Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
« Nous vous la conterons, promis, dit Mère Mock. Mais il y a foule ce soir, comment nourrir tout ce monde ? Et nous manquons d’eau douce pour nos invités, sans capes à leur offrir. L’eau de la rivière est chargée du limon charrié en amont et de sel ramené par la mer, ici. Elle est imbuvable.
— Je me prénomme tante Esh, se présenta l’une des femmes, et voici tante Zef, notre conteuse.
— Je conterai notre légende à qui voudra l’entendre, accepta tante Zef. Prenez place dans le sable, mes alevins, ou vous y échouerez de fatigue avant la fin de l’histoire ! »
Rigg imita les Larmuriens qui commençaient à s’asseoir. Knosso prit place à côté de son fils et installa Param contre lui, de l’autre côté. La princesse se blottit contre son père. Elle paraissait soudain bien jeune et vulnérable, nota Rigg. Jamais depuis la tentative d’assassinat de sa mère ne l’avait-il vue se laisser aller ainsi, comme une vraie petite fille. À Aressa Sessamo, Param jouait les grandes, les demoiselles coriaces, fortes, indépendantes. Son visage s’était apaisé, comme si toute la peur et l’anxiété accumulées pendant l’année écoulée avaient été évacuées au contact de son père.
« Nous avons gagné ces rivages hommes et femmes, démarra tante Zef, soufflés comme la poussière à travers l’espace jusqu’ici, déposés par une accalmie passagère tel le limon au fond des mers. En ces jours, nous ignorions tout de nos Compagnons-d’Écume. Nous les prenions pour des méduses ramenées de Terre, dérivant dans les eaux, prêtes à frapper de leurs dards. Mais nous nous méprenions : de dard ces êtres n’avaient pas et ils ne venaient pas de la Terre. Ils attendaient patiemment les animaux assoiffés à la surface des rivières pour s’accrocher à leurs museaux, et faire de leurs hôtes des créatures marines. Les Compagnons vivaient de leur sang et enfantaient dans leur peau ; ils les emplissaient d’un amour pour les flots tel qu’aucune des créatures éprises ne s’éloigna plus jamais de Grand-Mer. »
Grand-Mer, quel adorable nom, songea Rigg.
« Entre eux et nous, l’entente ne fut pas toujours cordiale. Lorsque les Compagnons ont commencé à s’accrocher aux visages de nos ancêtres, nous avons paniqué, avons cherché à les arracher. À tort, car les Compagnons font corps avec nous au premier contact et la séparation peut être douloureuse. Alors, pendant longtemps, les humains s’en sont méfiés. Ils ont essayé de les empoisonner, les ont chassés.
» Puis vint le temps du grand festin, de bêtes terrestres et marines embrochées sur des brasiers géants, et Vadesh traversa pour la première fois le Mur du sud jusqu’à nous. Il plaida des jours durant la cause des Compagnons auprès du Garde-Terres. “Les vôtres sont trop évolués pour mes besoins, disait Vadesh. Mais pour vous, entourés de mers comme vous l’êtes, ils sont une bénédiction. Pourquoi ne pas diviser tes gens en deux : ceux qui les prendront pour compagnons et les autres ? C’est ce que j’ai fait, moi.”
» Ce à quoi le Garde-Terres répondit : “Je n’interdis rien à personne. Je n’ai ni l’envie ni le pouvoir de les forcer ou de les commander. Si telle est leur volonté, qu’ils portent les Compagnons et découvrent en hommes et en femmes libres la nouvelle vie qui s’ouvre à eux.”
» Deux seulement choisirent la symbiose – ils devinrent des monstres pour la communauté, qui décida de les fuir. Seuls, apeurés, ils se tournèrent l’un vers l’autre et vers la vie des profondeurs où, bientôt, ils s’accouplèrent. “Ne retournez pas à terre, leur conseillèrent les Compagnons. Donnez naissance ici, où votre enfant aura un Compagnon pour la vie.”
» L’enfant naquit et les humains découvrirent que la mer pouvait porter leur descendance, et le Compagnon de l’enfant se détacha de son parent et lui offrit sa première respiration, à l’embouchure de la rivière. L’enfant nagea dès la naissance et respirait sous l’eau comme un poisson. Il grandit et ses parents l’amenèrent pour la première fois sur la Terre de l’air, des chants et des hommes debout, et il apprit à marcher, car nous apprenons à marcher à tous nos enfants.
» Mais grâce à son Compagnon, il tint sur ses jambes au premier essai, marcha dans l’heure, maîtrisa le flot de paroles qui s’échappait, ininterrompu, de ses lèvres. Sous l’eau, nous parlons dans le tambour de la chair-sur-la-bouche, et c’est à travers ce baiser de mots que nous nous comprenons. Mais ici, sur terre, un seul peut s’adresser à tous, comme je le fais maintenant. »
Un murmure d’assentiment s’éleva de la plage.
« Cinq années plus tard, un autre couple franchit les brisants et s’attacha à ses Compagnons, puis trois années passèrent, puis une autre, et encore une, et bientôt dix couples s’ébattaient heureux sous les mers.
» Puis frappa le vermou. La chair se décomposa sur les corps, se détacha par lambeaux, ne laissant qu’os, douleur et mort. Lesquels survécurent quand le ver les rongeait déjà de l’intérieur ? Ceux et celles qui rejoignirent la mer – là, le vermou périt, et les Compagnons soignèrent les chairs meurtries.
» Tous ceux suffisamment vaillants pour pouvoir marcher, ramper ou être portés gagnèrent les flots et vint le temps de la guérison. La vie en symbiose était si belle que plus jamais le vermou ne fut appelé fléau. Il nous avait poussés vers les eaux, il était notre ami. Les Compagnons nous avaient sauvés des tragédies vécues dans les autres entremurs. »
Rigg n’avait jamais entendu parler de ce vermou, et pourtant la conteuse en parlait comme d’un mal connu ailleurs. Comment tante Zef en avait-elle eu vent sans l’aide des sacrifiables ? Disait-elle vrai – ce fléau pouvait-il s’étendre au-delà des Murs ? Ou s’agissait-il d’un énième mensonge des sacrifiables ? Pourquoi les habitants de l’entremur de Ram n’en gardaient-ils nul souvenir ?
Les légendes de la Mort Blanche et de la Mort Ambulante lui revinrent soudain en mémoire. Il s’agissait plus de paraboles et de fables que de récits vécus… mais étaient-elles en rapport avec ce à quoi tante Zef faisait allusion ? Dans un tel cas, ce fléau avait frappé bien plus tôt dans l’histoire que Rigg ne le pensait. Il se demanda si Param avait lu des choses à ce sujet dans les chroniques des entremurs. Mais elle était trop loin pour pouvoir l’interroger discrètement. Et puis, il ne voulait pas déranger la conteuse.
« Sous l’eau se succédèrent les générations, insouciantes du temps qui passe dans la mer éternelle. Nous combattions de féroces monstres marins, en ce temps-là, certains venus de Terre, d’autres natifs de ce monde, sortis de leur long sommeil post-apocalyptique. Nous avons essayé de franchir le Mur à la nage, et échoué. Nous nous sommes dispersés le long des côtes et installés dans les profondeurs des océans et loin en amont de fleuves profonds. Toujours nous revenions sur terre, célébrer la vie par des danses et des chansons.
» À l’occasion de l’une de ces célébrations, le Garde-Terres vint à notre rencontre. Il était à nouveau accompagné de Vadesh. L’homme d’outre-Mur nous relata le rejet par ses gens du Compagnon créé pour eux – qui les avait pourtant, lui aussi, sauvés du vermou. Les sans-compagnons avaient exterminé les hybrides, hommes et femmes, jusqu’au dernier. Il ne restait plus personne dans son monde.
» “Joignez-vous à mon compagnon de terre !” nous invita-t-il. Mais à la question “Qu’a votre Compagnon de si extraordinaire ?”, il répondit par une liste de choses inutiles en omettant le nécessaire : ses créatures étaient de piètres nageuses et ne pouvaient pas respirer sous l’eau.
» “Alors vous n’aurez aucun de nous !” décréta notre mère à tous et nos aïeux s’encapèrent avant de regagner les flots, laissant Vadesh seul sur le rivage, dépité et la risée du Garde-Terres. “Je t’avais prévenu. Ils sont satisfaits de ce qu’ils ont, pourquoi y perdre au change ?” “Ils y auraient gagné beaucoup”, s’était alors défendu Vadesh avant de s’en retourner d’où il venait. Plus jamais on ne le revit sur nos rivages. »