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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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— On a retrouvé la fille. C’est à Pantin. Magne-toi !

Le divisionnaire est reparti à la Brigade, il a mille choses en route, c’est lui aussi qui appelle le juge.

Louis conduit avec calme et à une vitesse de dingue. Ils sont sur place en quelques minutes.

L’ancien entrepôt semble campé au bord du canal comme un gigantesque blockhaus industriel qui tiendrait à la fois du bateau et de l’usine. C’est un immeuble ocre, carré avec, côté bateau, de larges coursives extérieures qui, à chaque étage, longent les quatre façades du bâtiment, et côté usine, de grandes ouvertures équipées de vitres hautes et étroites, serrées les unes contre les autres. Un chef-d’œuvre de l’architecture béton des années 1930. Un monument impérial dont les lettres, aujourd’hui passablement effacées, indiquent encore : FONDERIES GÉNÉRALES.

Tout, alentour, a déjà été démoli. Ne reste que ce bâtiment, sans doute promis à la réhabilitation. Tagué du haut en bas d’immenses lettres blanches, bleues, oranges, imperméable aux tentatives de démolition, il continue de trôner sur le quai, imperturbable, comme ces éléphants des Indes que pour les fêtes on décore des pieds à la tête et qui poursuivent, sous les serpentins et les banderoles, leur marche lourde et mystérieuse. La nuit précédente, deux jeunes graffeurs sont parvenus à grimper sur la coursive du premier étage, tâche qu’on pensait impossible depuis que tous les accès ont été condamnés mais ces gars-là, pas grand-chose pour les arrêter. Au petit matin, ils terminaient juste leur boulot quand l’un d’eux a jeté un œil par la verrière effondrée où il a clairement vu, qui se balançait dangereusement, une caisse suspendue dans les airs avec un corps dedans. Ils ont pesé les risques pendant toute la matinée avant de se décider à appeler anonymement le commissariat. Il a fallu moins de deux heures pour les retrouver afin de leur demander des comptes sur leurs activités nocturnes.

On a appelé la Brigade criminelle et les pompiers. Le bâtiment est fermé depuis des années, l’entreprise qui l’a racheté a fait tout murer. Tandis qu’une équipe dirige la grande échelle vers les coursives, une autre a commencé à abattre, à coups de masse, un mur d’obturation en briques.

Outre les pompiers, il y a déjà pas mal de monde dehors, des agents en uniforme, d’autres en civil, des voitures, des gyrophares et le public, on ne sait pas d’où il vient, qui s’intéresse à la manœuvre et qu’on commence à contenir avec des barrières de chantier qu’on a trouvées sur place.

Camille descend précipitamment de voiture, il n’a même pas à sortir sa carte, il manque de s’affaler en glissant sur les gravats, les morceaux de briques cassées, il se rétablit de justesse, observe un instant les pompiers démolisseurs et dit :

— Attendez !

Il s’approche. Un capitaine des pompiers s’avance à son tour pour interdire le passage. Camille ne lui laisse pas le temps d’interdire quoi que ce soit, le trou permet tout juste de laisser passer un homme de sa taille, il se glisse à l’intérieur du bâtiment. Pour permettre aux autres d’entrer, il va falloir encore quelques coups de masse.

L’intérieur est totalement vide, les grandes salles baignent dans une lumière diffuse, verdâtre, qui descend, comme en poussière, par les verrières et les fenêtres éventrées. On entend des chutes d’eau, le bruit sonore de tôles mal fixées quelque part dans les étages dont l’écho se répercute dans les immenses espaces vides. Des rigoles de flotte serpentent entre vos pieds, vraiment, ce genre d’endroit vous met mal à l’aise. C’est impressionnant, comme une cathédrale désaffectée, une atmosphère triste de fin de règne industriel et dont l’ambiance et la lumière ressemblent beaucoup à celles des photos de la fille. Derrière Camille, les masses continuent de cogner et d’abattre les briques, on dirait le tocsin.

Camille lance tout de suite, très fort :

— Quelqu’un ?

Il attend une seconde puis se met à courir. La première salle est très grande, quinze ou vingt mètres de côté, très haute de plafond, sans doute quatre ou cinq mètres. Le sol est baigné d’eau, les murs suintent, il règne ici une humidité dense et glaciale. Ce sont des salles destinées à l’entreposage qu’il traverse en courant mais avant même d’arriver à l’ouverture qui conduit à la suivante, il sait que c’est là.

— Quelqu’un ?

Il le sent bien, Camille, que sa voix n’est plus la même. C’est un truc du métier, quand on arrive sur une scène de crime, il y a une sorte de tension spéciale, ça se sent dans le ventre et ça s’entend dans la voix. Et ce qui a déclenché cet état d’esprit nouveau, tendu, c’est un parfum, noyé dans les courants d’air froid qui tourbillonnent. Ça pue la chair en décomposition, la pisse, la merde.

— Quelqu’un ?

Il court. Des pas précipités se font entendre derrière, au loin, les équipes viennent à leur tour de pénétrer dans le bâtiment. Camille entre dans la seconde salle puis se plante devant le tableau, les bras ballants.

Louis vient d’arriver à sa hauteur. La première chose qu’il entend de Camille, c’est cette exclamation :

— La vache…

La cage en bois s’est écrasée au sol, deux planches ont été arrachées. Peut-être se sont-elles d’abord cassées dans la chute et la fille aura terminé le travail en force. L’odeur de putréfaction, ce sont des rats crevés, trois, dont deux ont été écrasés par la caisse. Ils sont pleins de mouches. Il y a des excréments à demi séchés en paquet, à quelques mètres de la caisse. Camille et Louis lèvent les yeux, la corde a été déchiquetée, on ne sait pas avec quoi, une extrémité est restée coincée dans la poulie fixée au plafond.

Sauf qu’il y a aussi du sang un peu partout sur le sol.

Et plus de trace de la fille.

Les agents qui viennent d’arriver partent à sa recherche. Camille hoche la tête, sceptique, il pense que c’est inutile.

Volatilisée.

Dans l’état où elle était…

Comment a-t-elle fait pour se libérer ? Les analyses le diront. Par où et comment est-elle partie ? Les techniciens trouveront. Le résultat est là, la fille qu’on pensait sauver s’est sauvée elle-même.

Camille et Louis restent silencieux et, tandis que la grande salle résonne des ordres, des instructions criés par les uns et les autres et de l’écho des pas précipités, ils regardent, immobiles, cette étrange fin d’acte.

La fille a disparu et ça n’est pas à la police qu’elle s’est rendue comme l’aurait fait n’importe quel otage soudainement libéré.

Elle a tué, il y a quelques mois, un homme à coups de pelle et elle lui a fait fondre la moitié de la tête à l’acide sulfurique avant de l’enterrer dans un jardin de banlieue.

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