Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
Chapitre 8
Compagnons
Rigg fut surpris de voir à quelle vitesse l’émotion retomba. Le visage ému de Knosso le touchait, certes, et il avait longtemps espéré l’affection d’un père – mais pas de ce père-là. Celui qui avait joué ce rôle des années durant ne lui avait, pour toute tendresse, témoigné que l’exigence sans bornes d’un homme à l’intelligence suprême. Celle d’un éternel insatisfait, d’un sage parmi les sages doublé d’un puits de science. Rigg avait bénéficié de l’attention exclusive de cet homme, avait vécu en dialogue constant avec lui pendant parfois des mois d’affilée.
Knosso partageait avec Rigg un visage, mais quoi d’autre ? Quelle place occupait-il dans la vie du jeune homme ? Sa présence ici et maintenant éclaircirait certains des doutes apparus à Aressa Sessamo. Ils avaient tant à se raconter. Mais pour Rigg, Knosso en serait réduit à cela. Une ressource, une mine d’informations. Knosso ne connaîtrait jamais Rigg enfant. Son fils pouvait remonter le temps, mais pas les ans. Il avait désormais passé l’âge où l’on aspire à l’amour paternel promis par ces bras grands ouverts.
Knosso desserra son étreinte et recula pour admirer son fils. Rigg se crispa, craignant que la déception se lise sur son visage.
« Et voici votre ancien disciple, Olivenko », débita-t-il pour détourner de lui l’attention.
Le garde avança, presque timide, lui dont le pas était habituellement si fier.
« Monsieur, articula-t-il à mi-voix.
— Olivenko ! aboya Knosso en lui secouant l’avant-bras avant de lui pétrir les épaules à deux mains. Mon compagnon d’étude, mon bibliothécaire attitré, mes oreilles attentives ! Alors, à quel sujet de recherches t’es-tu attaqué, cette fois ?
— À aucun, confia Olivenko. La bibliothèque m’a jugé un peu trop proche d’un certain souverain en exil.
— Ainsi j’ai fini par ruiner ta carrière, se désola le roi. Et sans rien faire d’autre que rester moi-même.
— Je me suis engagé dans une autre voie, le rassura Olivenko. La garde civile n’a pas vu d’un trop mauvais œil qu’une jeune recrue affectionne les travées des bibliothèques et les conversations feutrées de la haute société.
— Nous avons beaucoup de retard à rattraper, mon ami – cela ne te dérange pas que je t’appelle “mon ami”, au moins ? Quel gaillard tu es devenu ! Te rappelles-tu toutes ces questions que je me posais autrefois ? Eh bien, j’ai trouvé les réponses ! Et bien d’autres encore ! Et comme tu peux le voir, j’ai refait ma vie sous l’eau. Me voilà devenu résident subaquatique d’un monde bien plus vaste et accueillant que tout ce que nos pauvres compatriotes de l’entremur de Ram ont jamais rêvé de bâtir sur terre. »
Puis Knosso passa son assemblée de « courtisans » en revue – comme tout souverain qui se respecte.
« Umbo, je présume, reprit-il. Notre Garde-Terres m’a informé que tu étais le meilleur ami de mon fils, et un voyageur du temps, toi aussi. »
Garde-Terres, songea Rigg. Le nom donné par les Larmuriens à leur sacrifiable, apparemment. Larsac, dans la langue d’Odin.
Umbo se lança dans une révérence maladroite, qui amusa beaucoup Knosso.
« Je ne suis pas roi ici, mon garçon ! Et dans ce monde, il n’y a pas de révérence qui tienne ! Ici, on nage sous celui que l’on honore, sur le dos. Mais nous n’avons ni rois ni reines. J’ai mis du temps à leur faire saisir cette notion d’ailleurs. Croyez-le ou non, mais je connaissais leur langue à mon réveil, sans jamais l’avoir apprise ! Alors qu’eux ne connaissent toujours pas un traître mot de la nôtre.
— Le Mur, Père, intervint Param. Il nous offre le Langage.
— J’en suis venu à cette conclusion, mon enfant. Mais je n’ai pas encore élucidé le pourquoi du comment. Ce géant qui dépasse de la foule… Miche, c’est cela ? Tavernier, champion de son bataillon et protecteur de ma progéniture. Monarque, je vous adouberais pour services rendus à la famille royale. Mais en l’occurrence, je ne peux qu’admirer le sort horrible que ce vieux Vadesh vous a réservé avec son ignoble créature.
— Vous connaissez Vadesh ? s’étonna Rigg.
— J’en ai juste entendu parler, précisa Knosso. Mais sa seule visite de ce côté-ci du Mur remonte à dix millénaires. D’autres vous la conteront mieux que moi. Il est temps de me faire mousser un peu. Olivenko, ma traversée, qu’en dis-tu ? Plutôt réussie, non ?
— De notre point de vue, elle vous a coûté la vie. Dans l’entremur, tout le monde vous a cru noyé par des créatures marines sans visages.
— Sans visages », répéta Knosso.
Il s’approcha des Larmuriens regroupés autour des trois femmes de la rivière et les héla dans leur propre langue – que Rigg comprenait désormais sans difficulté.
« Montrez-lui comment vous êtes “sans visage” ! »
Dans chaque dos de Larmurien, sur chaque épaule, les capes se mirent immédiatement en mouvement. Elles se fripèrent d’abord comme des cols roulés à leurs cous puis se déployèrent en cagoules jusqu’au sommet de leurs crânes avant de retomber devant leurs yeux, comme des capuches de prisonniers. Sans transition, les pans tombants claquèrent contre leurs figures, se plaquant à tous les os faciaux : menton, pommettes, arcades sourcilières, nez, front. Tous les traits disparurent, hormis un imperceptible bombé au milieu des visages et deux légères dépressions symétriques, de chaque côté.
Dans la seconde qui suivit, deux gros yeux ronds sortirent aux tempes de chaque Larmurien et à la place de leurs oreilles s’ouvrirent des cavités branchiales. Leurs bouches se percèrent d’un trou denté béant cerclé de lèvres se plissant et se déplissant en cadence comme celles de petits poissons, loin de la grande estafilade caractéristique des gueules de requins.
« Là, ce sont les créatures que j’ai vues ! s’exclama Olivenko, en riant presque de sa méprise. Pas très monstrueux, finalement.
— Euh, si, quand même », murmura Param.
L’exhibition dura une dizaine de secondes, puis les gros yeux, les branchies et les bouches charnues disparurent sous la peau, les capes se détachèrent et se rétractèrent lentement par-dessus les têtes pour se ranger dans les dos.
Rigg était à la fois fasciné et horrifié. Quelle spectaculaire adaptation au milieu marin ! Mais quelle inhumanité.
« Cette créature a dû évoluer pour réaliser l’osmose parfaite avec une espèce radicalement différente mais néanmoins native du Jardin, réfléchit Rigg à haute voix. Et elle a réussi cet exploit avec les animaux terrestres dont elle a dû se contenter. Les colons n’étaient que les suivants sur la liste.
— Les premiers cobayes humains ont dû trembler un peu… supposa Miche.
— Et si nous vous contions plutôt cette histoire ? proposa Knosso. Je pourrais vous la narrer en personne, mais honneur à celles dont les ancêtres furent directement concernés. Mère Mock, mes tantes, c’est à vous. »
Il s’adressait maintenant à la femme qui avait salué Rigg en premier sur le rivage.