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Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]

Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:

Rigg et ses amis découvrent dans le Livre du Futur, qu’ils font partie d’une population-test envoyée depuis la Terre pour vérifier que la planète était viable. A présent, la Terre n’a plus besoin d’eux et s’apprête à les faire disparaître au profit des colons terriens. Mais ils ont bien l’intention de se défendre.
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« Quelle idée d’aller vivre sous l’eau, quand même, s’étonna Param. S’ils aimaient tant la mer, pourquoi ne pas construire des bateaux, vivre sur une côte et partir explorer les autres à bord de leurs embarcations ? Pourquoi vivre carrément dedans ?

— Peut-être pour le climat, osa Olivenko.

— Ou pour régler un problème de respiration, suggéra Umbo.

— J’oubliais qu’on respire mieux sous l’eau », le railla Param.

Rigg sentit son poil se hérisser. Il détestait voir sa sœur prendre les autres de haut – surtout Umbo.

Le fils de Tegay rendit coup pour coup.

« Eux oui, apparemment, sinon ils vivraient toujours sur terre.

— Donc ils se seraient réveillés du jour au lendemain avec des branchies et une subite envie de nager ? insista Param.

— C’est ce qu’ils ont fait à plein temps quelques siècles après le lancement de la colonie, en tout cas, argumenta Umbo. Soit ils disposaient d’un moyen de respirer, soit c’étaient des champions de l’apnée.

— Arrêtez de vous disputer comme des chiffonniers, tonna Miche. Dans quelques minutes on sera aux premières loges, on verra bien. Ils n’ont peut-être plus rien d’humain… d’après Olivenko, ce sont des monstres qui ont noyé Knosso. »

Les premières côtes apparurent. Rigg demanda à l’aéronef de les remonter en direction du nord, vers les plages décrites par les livres de la Grande bibliothèque d’Odin comme le lieu d’implantation de la première colonie de l’entremur. Le littoral était sillonné de nombreuses traces récentes, toutes en provenance puis en direction de la mer, comme celles de tortues femelles tirant au plus court sur la plage pour y déposer leurs œufs. Rigg se demanda si les protégés de Larsac faisaient aujourd’hui de même – dans ce cas, entreraient-ils toujours dans la case « humains » ?

Il tenta de suivre les traces sous les flots, mais n’y parvint que tant qu’elles restaient en surface. Il nota qu’elles zigzaguaient dans tous les sens. Ce qui semblait logique, à première vue : sous l’eau, pourquoi s’imposer un itinéraire ? Il n’y avait aucun itinéraire imposé. La plupart croisaient au large, dans des eaux profondes, au-delà de la ligne blanche et chatoyante des brisants, où Rigg les percevait à peine.

Reprenant son observation sur le rivage, il tenta de déchiffrer les mystérieux motifs dessinés sur le sable. En vain.

« Ils regagnent la rive, mais ce n’est pas pour s’abreuver en eau fraîche, observa-t-il à voix haute.

— S’ils ont réglé leur problème de respiration, ils n’ont pas dû avoir trop de mal avec celui de l’hydratation, persifla Param, qui en avait gardé un peu sous le coude pour son frère.

— Pour faire cuire leur nourriture ! émit soudain Rigg. Voilà une vraie contrainte pour l’homme. Sa mâchoire n’a pas la puissance de celle de ses ancêtres australopithèques. Elle s’accommode mal de la chair crue.

— Trouver un four à pain sous l’eau ne doit pas être facile non plus, commenta Umbo.

— Du coup ils se rabattent sur la salade d’algues, soupçonna Rigg.

— Vous avez bientôt fini, oui ? s’impatienta Miche. Pourquoi regagnent-ils la rive ?

— On le saura bien assez tôt, après l’atterrissage, assura Rigg.

— Les sacrifices humains, suggéra Param. Il n’y a pas un entremur qui n’y soit venu à un moment ou à un autre de son histoire.

— Et que disent tes livres à propos des auteurs de ces meurtres déguisés ? l’interrogea Olivenko.

— Qu’ils leur servirent à purger certains camps de prisonniers sans heurter le tabou du massacre d’innocents.

— Tu as déniché ces théories dans tes livres ? s’enquit Miche.

— Oui, affirma Param avec aplomb, prête à développer au besoin.

— De mémoire de soldat, reprit Miche, le massacre d’innocents n’a jamais été tabou dans les camps. Il était même plutôt… monnaie courante. »

Sur la plage, les motifs récurrents de traces se métamorphosèrent soudain de simples traits déliés en un gribouillage serré. Des milliers et des milliers de traces s’entremêlaient sur le sable, certaines vieilles de plus de dix mille ans, d’autres de quelques jours à peine.

« Posez-vous là ! » ordonna Rigg.

L’aéronef fit une embardée et vint atterrir en douceur sur le sol à une quinzaine de mètres en surplomb de la mer.

« C’est ici qu’ils organisent leur petite sauterie annuelle, annonça Rigg.

— Tu es sérieux, là ? sourcilla Param, un brin sceptique.

— Non, admit Rigg. Mais des centaines de personnes quittent la mer pour se regrouper ici chaque année, et ce depuis aussi longtemps que l’entremur existe. La toute première colonie n’était qu’à quelques kilomètres de là, à l’intérieur des terres.

— Les traces isolées repérées jusqu’ici… elles appartenaient peut-être à des femmes enceintes, revenues sur terre pour accoucher, supputa Param. Elles n’avaient peut-être pas le choix.

— Ou à des hommes mis dehors par leurs épouses hystériques », émit Umbo.

Rigg sauta de l’aéronef et se mit en route vers la mer. La plage était déserte mais il savait les incursions des créatures de l’entremur fréquentes ; il ne désespérait pas d’en croiser une incessamment sous peu.

Il foulait une plage de sable fin pour la première fois de sa vie. Les grains ne le portaient pas vraiment : ils se dérobaient sous ses pas, rendant son équilibre instable.

Sur une butte un peu plus haute que les autres, dominant la mer, apparurent les premières vraies traces de présence : des empreintes humaines.

« Ils n’ont pas les pieds palmés, observa Rigg.

— À moins qu’ils ne se coupent leurs palmatures, comme on le fait avec nos ongles », hasarda Param.

Miche étudia attentivement les empreintes.

« Regardez ce bourrelet de sable, juste ici… on dirait des palmatures, justement. »

Rigg repéra les marques indiquées par Miche : de fines lignes joignant les premiers orteils. Elles n’apparaissaient pas sur toutes les empreintes. Il avait déjà observé de pareilles « aberrations » dans les forêts de l’entremur de Ram, sur des empreintes humaines et animales.

« Soit c’est une vraie membrane, soit juste du sable soufflé par le vent… qu’en penses-tu ?

— Dur à dire, concéda Miche. L’un ou l’autre. Que fait-on ?

— Maintenant qu’on est là, je propose de nous inviter à l’un de leurs rassemblements. Récent et peu fréquenté, si possible. Présentons-nous à eux, puisqu’on ne peut leur signaler notre présence.

— On l’a déjà signalée en utilisant l’aéronef de l’entremur, fit remarquer Umbo. Et pourtant le sacrifiable n’est pas venu à notre rencontre. Quant au vaisseau, il n’a fait que répondre à notre demande de désactivation du champ et d’envoi de l’aéronef.

— Le sacrifiable, on se passe de lui, lança Param. Son absence ne me dérange pas.

— Les sacrifiables sont trop puissants pour être méprisés, observa Rigg. Umbo soulève un point important, mais Param n’a pas tort non plus.

— On ne peut pas avoir raison tous les deux, estima Param.

— Si, affirma Rigg. Rien ne sert de courir après le sacrifiable, mais gardons à l’esprit que ses actes ne sont pas sans conséquence, ni sans danger pour nous.

— Quel diplomate né, salua Olivenko.

— Ou comment ménager la chèvre et le chou, ajouta Miche.

— Et si vous gardiez vos commentaires pour vous ? pesta Rigg.

— D’autant que nous ne sommes pas en conflit, nota Param. Et que je préfère ne pas savoir qui est la chèvre dans l’histoire.

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