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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Seul un concours de circonstances a permis de retrouver ce corps, ce qui pose la question de savoir s’il y en a d’autres.

Et combien.

D’autant que deux autres morts similaires sont signalées et que Camille parierait sa chemise qu’elles ont partie liée avec celle de Pascal Trarieux.

À la manière dont la fille est parvenue à se libérer de cette situation désespérée, on sait qu’elle n’est pas n’importe qui.

Il faut la retrouver.

Et on ne sait pas qui elle est.

— Je suis certain, commente sobrement Camille, que maintenant le divisionnaire Le Guen va mieux percevoir l’étendue de notre problème.

Partie II

26

Alex, abrutie de fatigue. Pas même le temps de réaliser ce qui s’est réellement passé.

En utilisant les ultimes forces qui lui restaient, elle a imprimé à la cage un tel ballant, une telle amplitude, que les rats, effrayés, tétanisés, s’accrochaient par les griffes. Alex hurlait en continu. Au bout de sa corde, la caisse roulait d’un bord à l’autre dans le courant d’air glacé qui tourbillonnait dans la salle, comme la nacelle d’un jeu de foire à l’instant d’un accident tragique.

Le coup de chance d’Alex, ce qui va lui sauver la vie, c’est que la corde cède à un moment où un angle de la cage pointe vers le bas. Les yeux rivés sur la corde qui s’effiloche, Alex voit les derniers fils casser un à un, le chanvre semble se tordre de douleur et, d’un coup, la caisse part en vol plané. Avec le poids, sa trajectoire est fulgurante, quelques fractions de seconde, à peine le temps, pour Alex, de bander tous ses muscles pour résister à l’atterrissage. Le choc est très violent, le coin renforcé semble vouloir se planter dans le sol en béton, la caisse hésite un court instant avant de basculer puis enfin elle retombe lourdement, avec un assourdissant soupir de soulagement. Alex est écrasée contre le couvercle, à la première seconde les rats se sont éparpillés. Deux planches se sont brisées mais aucune n’a totalement cédé.

Alex, assommée par le choc, peine à remonter à la surface, à reprendre ses esprits, mais l’information fondamentale parvient à son cerveau, ça a marché. La caisse est tombée. S’est fracassée. Une planche, sur le côté, s’est cassée en deux, peut-être de quoi passer. Alex est en hypothermie, à se demander où elle trouve l’énergie. Pourtant, à force de pousser avec ses jambes, de tirer avec ses bras en hurlant, soudain la caisse abandonne la lutte. Au-dessus d’elle, la planche cède. C’est comme si le ciel s’ouvrait tout entier, telle la mer Rouge dans la Bible.

Cette victoire la rend comme folle. Elle est tellement submergée par l’émotion, par le soulagement, la réussite de cette stratégie insensée, qu’au lieu de se lever, de partir, elle reste dans la cage, effondrée, à sangloter. Impossible de s’arrêter.

Le cerveau lui envoie alors un nouveau signal, partir. Vite. Les rats ne vont pas rappliquer tout de suite mais Trarieux ? Il n’est pas venu depuis longtemps, s’il réapparaissait maintenant ?

Alors, sortir, s’habiller, partir d’ici, fuir, fuir.

Elle commence à se déplier. Elle espérait une délivrance, c’est un supplice. Tout son corps est rigide, impossible de se lever, d’allonger une jambe, de pousser sur les bras, de retrouver une position normale. Une boule rigide de muscles tétanisés. Elle n’a plus aucune force.

Se mettre à genoux lui demande une minute, deux minutes. Insurmontable tellement c’est douloureux, elle en pleure d’impuissance, elle force en criant, elle tape rageusement du poing sur la caisse. L’épuisement la terrasse, elle retombe, roulée en boule, glacée, épuisée. Paralysée.

Ce qu’il lui faut de courage et de volonté pure pour reprendre son effort, cet effort ahurissant de déploiement en insultant le ciel, redresser le bassin, tourner le cou… Un combat, Alex condamnée contre Alex vivante. Peu à peu, le corps s’éveille. Douloureusement mais il s’éveille. Alex, transie, parvient enfin à s’accroupir, passe, centimètre par centimètre, une jambe par-dessus la caisse, puis l’autre et retombe pesamment de l’autre côté. Le choc est dur mais elle pose avec délices sa joue sur le béton froid et humide, recommence à sangloter.

Quelques minutes plus tard, elle rampe à quatre pattes et attrape un chiffon, se couvre les épaules, s’avance vers les bouteilles d’eau, en saisit une et la boit presque entièrement. Elle reprend son souffle, s’allonge enfin sur le dos. Des jours et des jours (combien exactement ?) qu’elle attend cet instant, des jours qu’elle s’est résignée à ne plus jamais le faire. Rester ainsi jusqu’à la fin du monde, à ressentir la circulation qui reprend, le sang qui brûle, les articulations qui se réaniment, les muscles qui s’éveillent. Tout est douloureux. C’est ce que doivent éprouver les alpinistes gelés quand on les retrouve encore en vie.

Le cerveau, en tache de fond, relance alors l’information : et s’il arrivait ? Partir, vite.

Alex vérifie, tous ses vêtements sont là. Toutes ses affaires, son sac, ses papiers, son argent, et même la perruque qu’elle portait ce soir-là qu’il a jetée en tas avec le reste. Il n’a rien pris. Il ne veut que sa vie, enfin, que sa mort. Alex tâtonne, saisit les vêtements, ses mains tremblent de faiblesse. Elle ne cesse de regarder de tous côtés, inquiète. Avant toute chose, pour le cas où il surviendrait, trouver de quoi se défendre, elle fouille fébrilement dans le matériel de bricolage entreposé, tombe sur un pied-de-biche. Ça sert à ouvrir les caisses. À quel moment comptait-il s’en servir ? Quand elle serait morte ? Pour aller l’enterrer ? Alex le pose à côté d’elle. Elle ne se rend même pas compte du dérisoire de la situation, Trarieux arriverait, elle est tellement faible qu’elle serait incapable de soulever l’outil.

À l’instant de s’habiller, elle prend soudain conscience de sa propre odeur, épouvantable, de pisse, de merde, de vomi et une haleine de chacal. Elle ouvre une bouteille puis une autre, se frictionne vigoureusement mais ses gestes sont lents, se lave comme elle peut, s’essuie, ses membres retrouvent lentement leur usage, elle se réchauffe en se frottant avec une couverture abandonnée là et des chiffons sales. Bien sûr, pas de miroir, impossible de voir à quoi elle ressemble. Elle doit avoir ça dans son sac mais une nouvelle fois son cerveau bat le rappel. Dernier avertissement, va-t’en, bordel, fous le camp d’ici. Immédiatement.

Les vêtements lui donnent tout de suite une sensation de chaleur, ses pieds sont gonflés, ses chaussures lui font mal. Elle tient à peine debout, doit s’y prendre à deux fois, elle ramasse son sac, renonce à porter le pied-de-biche, part en titubant, avec l’impression que certains mouvements ne seront plus jamais possibles comme déplier entièrement les jambes, tourner complètement la tête, se redresser tout à fait. Elle avance, à demi courbée comme une vieille.

Trarieux a laissé des traces de pas qu’elle n’a qu’à suivre d’une pièce à l’autre. Elle cherche des yeux où peut se trouver l’issue qu’il utilise. Lorsqu’elle a tenté de s’échapper, le premier jour, qu’il l’a rattrapée devant le mur en brique, voilà ce qu’elle a manqué, là-bas, à l’angle du mur, cette trappe en métal, dans le sol. Une torsade de fil de fer sert de poignée. Alex tente de la soulever. Affolement. Elle tire de toutes ses forces, ça ne bouge pas d’un pouce. Les larmes remontent aussitôt, un gémissement sourd lui sort du ventre, elle essaye de nouveau, rien à faire. Alex regarde autour d’elle, cherche. Elle sait déjà qu’il n’y a pas d’autre issue, voilà pourquoi il ne s’est pas précipité pour la rattraper l’autre soir. Il savait que, même si elle parvenait jusqu’à cette trappe, elle ne pourrait jamais la soulever. La colère monte alors, une colère violente, meurtrière, une colère noire. Alex hurle et se met à courir. Elle court maladroitement, comme une handicapée. Elle fait marche arrière, de loin les rats qui se sont risqués à revenir la voient fondre sur eux et se volatilisent. Alex ramasse le pied-de-biche, trois planches cassées et elle parvient à les porter, parce qu’elle ne se pose pas la question de savoir si elle en a la force, son esprit est ailleurs. Elle veut sortir et rien, absolument rien ne pourra l’en empêcher. Même morte, elle sortira d’ici. Elle glisse l’extrémité du pied-de-biche dans l’interstice de la trappe et pèse de tout son poids. Lorsque la trappe consent un espace de quelques centimètres, du pied, elle pousse une planche à plat dessous, soulève de nouveau, passe une autre planche, elle court chercher d’autres morceaux de bois, revient et, d’effort en effort, elle parvient à coincer le pied-de-biche à la verticale sous la trappe. L’espace libéré doit être de quarante centimètres, à peine de quoi passer le corps tout en risquant que cet équilibre instable cède brutalement et que la trappe s’abatte sur elle et l’écrase.

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