Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
La femme qui avait offert la chose aux allures de mollusque à Rigg esquissa un geste de bas en haut avec la main, de la base du buste au visage, puis ferma les yeux. Sa cape s’agita immédiatement : elle remonta le long de sa nuque, comme si la Larmurienne avait commencé à ôter un haut à capuche. La cape recouvrait désormais l’intégralité de sa tête. Elle se plaqua soudain contre la peau, dans un grand bruit de succion. Deux yeux – énormes – sortirent subitement de ses tempes, comme ceux d’un poisson. Et lorsque la femme ouvrit la bouche, Rigg nota qu’une membrane en obstruait l’entrée, étouffant sa voix, mais pas au point de la rendre inaudible.
« Me voilà parée pour la plongée, annonça-t-elle. Je ne respire pas sous l’eau. Mon ami oxygène mon sang. »
Puis, se retournant vers Miche.
« Celui-ci ne lui permettra pas de nous suivre. Ce n’est qu’un animal.
— Votre cape n’en est pas un ?
— Elle est le compagnon de mon cœur, révéla-t-elle. Mon âme sœur.
— L’air dans l’eau, chantonna une deuxième femme.
— La lumière des ténèbres, chuchota la troisième.
— Vous avez chacun la vôtre ? les interrogea Rigg.
— Sans elles, nous ne pourrions survivre, confirma la “chef” du trio.
— Bon, pour quelle raison avez-vous assassiné mon père ? » assena soudain Param.
Leçon de diplomatie numéro un : ne jamais laisser intervenir Param, nota Rigg intérieurement.
« Votre père ? s’étonna la femme.
— Knosso, souverain du royaume de Stashi, déclina Param.
— Il a traversé le Mur bien à l’ouest d’ici, précisa Olivenko. Les vôtres ont sabordé son bateau pour le noyer. »
Les femmes marquèrent un mouvement de recul, déroutées par l’accusation et par la véhémence des propos de Param.
« Vous voulez dire, l’homme qui danse sur l’eau ? »
La dérive d’une frêle embarcation assimilée par ces gens à un ballet aquatique ? Pourquoi pas, songea Rigg.
« Oui, confirma-t-il.
— Mais il n’est pas mort, signala l’une des femmes.
— Voulez-vous que nous allions le chercher ? proposa une deuxième.
— Oui ! les pressa Rigg. Dans notre entremur, tout le monde le croit mort.
— Le devrait-il ? s’enquirent-elles. Méritait-il la mort, d’où vous venez ?
— Non ! s’exclama Olivenko, emporté par sa ferveur. Donc, vous nous confirmez que l’homme-qui-danse-sur-l’eau est encore en vie ?
— Tout à fait, confirma la Larmurienne en chef. Si vous n’avez plus de questions, nous le faisons venir immédiatement.
— Faites, insista Rigg.
— Je savais que vous demanderiez après lui dès votre arrivée, affirma l’une des deux autres femmes.
— Il n’a pas arrêté de parler de vous, confia la troisième.
— Un appel, et il sera là », assura la chef.
Et, sans transition, elle se précipita vers la source d’eau la plus proche, la rivière en l’occurrence, et y plongea la tête. Elle resta ainsi de longues minutes – interminables pour Rigg qui, par réflexe, avait retenu sa respiration.
La Larmurienne se redressa enfin, projetant dans les airs une myriade de gouttelettes qui, sous l’effet des rayons du soleil, retombèrent comme une pluie d’étoiles.
Elle s’assit sur la berge et se mit à rire.
« Il est fou de joie, lança-t-elle. Il sera là d’une minute à l’autre.
— Vivant, Knosso est vivant… murmura Olivenko. Je crois rêver.
— Vous aviez une cape prête pour lui, comprit Miche.
— Bien entendu, confirma l’une des femmes restées en leur compagnie. Le Garde-Terres ne nous avait-il pas prévenues qu’il chevaucherait les vagues jusqu’à nous ?
— Donc lorsque vous l’avez fait chavirer de son bateau…
— C’était pour l’empêcher de se faire tuer par sa femme, expliqua l’une des deux femmes.
— Et puis, il avait une montagne de questions à nous poser… s’amusa l’autre.
— Impossible d’attendre comme ça, commença à s’agiter Param. Je ne vais pas tenir… Je ne peux… »
Elle disparut. Rigg comprit : dans son entremonde, l’attente ne durerait pas plus de quelques secondes.
Mais bien avant que ne passe la première heure, le premier quart d’heure, même, des centaines de silhouettes capées, hommes et femmes, surgirent des flots et déferlèrent sur la rive, portés par le reflux marin. Puis leurs visages émergèrent des capes, leurs yeux humains réapparurent, leurs bouches se fendirent de sourires, hélèrent les femmes du rivage, qui les saluèrent en retour. Nous voici, le peuple d’outre-Mur.
Les Larmuriens dirigèrent leur regard vers la mer puis formèrent une haie d’honneur dans laquelle un homme s’engouffra au pas de course, jusqu’au groupe de visiteurs emmené par Rigg.
« Ma Param ! s’exclama-t-il. Où est-elle ? Où est ma Param ? »
Rigg savait que l’invisibilité de sa sœur la coupait des sons de ce monde. Mais quel besoin pour Param d’entendre dans de telles circonstances ? Il lui suffit de reconnaître son père, dès que son visage transparut sous la cape, et elle réapparut soudain sur la plage. Elle courut vers Knosso.
Il la serra un long moment dans ses bras avant de la couvrir de caresses affectueuses, comme les femmes avaient couvert Rigg des leurs quelques minutes plus tôt.
« Param, Param », murmurait-il, ainsi que d’autres mots imperceptibles à cette distance.
Rigg ne voulait pas interrompre leurs retrouvailles mais… Père Knosso, ici… comment empêcher ses pas de le guider inexorablement vers lui ?
L’homme posa son regard sur son fils et, sans briser l’étreinte de Param, parvint à grappiller quelques mètres en direction de Rigg.
À Gué-de-la-Chute, le jeune trappeur ne s’était presque jamais vu dans un miroir – seuls quelques villageois en possédaient un et, sans barbe à raser, l’idée ne lui était jamais venue de se poster spontanément devant celui de Nox. Les premières occasions de croiser régulièrement son propre reflet s’étaient présentées à O, les suivantes à Aressa Sessamo ; chez Flacommo, il était même devenu impossible de l’éviter tant la maison de leur défunt hôte ressemblait à un palais des glaces.
Rigg n’eut par conséquent aucun mal à reconnaître ce qu’il observait pour la première fois : le visage de son père. Les représentations de Knosso étaient strictement interdites à Aressa Sessamo, où le culte d’un mâle mort d’une lignée royale féminine, qui plus est ennemi public de la Révolution du Peuple, constituait une double trahison.
Tout de même, quelqu’un aurait pu lui dire à quel point il ressemblait à son père ! Surtout qu’il n’était finalement même pas mort !
Umbo se glissa entre lui et Knosso. Son regard ricocha de l’un à l’autre.
« Je comprends mieux la tête de mon père quand il me croisait, maintenant, lâcha le jeune cordonnier. Il devait me prendre pour le fils d’un autre.
— Il avait prédit que tu traverserais le Mur un jour, déclara Knosso.
— Il ne m’a jamais parlé de toi, jamais dit que j’étais ton fils, répliqua Rigg.
— À raison. Comment attendre d’un enfant qu’il garde un si lourd secret ? C’était mieux pour toi.
— Et aujourd’hui, Père ?
— Aujourd’hui, savourons ces retrouvailles. »
Knosso écarta les bras et Rigg se blottit contre lui comme jamais il ne l’avait fait avec Ramsac, l’Homme en Or, celui que Rigg avait pourtant appelé « Père » comme un fils aimant des années durant. Il comprenait aujourd’hui combien son amour s’était fourvoyé. Cet homme-ci était son père, et Rigg était son fils, et il appartenait à ces bras comme les Larmuriens à leurs capes. Nous ne faisons qu’un. Je lui suis destiné. Je suis sien. Il est mien. Rigg laissa les sanglots jaillir sur son épaule tandis que Knosso le consolait tant bien que mal de caresses et de paroles chuchotées au creux de son oreille. « Rigg Sessamekesh, mon fils. Mon fils. »