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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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— Elle est épuisée, dit Camille à haute voix. Et sale comme un peigne.

Doudouche lève la tête, comme si, mieux que lui, elle se rendait compte que son maître parle encore tout seul.

Traces d’eau par terre, sur des chiffons, ses empreintes sur plusieurs bouteilles d’eau minérale, avant de sortir de l’entrepôt, elle a fait une toilette sommaire.

— Quand même… Quand on s’est fait dessus pendant une semaine, quelle toilette on fait avec trois litres d’eau froide et deux chiffons sales ?

On en revient à la question centrale, comment a-t-elle fait pour rentrer chez elle sans se faire repérer ?

— Qui te dit que personne ne l’a vue ? demande Armand.

Sept heures quarante-cinq. La Brigade. Même quand on n’a pas la tête à ça, c’est dingue de voir Armand et Louis côte à côte. Louis, costume gris acier Kiton, cravate Steffano Ricci, chaussures Weston, Armand, entièrement équipé au déstockage du Secours populaire. Bordel, se dit Camille en le détaillant, on dirait que pour économiser un peu plus, il achète une taille en dessous !

Il reprend une gorgée de café. C’est vrai, qui dit que personne ne l’a vue ?

— On va creuser, dit Camille.

La fille a été discrète, elle est sortie de l’entrepôt et elle a disparu dans la nature. Évaporée. Difficile à admettre.

— Elle a peut-être fait du stop ? propose Louis.

Lui-même ne croit pas à sa proposition. Une fille de vingt-cinq, trente ans qui fait du stop à quoi, une heure, deux heures du matin ? Et si une voiture ne la prend pas tout de suite, elle reste là, au bord du trottoir, le pouce en l’air ? Pire, elle marche le long du trottoir en faisant signe aux voitures, comme une pute ?

— Le bus…

Possible. Encore que la nuit, il ne doit pas y en avoir beaucoup sur cette ligne, il faut qu’elle ait eu de la chance. Sinon la voilà plantée à un arrêt de bus pendant une demi-heure, trois quarts d’heure, épuisée, en loques peut-être. Peu probable. Est-ce qu’elle tenait seulement debout toute seule ?

Louis note de vérifier les horaires, d’interroger les chauffeurs.

— Le taxi…?

Louis ajoute cette piste aux vérifications mais, là encore… Avait-elle de l’argent pour payer ? Et une allure assez présentable pour donner confiance à un chauffeur de taxi ? Quelqu’un l’a peut-être vue, dans la rue, marcher sur le trottoir.

On peut juste parier qu’elle est partie dans la direction de Paris. On va faire le voisinage. Que ce soit bus ou taxi, on devrait être fixé dans quelques heures.

À midi Louis et Armand se mettent en route. Camille les regarde partir, quel tandem.

Il passe derrière son bureau et jette un coup d’œil sur les deux dossiers qui l’attendent, Bernard Gattegno, Stefan Maciak.

28

Alex s’est avancée vers son immeuble de sa démarche pesante, empruntée et méfiante. Est-ce que Trarieux l’attend ? S’est-il aperçu de sa fuite ? Mais non, personne dans le hall. La boîte aux lettres ne déborde pas. Personne dans l’escalier. Personne sur le palier, c’est comme dans un rêve.

Elle a ouvert la porte de l’appartement, l’a refermée.

Vraiment, comme dans un rêve.

Chez elle, à l’abri. Il y a deux heures encore, menacée de se faire dévorer par les rats. Elle a failli s’effondrer, s’est tenue aux murs.

Tout de suite, manger.

Mais avant, se regarder.

Bon dieu, quinze ans de plus, facilement. Laide, sale. Vieille. Des cernes, des rides, des marques et une peau jaunie, des yeux de démente.

Du réfrigérateur, elle a vidé tout ce qui restait, yaourts, fromage, pain de mie, bananes, elle s’est empiffrée comme une naufragée pendant que le bain coulait. Et forcément, elle n’a eu que le temps de se précipiter aux toilettes pour vomir.

Elle a repris sa respiration, bu un demi-litre de lait.

Puis il a fallu nettoyer à l’alcool ses plaies aux bras, aux jambes, aux mains, aux genoux, au visage et, à la sortie du bain, où elle a résisté au sommeil, les enduire d’antiseptique, de pommade au camphre. Elle tombe de fatigue. Son visage est terriblement marqué, si les hématomes du jour de l’enlèvement se résorbent, les plaies aux bras et aux jambes sont assez vilaines, deux d’entre elles sont salement infectées. Elle va surveiller, elle a tout ce qu’il faut. Quand elle travaille, le dernier jour de chaque mission, au moment de partir, elle se sert toujours un peu dans les armoires à pharmacie. C’est même impressionnant tout ce qu’elle a pu glaner, pénicilline, barbituriques, anxiolytiques, diurétiques, antibiotiques, bêtabloquants…

Enfin, elle s’est allongée. A sombré tout de suite.

Treize heures consécutives.

L’atterrissage est une sortie de coma.

Plus d’une demi-heure pour comprendre où elle se trouve, recomposer d’où elle vient, les larmes remontent, elle se blottit dans le lit comme un bébé et se rendort en sanglotant.

Second réveil cinq heures plus tard, il est dix-huit heures. On est jeudi.

Alex, saoule de sommeil, se déplie, tout lui fait mal, elle prend tout son temps pour émerger sans violence puis elle exécute, très lentement, quelques exercices d’assouplissement, des pans entiers de son corps restent bloqués mais, effet progressif de la détente musculaire, l’ensemble remarche. Sortie du lit chancelante. Elle fait deux mètres, un étourdissement la balaye des pieds à la tête et elle doit se retenir à une étagère. Elle meurt de faim. Elle se regarde, il faut soigner ses plaies mais c’est une réaction d’autoprotection que lui souffle son cerveau. Avant tout, te mettre à l’abri.

Elle s’est échappée, Trarieux va tenter de la rattraper, de la poursuivre. Il sait où elle habite puisqu’il l’a enlevée sur le chemin de son appartement. À cette heure-ci, il doit savoir. Un œil à la fenêtre, la rue semble calme. Aussi calme que le soir où il l’a enlevée.

Elle tend le bras, saisit l’ordinateur portable et le pose à côté d’elle, sur le canapé, ouvre une session, tape « Trarieux », elle ne connaît pas son prénom, seulement celui du fils, Pascal. C’est le père qu’elle cherche. Parce que son con de fils, ce débile, elle se rappelle très bien ce qu’elle en a fait. Et où elle l’a laissé.

Troisième résultat, le moteur de recherche mentionne un « Jean-Pierre Trarieux » sur le site de Paris.news.fr. Un clic. C’est bien celui-là.

Boulevard périphérique :
une bavure policière ?

La nuit dernière, un homme d’une cinquantaine d’années, Jean-Pierre Trarieux, poursuivi par plusieurs véhicules de police, a brusquement arrêté son fourgon sur le pont qui enjambe le boulevard périphérique au niveau de la porte de la Villette, l’a quitté et s’est précipité sur le parapet par-dessus lequel il s’est jeté. Immédiatement percuté par un camion semi-remorque, il a été tué sur le coup.

Selon la police judiciaire, l’homme était soupçonné d’un enlèvement qui aurait eu lieu quelques jours plus tôt rue Falguière à Paris et tenu secret, déclare-t-on de source policière, « pour des raisons de sécurité ». Reste que l’identité de la personne enlevée n’est toujours pas connue et que le lieu présumé de son incarcération, « identifié » par la police, s’est révélé… parfaitement vide. En l’absence de charges précises, la mort de ce suspect — son « suicide » selon la police — reste évidemment mystérieuse et fortement sujette à caution. Le juge Vidard, en charge de l’instruction, a promis de faire toute la lumière sur cette affaire confiée, pour la Brigade criminelle, au commandant Verhœven.

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