Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Dix-huit toiles, couvrant principalement les dix dernières années de Maud Verhœven, vont être vendues. Toutes relèvent de l’abstraction pure. Devant certaines, Camille éprouve la même sensation que devant les toiles de Rothko, on dirait que la couleur vibre, qu’elle palpite, il faut avoir ressenti ça pour savoir ce que c’est que de la peinture vivante. Deux toiles ont été préemptées, elles iront dans des musées, deux toiles de l’extrême fin, qui hurlent la douleur, peintes dans la phase terminale du cancer de Maud et qui sont l’apogée de son art. Ce que Camille aurait peut-être conservé est un autoportrait qu’elle a fait vers trente ans. Il montre un visage enfantin et préoccupé, presque grave. Le sujet regarde au-delà de vous, il y a quelque chose d’absent dans cette pose ; c’est un mélange très élaboré de féminité adulte et de naïveté enfantine, comme on en trouve sur le visage de ces femmes autrefois juvéniles et avides de tendresse, aujourd’hui rongées par l’alcool. Irène aimait beaucoup cette toile. Elle l’avait un jour photographiée pour Camille, le cliché, format 10 × 13, est toujours sur son bureau, avec le pot en pâte de verre pour les crayons qu’Irène, toujours elle, lui avait offert, la seule chose de réellement intime que Camille a conservée dans son environnement professionnel. Armand a toujours regardé cette photo d’un œil d’amoureux, c’est la seule toile de Maud Verhœven qu’il comprend parce qu’elle est suffisamment figurative. Camille s’était promis de lui donner un jour cette reproduction, il ne l’a jamais fait. Même ce tableau, il l’a joint à la vente. Quand l’œuvre de sa mère sera enfin dispersée, peut-être aura-t-il la paix, peut-être pourra-t-il enfin vendre le dernier maillon de cette chaîne qui ne le relie plus à rien, l’atelier de Montfort.
Le sommeil est venu avec d’autres images, bien plus urgentes et plus actuelles, celles de cette jeune femme enfermée et qui s’est libérée. Ce sont toujours des images de mort mais de mort à venir. Parce qu’il ne saurait pas dire d’où ça lui vient, il a eu l’intime certitude, devant le spectacle de cette caisse éventrée, de ces rats morts, des traces de cette fuite, que tout cela masque autre chose, que derrière il y a encore de la mort.
En bas, la rue est déjà active. Pour quelqu’un qui comme lui dort peu, c’est égal mais jamais Irène n’aurait pu vivre ici. En revanche, c’est le grand spectacle de Doudouche, elle peut rester des heures à observer à travers la vitre le mouvement des péniches qui manœuvrent à l’écluse. Quand le temps le permet, elle a le droit de s’installer sur l’appui de la fenêtre.
Camille ne partira que lorsqu’il aura fait le clair dans son esprit. Et pour le moment, les questions abondent.
L’entrepôt de Pantin. Comment Trarieux l’a-t-il trouvé ? Est-ce important ou non ? Désaffecté depuis des années, l’immense hangar n’a jamais été squatté, les SDF ne s’en sont pas emparés. Son insalubrité a sans doute découragé les initiatives mais, surtout, la seule entrée possible, par une plaque assez étroite située presque au niveau du sol, contraint à emprunter un chemin long qui rend difficile le transport de matériel nécessaire pour s’installer. C’est peut-être pour cette raison que Trarieux a construit une cage aussi petite, la limite de la longueur des planches qu’il pouvait y faire passer. On imagine aussi ce qu’a pu être le transport de la fille. Il a fallu qu’il se montre sacrément motivé. Il était prêt à épuiser cette fille aussi longtemps qu’il le faudrait, pour lui faire avouer où elle avait mis son fils.
Nathalie Granger. On sait que ce n’est pas son nom mais on continue de l’appeler ainsi, faute de mieux. Camille préfère dire « la fille » mais il n’y arrive pas toujours. Entre un nom faux et pas de nom du tout, que choisir ?
Le juge a accepté de lancer l’affaire. Pourtant, jusqu’à preuve du contraire, celle qui a certainement dessoudé le fils Trarieux à coups de manche de pioche et lui a quasiment détaché la tête à l’acide sulfurique n’est recherchée que comme témoin. Sa colocataire de Champigny l’a formellement reconnue sur le portrait-robot mais le Parquet a besoin de preuves matérielles.
Dans l’entrepôt de Pantin, on a prélevé du sang, des cheveux et toutes sortes de matières organiques qui confirmeront vite qu’il s’agit bien de la fille dont on a retrouvé des traces dans le fourgon de Trarieux. Au moins, ce point-là sera acquis. Et ça n’est pas grand-chose, se dit Camille.
Seule solution pour conserver cette piste chaude, rouvrir le dossier des deux meurtres à l’acide sulfurique concentré trouvés dans les archives récentes, voir s’il est possible de les rattacher au même assassin. Malgré le scepticisme du divisionnaire, la conviction de Camille est absolue, c’est le même meurtrier et c’est une meurtrière. Les dossiers doivent remonter ce matin, il les trouvera en arrivant.
Camille médite un instant sur ce couple. Nathalie Granger et Pascal Trarieux. Drame passionnel ? Si c’est le cas, il l’imaginerait plutôt dans l’autre sens, Pascal Trarieux, pris d’une furieuse crise de jalousie ou ne supportant pas d’être quitté, assassinant Nathalie, coup de tête, folie soudaine, mais l’inverse… Accident ? Difficile à croire quand on considère la manière dont les choses se sont déroulées. La pensée de Camille ne parvient pas réellement à se concentrer sur ces hypothèses, quelque chose d’autre lui trotte dans la tête, tandis que Doudouche commence à se faire les griffes sur la manche de sa veste. C’est la manière dont la fille a quitté l’entrepôt. Que s’est-il passé exactement ?
Les analyses diront de quelle manière elle est parvenue à détacher la caisse suspendue mais ensuite, une fois dehors, comment s’y est-elle prise ?
Camille tente d’imaginer la scène. Et dans son film, il manque une séquence.
On le sait, la fille a récupéré ses vêtements. On a relevé la trace de ses chaussures jusqu’au boyau menant vers la sortie. Ce sont certainement ceux qu’elle portait lorsque Trarieux l’a enlevée, on voit mal pourquoi son geôlier lui en aurait apporté de neufs. Or il a battu cette fille, elle s’est défendue, il l’a propulsée dans son fourgon, attachée. Dans quel état sont-ils, ces vêtements ? Chiffonnés, déchirés, sales. En tout cas, pas frais…, diagnostique Camille. Dans la rue, une fille habillée comme ça, ça doit se remarquer, non ?
Camille imagine mal que Trarieux ait pris grand soin des affaires de la fille mais soit, se dit Camille. Abandonnons la piste des vêtements pour considérer la fille elle-même.
On connaît son état de saleté. Une semaine, nue comme un ver, dans une caisse à deux mètres du sol. Sur les photos, elle est plus qu’éprouvée, quasiment morte, on a trouvé des croquettes pour animaux, pour rats et souris d’appartement, c’est avec ça que Trarieux l’a nourrie. Elle a fait ses besoins sous elle pendant une semaine.