Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
À la Brigade, tandis que Louis rédige le rapport (il tape vite, avec tous ses doigts, très appliqué, régulier, on dirait qu’il fait des gammes), Camille vérifie le rapport d’autopsie qui ne dit rien sur la concentration de l’acide utilisé. Suicide sauvage, barbare, le type devait vraiment être au bout du rouleau. La fille l’a planté là. Aucune trace non plus des quatre mille euros que le garagiste a sortis dans la nuit en utilisant ses trois cartes de crédit, « même celle du garage ! »
Pas de doute, Gattegno, Trarieux, même rencontre fatale avec Nathalie-Léa, chaque fois le vol, dérisoire. On fouille dans la vie de Trarieux, on fouille dans la vie de Gattegno, on cherche un point commun.
30
Le corps commence à revenir à lui, éprouvé mais entier. Les infections sont arrêtées, presque toutes les plaies refermées, les hématomes disparaissent.
Elle est allée voir Mme Guénaude, elle a expliqué : une obligation familiale soudaine, elle avait choisi le maquillage qui dit : « Je suis jeune mais j’ai le sens du devoir. »
— Je ne sais pas… Faut voir…
C’est un peu soudain pour Mme Guénaude, mais Mme Guénaude est très près de ses sous. Ancienne commerçante. Et comme Alex lui a proposé de payer deux mois de loyer rubis sur l’ongle, Mme Guénaude a dit qu’elle comprenait, elle a même juré :
— Si je trouve un locataire plus tôt, évidemment, je vous rembourse…
Vieille salope, a pensé Alex en souriant avec reconnaissance.
— C’est gentil, a-t-elle dit, mais elle n’a pas fait ses yeux de biche, elle est censée partir pour des raisons graves.
Elle a payé en espèces, laissé une fausse adresse. Au pire, Mme Guénaude va lui écrire, elle ne se mettra pas en quatre quand la lettre et le chèque reviendront, ce sera tout bénéfice.
— Pour l’état des lieux.
— Ne vous en faites pas pour ça, assure la propriétaire qui profite de la bonne affaire, je suis certaine que tout est en ordre.
Elle laissera les clés dans la boîte aux lettres.
Pour la voiture, pas de problème, elle paie par prélèvements mensuels le parking de la rue des Morillons, pas besoin de s’en occuper. C’est une Clio de six ans qu’elle a achetée d’occasion.
Elle a remonté les cartons vides de la cave, douze, démonté les meubles qui lui appartiennent, la table en pin, les trois éléments de bibliothèque, le lit. Elle ne sait pas pourquoi elle s’encombre encore de tout ça, sauf pour le lit, elle tient à son lit, ça, c’est quasiment sacré. Quand tout est à plat, elle regarde l’ensemble, dubitative, finalement, une vie, ça ne prend pas tant de volume qu’on croit. En tout cas, la sienne. Deux mètres cubes. Le déménageur a dit trois. Alex a dit d’accord, elle connaît les déménageurs. Une petite camionnette, même pas la peine de déplacer deux gars, un seul suffira. Elle a dit d’accord aussi pour le prix du garde-meubles et pour le petit supplément de tarif pour intervenir dès le lendemain. Alex, quand elle veut partir, c’est tout de suite. Sa mère dit souvent : « Avec toi, c’est toujours tout de suite, alors forcément, ça n’est jamais bien fait. » Parfois, quand elle est vraiment en forme, sa mère ajoute : « Ton frère, au moins… » mais il y a de moins en moins de sujets sur lesquels il gagne à la comparaison. Quoique ça ne fait rien, pour sa mère, il en reste toujours suffisamment, c’est un principe chez elle.
Malgré les douleurs et la fatigue, en quelques heures elle a fini de tout emballer, de tout démonter. Elle en a profité pour faire un peu de nettoyage par le vide, surtout des bouquins. Hormis quelques classiques, elle jette régulièrement. En quittant la porte de Clignancourt, elle a jeté tout Blixen, tout Forster, en partant de la rue du Commerce, ç’a été le tour de Zweig et Pirandello. Quand elle a quitté Champigny, elle a balancé tout Duras. Elle a des engouements, comme ça, quand elle aime, elle lit tout (sa mère dit qu’elle n’a pas de mesure), et après, ça pèse des tonnes dans les déménagements…
Ensuite, le reste du temps, elle vit dans les cartons, dort sur le matelas à même le sol. Il y a les deux petits cartons marqués « Personnel ». Dedans, ce qui est vraiment à elle. Ce sont des choses assez bêtes et même franchement futiles, des cahiers d’école, de collège, des relevés de notes, des lettres, des cartes postales, un bout de journal intime qu’elle a tenu par intermittence à douze ou treize ans, jamais bien longtemps, et des petits mots d’anciennes copines, des babioles finalement qu’elle aurait pu jeter, d’ailleurs c’est ce qu’elle va faire un de ces jours. Elle sait à quel point ces choses sont puériles. Il y a aussi des bijoux fantaisie, des vieux stylos plume asséchés, des barrettes qu’elle aimait bien, des photos de vacances ou de famille avec sa mère, son frère, de quand elle était petite. Bon, il faudrait bazarder tout ça, ça ne sert à rien, c’est même dangereux de conserver ça, des tickets de cinéma, des pages arrachées à des romans… Un jour, elle jettera tout. Pour le moment, les deux petits cartons « Personnel » trônent au milieu de ce déménagement sommaire.
Quand tout a été terminé, Alex est allée au cinéma, dîner chez Chartier, acheter de l’acide pour batterie. Pour sa préparation, elle a son masque, ses lunettes de protection, elle branche son ventilateur et la hotte aspirante, porte de la cuisine fermée, fenêtre grande ouverte pour pousser les vapeurs à l’extérieur. Pour concentrer le produit à 80 % il faut le chauffer lentement jusqu’au dégagement de la fumée acide. Elle a fait six demi-litres. Elle les conditionne dans des flacons en plastique imputrescible achetés dans une droguerie vers la République. Elle en conserve deux, les autres, elle les range proprement dans un sac à compartiments.
La nuit, des contractions dans les jambes la saisissent, la réveillent en sursaut, ce sont peut-être les cauchemars, elle en fait beaucoup, des scènes avec des rats qui la dévorent vivante, Trarieux qui lui enfonce des tiges d’acier dans la tête avec sa visseuse électrique. Le visage du fils Trarieux la hante aussi, forcément. Elle revoit sa tête d’imbécile, des rats sortent de sa bouche. Parfois ce sont des scènes de la réalité, Pascal Trarieux est assis dans sa chaise dans le jardin de Champigny quand elle arrive derrière lui, la pelle haut levée au-dessus de sa tête, et son corsage la gêne parce qu’il est trop étroit aux manches, à cette époque, elle pèse douze kilos de plus qu’aujourd’hui, ça lui fait de ces nichons… Le crétin, ça le rendait fou. Elle le laissait trifouiller un peu dans son corsage, pas longtemps, et, quand il était bien excité, que ses mains commençaient à la palper avec ardeur, elle tapait un coup sec, comme une institutrice. Finalement, à une autre échelle, c’est un peu l’équivalent du coup de pelle qu’elle lui a appliqué de toutes ses forces sur l’arrière du crâne. Dans son rêve, le coup de pelle est extraordinairement sonore et, comme dans la réalité, elle ressent la vibration dans ses bras jusqu’aux épaules. Pascal Trarieux, à demi assommé, se retourne vers elle avec difficulté, il tangue et lui adresse un regard d’étonnement, d’incompréhension, un regard étrangement serein, dans lequel le doute serait incapable d’entrer. Alors Alex fait entrer le doute à coups de pelle, elle compte sept, huit, le buste de Trarieux s’est affaissé sur la table de jardin, ce qui facilite la tâche. Après, le rêve saute toute la séquence des liens, il en vient tout de suite au hurlement de Pascal quand il reçoit la première dose d’acide dans la bouche. Il hurle tellement fort qu’il va affoler le voisinage, ce con, elle est contrainte de se relever et de lui asséner un nouveau coup de pelle sur le visage, la pelle bien à plat. Qu’est-ce que c’est sonore ces instruments-là !