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Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]

Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:

Rigg et ses amis découvrent dans le Livre du Futur, qu’ils font partie d’une population-test envoyée depuis la Terre pour vérifier que la planète était viable. A présent, la Terre n’a plus besoin d’eux et s’apprête à les faire disparaître au profit des colons terriens. Mais ils ont bien l’intention de se défendre.
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Les créations de la nature ravissaient le regard, c’était un fait, concéda Rigg. Le sauvage ne manquait pas de cachet. Mais la Grande route du Nord, dont le tracé serpentin épousait les méandres capricieux de la Stashik, non plus. Et que dire des patchworks de fermes campagnardes, du charme brut des cabanes de Halte-de-Flaque, hameau récemment sorti de terre, et des massives bâtisses antiques d’O, aux pierres de construction débardées au port par barges énormes, comme si les hommes avaient débité une montagne entière pour la remonter en une ville appelée O. De la beauté, il y en avait aussi à Aressa Sessamo, ancien marais mouvant poldérisé en île par l’homme. Et pas n’importe quelle île : une cité foisonnante de vie, une forêt de maisons de bois, capitale d’un empire, où des milliers de gens vivaient leurs joies et leurs détresses, leurs ennuis et passions, chacun contribuant par sa trace à broder, aux yeux de Rigg, la seule et unique vraie tapisserie de la vie.

La nature naît belle, et le devient davantage quand elle reprend ses droits sur l’humanité. Mais elle ne l’est jamais autant que quand l’homme l’habite. Car elle forme alors cette toile à laquelle j’appartiens, que ma propre vie, ma propre trace façonne. Pourquoi nier aux créations humaines leur beauté, qui n’a rien à envier aux œuvres de la nature ?

« Nous aussi, nous sommes des sauvages », lâcha Rigg à voix haute, par besoin d’entendre ces mots.

Olivenko, assis à côté de lui dans la cabine, en sortit de ses rêveries.

« Nous sommes des sauvages, répéta Rigg. Nous, les humains. Nous modelons la nature, mais pour lui donner des formes naturelles. Pourquoi associer systématiquement le mot “artificiel” au travail des hommes ?

— Peut-être par abus de langage, hasarda Olivenko. Mais si l’on y réfléchit bien, cela semble logique. Par définition, l’homme ne peut rien créer de naturel.

— Pourquoi ? Les humains font partie de la nature. Penser le contraire serait une erreur. »

Olivenko laissa son regard errer parmi les étendues survolées, des forêts à l’épais feuillage parées de leurs couleurs automnales.

« C’est loin d’être flagrant, ici, observa-t-il.

— Parce que l’homme n’a jamais mis les pieds ici, lâcha Rigg avant de laisser échapper un rire empreint d’amertume. Sauf une fois, le jour où les vaisseaux s’y sont écrasés. Ce qui n’a jamais eu pour effet que de pulvériser dans la stratosphère des tonnes de roche agglutinées par la suite au Grand anneau, qui en a gagné un éclat tel qu’il est possible de lire la nuit. Sans parler des cirques géants formés aux points d’impact et de la vie primitive supprimée et immédiatement remplacée par la flore et la faune d’origine terrestre. En gros, tout ce que le Jardin nous donne à voir de si “naturel” est le pur produit de l’homme.

— Vu sous cet angle… s’inclina Olivenko. Cela dit, le départ de l’homme a aussi laissé la nature remplir les vides, comme la mer se referme au passage des poissons. Cette terre est redevenue naturelle, même si elle a été modifiée par l’homme.

— Et le sera bientôt par les souris.

— Des hommes camouflés en souris, nuança Olivenko. Je les vois mal raser une forêt, quand même.

— Si elles veulent abattre des arbres, fais-moi confiance, elles trouveront un moyen, l’assura Rigg. Les humains trouvent toujours un moyen.

— Et si elles veulent en faire pousser ?

— Alors elles planteront un verger.

— Ou alors, elles s’entre-tueront comme dans l’entremur de Vadesh, hasarda Olivenko, et laisseront les arbres pousser d’eux-mêmes.

— Quel ennui, la philosophie, soupira Miche. Vous déblatérez pendant des heures et tout cela pour quoi ? Pour ne pas en savoir plus à la fin qu’au début.

— Pour en savoir moins, rectifia Rigg. Je pensais tenir une idée, mais après discussion avec Olivenko, j’ai un gros doute.

— Une idée ne vaut jamais mieux qu’une autre, observa Miche. À moins de la concrétiser, auquel cas c’est l’action, et non le discours, qui importe.

— Qui joue les philosophes, maintenant ? le taquina Olivenko. On agit pour défendre des idées, pour rallier les autres à sa cause.

— Je ne suis pas de cet avis, contesta Miche. On agit simplement par désir. Ensuite, on monte toutes sortes d’histoires pour justifier nos gestes et culpabiliser les autres.

— Ou les deux, nota Rigg. Nos actes sont en balance constante, mais reposent toujours sur les histoires auxquelles on veut croire – au moins pour justifier nos actions. »

Les arbres, les écureuils, eux, n’en ont pas besoin, songea Rigg. Ils n’agissent jamais contre-nature. Surtout pas sous couvert de philosophie.

« Nous volons à destination du littoral le plus fréquenté par les humains, annonça l’aéronef. À l’extrémité nord de l’entremur.

— En arrivant à proximité, survolez la côte, ordonna Rigg. Je vous dirai quand et où vous poser.

— Comment te décideras-tu ? s’enquit Olivenko.

— Je l’ignore encore. Peut-être à l’épaisseur et à la fraîcheur des traces, pour multiplier nos chances de rencontre.

— En espérant qu’elle ne nous soit pas fatale, s’inquiéta Olivenko.

— Le but de notre visite n’est pas d’éviter les gens, rappela Rigg.

— Pour les sauver, il va bien falloir les rencontrer », observa Miche.

Rien ne nous dit qu’on les sauvera, même en les rencontrant.

« Si on se fait piéger, on se fera déposer ailleurs dans le passé, suggéra Rigg.

— Comment feras-tu pour réapparaître parmi nous ici, dans l’aéronef ? souleva Olivenko. À moins d’ordonner à l’ordinateur de bord d’emprunter une trajectoire de vol rigoureusement identique à celle que dessinent nos traces en plein ciel, j’imagine. »

Rigg se retourna et aperçut leurs traces en train de flotter dans le sillage de l’appareil.

« Je confirme.

— Je me demande à partir de quelle altitude nos traces commencent à échapper au champ gravitationnel d’une planète, s’interrogea Olivenko. Pour rester dans un vaisseau, par exemple.

— Les dix-neuf qui se sont écrasés sur le Jardin transportaient des humains à leur bord, exposa Rigg. J’aurais dû essayer de repérer leurs traces avant l’impact.

— Bien avant l’impact, s’immisça Umbo, qui avait daigné se joindre à la conversation. Tu aurais dû vérifier que leurs traces étaient bien restées dans le vaisseau durant leur voyage depuis la Terre.

— Je le ferai au prochain vaisseau, assura Rigg. La dernière fois, j’avais d’autres choses en tête.

— Dois-je comprendre que ce sont mes cadavres qui t’ont distrait ? se vexa Umbo.

— Tu ne les as pas tués toi-même, l’excusa Rigg, mais tu les as créés. Ta mère ne t’a jamais appris à nettoyer derrière toi ? »

Ils traversèrent le territoire de Lar de sa pointe sud jusqu’au littoral nord. Au-delà s’étendaient des mers sur des kilomètres, jusqu’au Mur suivant. C’est ce que lui avaient appris les atlas consultés à la bibliothèque, dans l’entremur d’Odin et, surtout, cette carte géante découverte au sommet de la Tour d’O – la seule vraiment fidèle, selon lui, à l’état actuel du monde. Une mappemonde gigantesque dont la surface matérialisait les entremurs et leurs frontières parfois à cheval entre terre et mer.

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