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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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— Elles sont lourdes, tout de même, les présomptions.

— Tu as peut-être raison mais… ça change quoi ?

Le Guen prend Louis à témoin. C’est la situation la plus embarrassante mais Louis est un garçon de grande famille. Il a été élevé dans les meilleurs collèges, il a un oncle archevêque et un autre qui est député d’extrême droite, c’est dire qu’il a appris très jeune à faire la part des choses entre la morale et la pratique. Il a fait aussi ses petites classes chez les jésuites. Côté duplicité, il est surentraîné.

— La question du divisionnaire me semble pertinente, articule-t-il calmement : ça change quoi ?

— Louis, je t’ai connu plus fin, dit Camille. Ça change… l’approche !

Tout le monde est scié. Même Armand, pourtant occupé à quémander une cigarette à la table voisine, se retourne, étonné.

— L’approche ? demande Le Guen. Bordel, Camille, qu’est-ce que c’est que cette connerie ?

— Je crois vraiment que vous ne comprenez pas, dit Camille.

D’ordinaire, on plaisante, on se chahute mais cette fois, il y a dans la voix de Camille une intonation, un reflet.

— Vous ne comprenez pas.

Il sort son carnet. Celui sur lequel il dessine en permanence. Pour prendre des notes (il en prend peu, il confie presque tout à sa mémoire), il le retourne et il écrit au dos des pages dessinées. Un peu à la manière d’Armand. Sauf qu’Armand écrirait aussi sur la tranche. Louis aperçoit fugitivement des croquis de rats, Camille dessine toujours sacrément bien.

— Cette fille m’intéresse vraiment, explique Camille posément. Vraiment. Cette histoire d’acide sulfurique aussi, ça m’intéresse beaucoup. Pas vous ?

Et comme sa question ne recueille pas une franche adhésion :

— Alors j’ai fait une petite recherche de rien du tout. Faudra affiner mais je pense que j’ai l’essentiel.

— Bon accouche, dit Le Guen, un peu excédé.

Après quoi, il prend son demi de bière, le vide d’un trait et lève le bras en direction du garçon pour lui demander la même chose. Armand fait signe, pour moi aussi.

— Le 13 mars de l’an dernier, dit Camille, on retrouve un certain Bernard Gattegno, quarante-neuf ans, dans une chambre d’un hôtel Formule1 près d’Étampes. Absorption d’acide sulfurique concentré à 80 %.

— Oh non…, lâche Le Guen, anéanti.

— Vu le contexte conjugal, on évoque l’hypothèse suicidaire.

— Laisse tomber, Camille.

— Non non, attends, c’est marrant, tu vas voir. Huit mois plus tard, le 28 novembre, assassinat de Stefan Maciak, un cafetier de Reims. On retrouve son corps au matin dans son établissement. Conclusion : battu et torturé à l’acide sulfurique, même concentration. Dans la gorge, toujours. Montant du vol, un peu plus de 2 000 euros.

— Tu vois une fille faire ça, toi ? demande Le Guen.

— Et toi, tu te suiciderais à l’acide sulfurique ?

— Mais qu’est-ce que ça vient foutre dans notre affaire ? tonne Le Guen en tapant du poing sur la table.

Camille lève les mains en signe de reddition.

— OK, Jean, OK.

Dans un silence sépulcral, le garçon sert le demi de Le Guen, celui d’Armand et essuie la table en soulevant les autres verres.

Louis sait très bien ce qui va se passer, il pourrait l’écrire dans une enveloppe et la cacher quelque part dans le café, comme dans les numéros de music-hall. Camille va revenir à la charge. Armand achève sa cigarette avec délectation, il n’a jamais acheté de cigarettes.

— Juste une chose, Jean…

Le Guen ferme les yeux. Louis sourit mais à l’intérieur. En présence du divisionnaire, Louis ne sourit qu’à l’intérieur, c’est une règle. Armand laisse venir, il est toujours prêt à donner Verhœven à trente contre un.

— Précise-moi quelque chose, dit Camille. D’après toi, on n’a pas eu une seule affaire de meurtre à l’acide sulfurique depuis… Depuis ?

Il propose à Le Guen de deviner mais le divisionnaire n’est pas très joueur à ce moment-là.

— Depuis onze ans, mon petit père ! Je te parle d’affaires non résolues. On a bien, de temps à autre, des facétieux qui y recourent ponctuellement mais ils s’en servent en appoint, c’est comme qui dirait du supplément d’âme. Ceux-là, on les trouve, on les arrête, on les confond, on les juge, bref, la nation attentive et vengeresse fait barrage de son corps. Côté acide sulfurique concentré, nous, la police démocratique, depuis onze ans, on est infaillibles et intraitables.

— Tu me fais chier, Camille, soupire Le Guen.

— Bah oui, mon divisionnaire, je te comprends. Mais qu’est-ce que tu veux, comme disait Danton : « Les faits sont têtus ! » Et les faits sont là !

— Lénine, dit Louis.

Camille se retourne, agacé.

— Quoi, Lénine ?

Louis remonte sa mèche, main droite.

— « Les faits sont têtus », risque Louis, embarrassé, c’est Lénine, pas Danton.

— Et ça change quoi ?

Louis rougit. Il décide de sauter en marche mais il n’en a pas le temps, Le Guen est le plus rapide :

— Exactement, Camille ! Ça change quoi, tes affaires d’acide depuis dix ans ? Hein ?

Il est vraiment furieux, sa voix tonne sur la terrasse mais les colères shakespeariennes de Le Guen n’impressionnent que les autres consommateurs. Camille, lui, modeste, regarde sobrement ses pieds ballotter à quinze centimètres du bitume.

— Pas dix ans, mon commissaire, onze.

C’est un reproche qu’on pourrait lui faire, entre autres, à Camille, de temps en temps, il a la retenue un peu théâtrale, un peu racinienne, si on veut.

— Et on en a deux sur les bras en moins de huit mois. Que des hommes. Tu remarqueras qu’avec l’affaire Trarieux, maintenant, ça fait quand même trois.

— Mais…

Louis dirait que le divisionnaire « éructe », il a vraiment des lettres, ce garçon.

Sauf qu’à cet instant, le divisionnaire éructe court. Parce qu’il n’a pas grand-chose à dire.

— Quel rapport avec cette fille, Camille ?

Camille sourit :

— Enfin une bonne question.

Le divisionnaire se contente de quelques syllabes :

— Tu fais vraiment chier…

Pour montrer son abattement, il se lève, on verra ça une autre fois, geste las, tu as peut-être raison mais plus tard, plus tard. Pour qui ne connaît pas Le Guen, on le dirait carrément découragé. Il jette une poignée de pièces sur la table et en partant il lève la main à la manière d’un juré prêtant serment, salut à tous, on le voit de dos, il est large comme un camion, il s’éloigne d’un pas lourd.

Camille soupire, on a toujours tort d’avoir raison trop tôt. Mais je ne me trompe pas. Disant cela, il tapote son nez avec son index, comme si devant Louis et Armand il était nécessaire de préciser qu’en général, il a plutôt du flair. Il est seulement à contretemps. Pour le moment, la fille est une victime, rien d’autre. Et ne pas la retrouver, quand on est payé pour ça, c’est déjà plus qu’une faute, alors, soutenir qu’elle serait une meurtrière récidiviste n’est pas une défense très opérante.

Ils se sont levés, ils retournent sur le terrain. Armand a glané un petit cigare, son voisin de table n’avait rien d’autre. Tous trois quittent la terrasse et marchent vers le métro.

— J’ai reformé les équipes, dit Louis. La première…

Camille l’arrête en posant vivement la main sur son avant-bras, on dirait qu’il vient de découvrir un cobra à ses pieds. Louis lève la tête, écoute, Armand écoute lui aussi, une oreille levée. Camille a raison, c’est comme dans la jungle, les trois hommes se regardent, sentent le bitume vibrer sous leurs pieds au rythme de coups sourds et profonds. Dans un même mouvement, ils se retournent, prêts à toute éventualité. Face à eux, à une vingtaine de mètres, une masse monumentale fond sur eux à une vitesse incroyable. Le pachydermique Le Guen court à leur rencontre, les pans de sa veste élargissent encore son énorme carrure, il a le bras haut levé, son téléphone portable à bout de bras. Camille a le réflexe de chercher le sien, se souvient qu’il l’a éteint. Il n’a le temps ni de faire un geste ni de s’écarter, déjà Le Guen est sur eux, il lui faut plusieurs enjambées pour s’arrêter mais la trajectoire est bien calculée, il stoppe exactement devant Camille. Curieusement, il n’est pas essoufflé. Il désigne son téléphone portable.

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