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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Alex s’arrête, écoute, la tête penchée. Cette fois, aucun avertissement n’arrive, aucun conseil. Au moindre glissement, au moindre tremblement, si son corps touche le pied-de-biche et l’ébranle, la trappe s’effondre. Il lui faut un peu moins d’un trentième de seconde pour jeter son sac sous la trappe, elle l’entend faire un bruit feutré en tombant, ça ne semble pas profond. En se disant cela, Alex est déjà allongée et, millimètre par millimètre, elle se glisse sous la trappe. Il fait froid mais elle est en nage lorsque le bout de son pied, loin derrière elle, sent un appui, c’est une marche, elle achève de se couler dans le trou, se retient des doigts au bord quand, en tournant la tête, elle fait le faux mouvement qui était à redouter, le pied-de-biche glisse avec un cri strident, la trappe s’écroule brutalement avec un bruit d’enfer, juste le temps de retirer ses doigts, un réflexe qui se mesure en nanosecondes. Alex en reste pétrifiée. Elle est debout sur une marche, dans le noir presque complet. Elle est entière. Lorsque ses yeux parviennent à accommoder, elle ramasse son sac quelques marches plus bas, elle reste en apnée, elle va partir, elle va réussir, elle n’y croit pas… Quelques marches encore, puis une porte en fer bloquée avec un parpaing qu’elle met un temps infini à repousser parce qu’elle n’a plus de forces. Puis c’est un couloir qui sent la pisse, un second escalier si obscur qu’elle le parcourt en se tenant des deux mains à la paroi comme une aveugle, guidée par la lueur. C’est dans cet escalier qu’elle s’est cogné la tête quand il l’a apportée ici, et qu’elle s’est évanouie. Et tout au bout, trois barreaux qu’Alex monte l’un après l’autre, ensuite, encore un bout de tunnel, une sorte de gaine technique jusqu’à une petite plaque en tôle enchâssée verticalement dans le mur. La lumière de l’extérieur perce à peine et Alex doit passer ses doigts tout autour pour comprendre de quelle manière elle tient. Elle est juste poussée dans son logement. Alex tente de la tirer vers elle, elle n’est pas très lourde. Elle la libère avec précaution et la pose à côté d’elle.

Dehors.

L’air frais de la nuit lui parvient aussitôt, ça sent la douceur, la fraîche humidité du soir, une odeur de canal. La vie qui revient, peu de lumière. Cette plaque est dissimulée dans un renfoncement du mur, au ras du sol. Alex sort et se retourne immédiatement pour voir si elle peut la remettre, mais elle renonce, il n’est plus nécessaire de prendre de précautions. À condition de partir vite, tout de suite. Aussi vite que lui permettent ses membres rigides et douloureux. Elle quitte le renfoncement.

Un quai désert à une trentaine de mètres. Là-bas, des petits immeubles résidentiels dont presque toutes les fenêtres sont illuminées. Les bruits feutrés d’un boulevard qui doit passer derrière, pas très loin.

Alex commence à marcher.

La voici sur le boulevard. Avec la fatigue, elle ne pourra pas marcher bien longtemps, d’autant que, saisie d’un éblouissement, elle est obligée de se tenir à un réverbère pour ne pas tomber.

Il semble bien tard pour espérer un transport quelconque.

Si. Là-bas, une station de taxis.

Déserte et, de toute manière, beaucoup trop risqué, lui soufflent les quelques neurones encore en activité. Pour se faire repérer, il n’y a pas mieux.

Sauf que ces neurones sont incapables de lui souffler une meilleure solution.

27

Quand il y a, comme ce matin, beaucoup de fers au feu et qu’il est difficile de classer les priorités, Camille prétend que « le plus urgent est de ne rien faire ». C’est une variante de sa méthode consistant à aborder les affaires avec le recul maximum. À l’époque où il intervenait à l’École de police, il évoquait cette méthode de survol sous le nom de « technique aérienne ». Venant d’un homme d’un mètre quarante-cinq, l’appellation aurait pu faire rire mais personne ne s’y est jamais risqué.

Il est six heures du matin, Camille est réveillé et douché, il a déjeuné, sa serviette est près de la porte et il est debout, Doudouche sur un bras. D’une main, il lui gratte le dos, tous deux regardent par la fenêtre.

Son regard accroche l’enveloppe à l’en-tête du commissaire-priseur qu’il s’est enfin décidé à ouvrir la nuit dernière. Cette vente aux enchères est le dernier acte de la succession de son père. Sa mort n’a pas été vraiment douloureuse, non, Camille a été bouleversé, remué, puis il a eu de la peine, du chagrin, mais la mort de son père n’a pas été un cataclysme. Elle a fait des ravages circonscrits. Avec son père, tout était toujours terriblement prévisible, sa mort n’a pas vraiment fait exception. Si Camille n’est pas parvenu jusqu’à hier à ouvrir cette enveloppe, c’est que son contenu signe le dernier acte d’un pan entier de sa vie. Il aura bientôt cinquante ans. Autour de lui, tout le monde est mort, sa mère puis sa femme, maintenant son père ; il n’aura pas d’enfants. Jamais il n’avait imaginé qu’il serait le dernier vivant de sa propre vie. Voilà ce qui le trouble, la mort de son père solde une histoire qui pourtant n’est pas terminée. Camille est toujours là, passablement lessivé mais debout. Sauf que sa vie n’appartient plus qu’à lui, il en est le seul détenteur et le seul bénéficiaire. Quand on est devenu le personnage principal de sa propre vie, ça n’est plus très intéressant. Ce qui le fait souffrir, Camille, ce n’est pas seulement ce complexe idiot de survivant, c’est de se sentir assujetti à une telle banalité.

L’appartement de son père a été vendu. Il ne reste plus qu’une quinzaine de toiles de Maud que M. Verhœven avait conservées.

Sans parler de l’atelier. Camille est incapable d’y aller, c’est le carrefour de toutes les peines, sa mère, Irène… Non, il en est incapable, jamais il ne pourra seulement monter les quatre marches, pousser la porte, entrer, non, jamais.

Pour les toiles, il a rassemblé son courage. Il a contacté un ami de sa mère, ils avaient fait les Beaux-Arts ensemble ; il a accepté de faire l’inventaire des œuvres. La vente aux enchères aura lieu le 7 octobre, tout est bouclé. En ouvrant l’enveloppe, Camille a eu sous les yeux la liste des toiles proposées, le lieu, l’heure, le programme de la soirée entièrement consacrée à l’œuvre de Maud, avec des témoignages et des discours de circonstance.

Au début, de ne pas conserver une seule de ces toiles, il s’en est fait tout un roman, il a inventé des théories. La plus impressionnante raconte que disperser toute l’œuvre de sa mère, c’est lui rendre hommage. « Moi-même, pour voir une de ses toiles, je devrai aller au musée », expliquait-il alors avec une satisfaction mêlée de gravité. Bien sûr, c’est une connerie. La vérité, c’est qu’il a adoré sa mère au-delà de toute mesure et que, depuis qu’il est seul, a explosé en lui l’ambivalence de cet amour mêlé d’admiration et de rancune, d’amertume et de ressentiment. Cet amour empreint d’hostilité est aussi vieux que lui mais, pour vivre en paix aujourd’hui, il a besoin de se détacher de tout ça. La peinture était la cause indépassable de sa mère, elle lui a sacrifié sa vie et avec sa vie, elle a sacrifié aussi celle de Camille. Pas tout entière, non, mais la partie qu’elle a sacrifiée est devenue le destin de son fils. Comme si elle avait pensé faire un enfant sans imaginer que ce serait une personne. Camille ne se déchargera d’aucun fardeau, il veut seulement se débarrasser d’un poids.

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