nouvel appel de Nice. Le téléphone lui échappa au moment où elle décollait de son siège avant d’y retomber brutalement.

— C’est Vignon. Qu’est-ce que vous foutez, je n’arrivais pas à vous avoir ?

– Ça ne passe pas partout et mon téléphone est tombé.

— Léanne, on a le point de rendez-vous. L’endroit où ils doivent faire l’échange.

— J’écoute.

— C’est un parking de centre commercial, l’accès à l’autoroute est à proximité. Le rendez-vous est dans une demi-heure. Vous êtes loin ?

Elle regarda Patrick, lui seul était à même d’évaluer les délais…

— Ce sera très juste et, en plus, les autres sont loin derrière. On n’aura pas le temps de mettre un dispositif sérieux.

— Braghanti est arrivé ? demanda Léanne.

— Il n’est plus très loin, il a toujours la BRI aux fesses, mais ils ne sont pas assez nombreux pour interpeller autant de monde.

— Faut taper après leur séparation.

— Oui, c’est comme ça que je le vois aussi, approuva le commissaire. Toulouse prendra la bande de Nasri sur la remontée vers Paris. Perpignan et votre équipe, vous pouvez vous séparer. Un groupe pour Eduardo et ses hommes lorsqu’ils vont repartir vers l’Espagne, et les autres sur Braghanti. Priorité à la came et aux convoyeurs.

— Affirmatif. Je bascule ça sur les gens de mon équipe, et vous, occupez-vous des Toulousains.

Patrick laissa Léanne passer les consignes. Dès qu’elle en eut terminé, il se gara brusquement sur le côté.

— Qu’est-ce que tu fous ?

— J’en ai marre que tu me prennes pour un con. Je veux tout savoir, tu m’entends… TOUT.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— STOP ! Maintenant, ça suffit ! Explique-moi comment vous savez où ils sont, quand ils partent, où ils ont les rendez-vous ? J’ai cru que vous aviez balisé la voiture, mais c’est autre chose. Tu en sais trop sur leurs agissements. Tu as un informateur dans le coup, c’est ça ?

Léanne le regarda, décontenancée. Elle hésita sur l’attitude à adopter. Patrick reprit de plus belle :

— Tu ne veux pas m’en parler parce que l’enquête tombe à l’eau si on apprend qu’il y a un informateur ? Et donc, tu me prends pour un con depuis le début avec tout ton bla-bla sur les Stups. Tu crois que je ne sais pas que tu as essayé de me faire dessaisir.

Elle avala difficilement sa salive et chercha ses mots :

— On n’a pas d’informateur. Je te le jure !

— Alors, c’est quoi ?

— Le SIAT. Le service qui gère les agents infiltrés. On a un collègue dans le coup. C’est ultra confidentiel. Il en va de sa sécurité. Même les gens de mon groupe ne sont pas au courant. À Nice, seulement Vignon et moi.

Il redémarra et enclencha la première.

— Vas-y, raconte, je t’écoute.

*

À deux kilomètres du lieu de rendez-vous, Patrick donna un coup de coude à Léanne. En face d’eux, en sens inverse, la voiture d’Eduardo. En un éclair, ils reconnurent le Mexicain déjà vu sur des photos. Patrick eut un regard rapide pour les passagers. Le téléphone sonna entre les mains de la flic. Vignon était d’un calme olympien :

— La transaction a eu lieu. Braghanti a été au contact avec Eduardo, il l’a rencontré dans une cafétéria de supermarché. Le vieux est aussi malin que prudent, il ne s’est pas approché de la came à moins de deux kilomètres. Ses lieutenants sont allés vérifier pour lui et ils ont payé. On ne sait pas combien. Les reubeus ont fait leur transaction juste après. Eux n’ont pris aucune précaution, comme s’ils ne craignaient rien. Ils ont abandonné le Porsche Cayenne dans un chemin de terre à proximité, et ils l’ont incendié. Fahrid a changé de voiture et la came a été transvasée dans une BM. On va se le faire au péage de l’autoroute.

Léanne se sentit submergée par la déception. La transaction s’était faite sans elle.

— Et les autres ?

— Braghanti est parti en premier. On l’arrêtera à son arrivée au péage d’Antibes. Yves est maintenant seul. Sa passagère est repartie avec Eduardo. Il a quatre motards pour l’escorter, dont Raynal. Ils attendent. Ils ont pour consigne de laisser un peu d’avance au chef mafieux avant de se mettre en route pour Nice.

— Eux non plus ne prennent pas de précautions ? demanda Léanne.

— Yves compte sur les motards pour lui ouvrir la route.

— Grand bien nous fasse, s’amusa la flic, en partageant un sourire entendu avec Patrick.

Vignon lui annonça une vraie bonne nouvelle.

— Il n’a pas encore démarré. Il est à l’entrée de l’autoroute, vous avez peut-être le temps de le serrer. La BRI vous attend.

Encore quelques centaines de mètres et Patrick identifia aisément le dispositif policier. La BMW transportant la drogue était stationnée sur un parking un peu avant le péage, le groupe de motards à proximité. Les bikers discutaient avec Yves. Léanne réfléchit quelques instants, avant d’appuyer résolument sur le bouton d’émission de la radio.

— Léanne au dispo. Normalement, les motards vont se séparer, deux ou trois vont partir en avant pour ouvrir la route, et la voiture va leur laisser un peu d’avance. Je propose de serrer quand ils se seront éloignés et avant que la BM ne démarre.

— Ok pour nous ! répondit une première voix, suivie d’autres, puis le silence.

La commandant vérifia la position de son arme, celle des menottes. La tension monta, ils n’eurent pas à attendre longtemps pour voir trois motos passer la barrière. La BM démarra.

— Top interpellation ! cria Léanne.

Les véhicules de la BRI fondirent sur la BM et l’encadrèrent pour lui interdire tout mouvement. Réflexe de pro, pied au plancher, Yves lâcha l’embrayage. Son bolide rentra dans celui qui le précédait. Choc brutal, les voitures de police glissèrent sur la chaussée en libérant un espace suffisant pour qu’il s’y engouffre. Décontenancés, les flics hésitèrent à tirer. Tôle froissée des deux côtés, la BM se faufila dans l’étroit passage. Deux détonations ! Les balles s’enfoncèrent dans le bitume sans toucher les pneumatiques. Yves s’était dégagé. Derrière, Patrick n’avait rien raté de la scène.

— Accroche-toi !

En pleine accélération, il arriva sur le fuyard au moment où celui-ci croyait être sorti de la mêlée. Il le percuta violemment au niveau de l’aile avant gauche. Surpris, le trafiquant laissa sa voiture partir en glissade sur l’herbe. Deux roues sur le bas-côté et deux autres dans le dévers, il roula sur une vingtaine de mètres avant de reprendre la maîtrise de son véhicule. Trop tard, Patrick le percuta à nouveau. Cette fois, la BM piqua du nez dans un talus. Définitivement bloqué, Yves gicla de l’habitacle et partit en courant. Léanne n’hésita pas un instant et se lança à sa poursuite. Le voyou espéra la décourager en traversant l’autoroute. La flic à ses trousses, il arriva au niveau de la zone de circulation. Sig à la main, elle s’aperçut qu’il n’était pas armé. Dès lors, elle rangea son calibre et accéléra le rythme.

Trois files de voitures à franchir ! Yves commença par longer parallèlement la chaussée. Il la vit se rapprocher. Il sentit le souffle d’un semi-remorque et eut l’impression d’être poussé par un courant d’air. Les vapeurs de diesel lui emplirent les poumons. Le camion avait également frôlé Léanne. Il jeta un regard par-dessus son épaule et tenta sa chance… Des bruits de klaxon, des coups de frein… La policière se lança à son tour. Ils atteignirent la première glissière centrale en même temps. Elle ne le lâchait pas. Prise par l’effet « tunnel » dont parlent les psys, elle ne voyait que lui, rien d’autre ! Il ne lui échapperait pas. Le trafiquant se retourna… De l’autre côté de la route, d’autres flics n’osaient pas s’aventurer. Il décida de s’engager sur la dernière partie en contresens, Léanne toujours sur ses talons. Les voitures arrivaient en face. La flic, pourtant habituée à l’effort, sentit qu’elle était partie trop vite, l’impression que son cœur allait exploser, le goût du sang dans la gorge. Propulsée par la hargne, aidée par ses repères de marathonienne, elle se raisonna. Il allait s’épuiser… Elle l’aurait ! Il s’élança sur la voie de circulation : nouveaux coups de frein, embardées, bruits de collisions multiples… Il réussit à traverser. Circulation interrompue, route dégagée…

Léanne accéléra, gagnant encore quelques mètres… Il était dans l’herbe maintenant, et allait se trouver bloqué par le grillage qui ceinturait l’autoroute. Il se retourna, ressentit une violente pression et bascula, Léanne était sur lui. Une mâchoire se referma sur un de ses poignets. Elle lui avait passé une menotte en gueulant « Police ! ». Il se débattit et s’abandonna en chialant et en hurlant. Elle devina dans les yeux du fuyard, de la haine, de la violence et du découragement. D’autres flics arrivèrent. Le premier lâcha un coup de pied au prisonnier.

— Arrête ! hurla la commandant. Ça ne sert plus à rien.

— Tu nous as fait une de ces peurs, il aurait pu te faire tuer, cet enfoiré.

— On l’a, c’est bon.

Au loin, la sirène des gendarmes du peloton autoroutier… La camionnette de la maréchaussée se gara près d’eux et libéra un pandore furieux. Il les traita de cinglés… de cow-boys et d’autres amabilités. Il n’avait pas vraiment tort. Ils étaient passés à côté d’un drame et avaient causé un sacré bordel. La circulation ne pourrait pas être rétablie de sitôt. La flic releva son prisonnier et le poussa en avant.

— Vous n’allez pas retraverser, intervint le gendarme.

— Ben si ! Et c’est pas le moment de me les briser.

Dans son état de nervosité, elle n’avait pas envie de réfléchir. Le trafic restait bloqué des deux côtés, et dans trois minutes, elle aurait rejoint sa voiture avec son fuyard. Le major haussa les épaules en la regardant s’éloigner.

— Elle est cinglée, celle-là. Je veux son nom.

Des collègues plus diplomates se chargèrent d’expliquer la situation, en mettant en garde sur les informations à donner à la presse. Il ne devait s’agir que d’un banal accident. Il n’y avait jamais eu d’intervention de la police judiciaire, ni de drogue saisie. Rien à dire, et surtout pas sur les ondes de la radio autoroutière.

Léanne retrouva Girard et le véhicule du service. Le chef de l’antenne niçoise allait être ravi, entre le carambolage sur l’autoroute et l’état du matériel. Il allait s’étouffer. Vignon devrait trouver les mots justes pour faire passer la pilule. Voilà un moment où je ne l’envie pas, se dit Léanne, pas mécontente non plus qu’il se fasse engueuler par leur faute.

À côté de Patrick, entre deux autres collègues, se tenait un des motards, premier interpellé de son club. Ces gars se ressemblaient tous, seul leur tour de taille semblait un peu les différencier.

Léanne se débarrassa de son prisonnier.

— Mettez-le dans une bagnole, et qu’il ne parle à personne.

Le commandant décida de se faire petit, le temps que les problèmes de contingence administrative soient réglés. Léanne s’adressa d’abord à un chef de groupe de la BRI.

— Des nouvelles des autres ?

— Non, pas encore, c’est en cours.

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