Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Adieu, monsieur, r�pondit le docteur d�un ton p�n�tr�.
� Oh! vous ne me quitterez pas ainsi sans me dire oui ou non. Un mot, un seul, c�est tout ce que je vous demande.
Le docteur s�arr�ta.
� Monsieur, dit-il, tout � l�heure, et cela amena la m�prise fatale qui vous a bless�
� Ne parlons plus de cela, monsieur.
� . Au contraire, parlons-en; tout � l�heure, un peu tard peut-�tre, vous me dites que mademoiselle de Taverney �tait votre s�ur. Mais, auparavant, avec une exaltation qui a caus� mon erreur, vous m�aviez dit que vous aimiez mademoiselle Andr�e plus que votre vie.
� C�est vrai.
� Si votre amour pour elle est si grand, elle doit le payer d�un semblable retour?
� Oh! monsieur, Andr�e m�aime comme elle n�aime personne au monde.
� Eh bien, alors, retournez pr�s d�elle, interrogez-la, monsieur; interrogez-la dans cette voie o� je suis forc�, moi, de vous abandonner; et, si elle vous aime comme vous l�aimez, eh bien, elle r�pondra � vos questions. Il y a bien des choses que l�on dit � un ami que l�on ne dit pas � un m�decin; alors peut-�tre consentira-t-elle � vous dire, � vous, ce que je ne voudrais pas, pour un doigt de ma main, vous avoir laiss� entrevoir. Adieu, monsieur.
Et le docteur fit de nouveau un pas vers le pavillon.
� Oh! non, non, c�est impossible! s��cria Philippe fou de douleur et entrecoupant chacune de ses paroles d�un sanglot; non, docteur, j�ai mal entendu; non, vous ne pouvez m�avoir dit cela!
Le docteur se d�gagea doucement; puis, avec une douceur pleine de commis�ration:
� Faites ce que je viens de vous prescrire, monsieur de Taverney, et, croyez-moi, c�est ce que vous avez de mieux � faire.
� Oh! mais, songez-y donc, vous croire, c�est renoncer � la religion de toute ma vie, c�est accuser un ange, c�est tenter Dieu, docteur; si vous exigez que je croie, prouvez au moins, prouvez.
� Adieu, monsieur.
� Docteur! s��cria Philippe au d�sespoir.
� Prenez garde, si vous parlez avec cette v�h�mence, vous allez faire conna�tre ce que je m��tais promis, moi, de taire � tout le monde, et ce que j�eusse voulu cacher � vous-m�me.
� Oui, oui; vous avez raison, docteur, dit Philippe d�une voix si basse, que le souffle mourait en sortant de ses l�vres; mais enfin la science peut se tromper, et vous avouez que, vous-m�me, vous vous �tes tromp� quelquefois.
� Rarement, monsieur, r�pondit le docteur; je suis un homme d��tudes s�v�res, et ma bouche ne dit oui que lorsque mes yeux et mon esprit ont dit: �J�ai vu � je sais � je suis s�r.� Oui, certes, vous avez raison, monsieur, parfois j�ai pu me tromper comme se trompe toute cr�ature faillible; mais, selon toute probabilit�, ce n�est point cette fois-ci. Allons, du calme, et s�parons-nous.
Mais Philippe ne pouvait se r�signer ainsi. Il posa la main sur le bras du docteur avec un air de si profonde supplication que celui-ci s�arr�ta.
� Une derni�re, une supr�me gr�ce, monsieur, dit-il; vous voyez dans quel d�sordre se trouve ma raison; j��prouve quelque chose qui ressemble comme � de la folie; j�ai besoin, pour savoir si je dois vivre ou mourir, d�une confirmation de cette r�alit� qui me menace. Je rentre pr�s de ma s�ur, je ne lui parlerai que lorsque vous l�aurez revue; r�fl�chissez.
� C�est � vous de r�fl�chir, monsieur; car, pour moi, je n�ai pas un mot � ajouter � ce que j�ai dit.
� Monsieur, promettez-moi � mon Dieu! c�est une gr�ce que le bourreau ne refuserait pas � la victime, � promettez-moi de revenir chez ma s�ur apr�s votre visite � Son Altesse madame la dauphine; docteur, au nom du ciel, promettez-moi cela!
� C�est inutile, monsieur; mais vous y tenez, il est de mon devoir de faire ce que vous d�sirez; en sortant de chez madame la dauphine, j�irai voir votre s�ur.
� Oh! merci, merci. Oui, venez, et alors vous avouerez vous-m�me que vous vous �tes tromp�.
� Je le d�sire de tout mon c�ur, monsieur, et, si je me suis tromp�, je l�avouerai avec joie. Adieu!
Et le docteur, rendu � la libert�, partit laissant Philippe sur l�esplanade, Philippe tremblant de fi�vre, inond� d�une sueur glac�e, et ne connaissant plus, dans son transport d�lirant, ni l�endroit o� il se trouvait, ni l�homme avec lequel il avait caus�, ni le secret qu�il venait d�apprendre.
Pendant quelques minutes, il regarda, sans comprendre, le ciel qui s�illuminait insensiblement d��toiles et le pavillon qui s��clairait.
Chapitre 143. Interrogatoire
Aussit�t que Philippe eut repris ses sens et fut parvenu � se rendre ma�tre de sa raison, il se dirigea vers l�appartement d�Andr�e.
Mais, � mesure qu�il s�avan�ait vers le pavillon, le fant�me de son malheur s��vanouissait peu � peu; il lui semblait que c��tait un r�ve qu�il venait de faire, et non une r�alit� avec laquelle il avait un instant lutt�. Plus il s��loignait du docteur, plus il devenait incr�dule � ses menaces. Bien certainement, la science s��tait tromp�e, mais la vertu n�avait pas failli.
Le docteur ne lui avait-il pas donn� compl�tement raison en promettant de revenir chez sa s�ur?
Cependant, lorsque Philippe se retrouva en face d�Andr�e, il �tait si chang�, si p�le, si d�fait, que ce fut � elle � son tour de s�inqui�ter pour son fr�re et de lui demander comment il se pouvait qu�en si peu de temps un si terrible changement se f�t op�r� en lui.
Une seule chose pouvait avoir produit un pareil effet sur Philippe.
� Mon Dieu! mon fr�re, demanda Andr�e, je suis donc bien malade?
� Pourquoi? demanda Philippe.
� Parce que la consultation du docteur Louis vous aura effray�.
� Non, ma s�ur, dit Philippe; le docteur n�est pas inquiet, et vous m�avez dit la v�rit�. J�ai m�me eu grand-peine � le d�terminer � revenir.
� Ah! il revient? dit Andr�e.
� Oui, il revient; cela ne vous contrarie pas, Andr�e?
Et Philippe plongea ses regards dans ceux de la jeune fille en pronon�ant ces paroles.
� Non, r�pondit-elle simplement, et, pourvu que cette visite vous rassure un peu, voil� tout ce que je demande; mais, en attendant, d�o� vient cette affreuse p�leur qui me bouleverse?
� Cela vous inqui�te, Andr�e?
� Vous le demandez!
� Vous m�aimez donc tendrement, Andr�e?
� Pla�t-il? fit la jeune fille.
� Je demande, Andr�e, si vous m�aimez toujours comme au temps de notre jeunesse?
� Oh! Philippe! Philippe!
� Ainsi, je suis pour vous une des plus pr�cieuses t�tes que vous ayez sur la terre?
� Oh! la plus pr�cieuse, la seule, s��cria Andr�e.
Puis, rougissante et confuse:
� Excusez-moi, Philippe, dit-elle, j�oubliais�
� Notre p�re, n�est-ce pas, Andr�e?
� Oui.
Philippe prit la main de sa s�ur et, la regardant tendrement:
� Andr�e, dit-il, ne croyez point que je vous bl�masse jamais si votre c�ur renfermait une affection qui ne f�t ni l�amour que vous portez � votre p�re, ni celui que vous avez pour moi�
Puis, s�asseyant pr�s d�elle, il continua:
� Vous �tes dans un �ge, Andr�e, o� le c�ur des jeunes filles leur parle plus vivement qu�elles ne le veulent elles-m�mes, et, vous le savez, un pr�cepte divin commande aux femmes de quitter parents et famille pour suivre leur �poux.
Andr�e regarda Philippe quelque temps, comme elle e�t fait s�il lui e�t parl� une langue �trang�re qu�elle ne comprit pas.
Puis, se mettant � rire avec une na�vet� que rien ne saurait rendre:
� Mon �poux! dit-elle, n�avez-vous point parl� de mon �poux, Philippe? Eh! mon Dieu, il est encore � na�tre, ou du moins je ne le connais pas.
Philippe, touch� de cette exclamation si vraie d�Andr�e, se rapprocha d�elle et, enfermant sa main entre les siennes, il r�pondit:
� Avant d�avoir un �poux, ma bonne Andr�e, on a un fianc�, un amant.
Andr�e regarda Philippe tout �tonn�e, souffrant que le jeune homme plonge�t ses yeux avides jusqu�au fond de son clair regard de vierge, o� se refl�tait son �me tout enti�re.
� Ma s�ur, dit Philippe, depuis votre naissance vous m�avez tenu pour votre meilleur ami; moi, je vous ai, de mon c�t�, regard�e comme ma seule amie; jamais je ne vous ai quitt�e, vous le savez, pour les jeux de mes camarades. Nous avons grandi ensemble, et rien n�a troubl� la confiance que l�un de nous mettait aveugl�ment dans l�autre; pourquoi faut-il que, depuis quelque temps, Andr�e, vous ayez ainsi, sans motifs, et la premi�re, chang� � mon �gard?