Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Vous ne les avez pas reconnus ? s’étonna Larsac en jetant un regard appuyé à Miche.
— Ce sont des crochefaces ? comprit Rigg.
— Une espèce apparentée. Leurs primitifs cousins infestent encore les rivières de l’entremur de Vadesh.
— Dois-je en conclure que vous avez aidé Vadesh à développer celui-ci ? questionna Miche.
— En aucun cas, réfuta Larsac. Je suis resté à l’écart de ses recherches.
— Pourquoi donc ? l’interrogea Umbo.
— Parce qu’il prenait un plaisir évident à étudier seul ces symbiotes.
— Quel renégat vous faites, assena Rigg.
— Pourquoi donc ? réagit Larsac, surpris. Nous mentons tous à Vadesh. »
Et à nous ? s’interrogea Rigg. Ces machines mentaient toutes aux humains. Quant à savoir ce qu’il en était entre elles, et si Larsac disait vrai à propos de ses mensonges à Vadesh…
Rigg démêlerait ce casse-tête plus tard.
« Nous autorisez-vous à leur parler ? demanda le pisteur.
— Quelle différence si je refuse ? » rétorqua Larsac.
Rigg s’abstint de toute réponse. Le sacrifiable représentait une frontière infranchissable entre les femmes et eux, que ni un groupe ni l’autre ne tenterait de franchir sans une autorisation formelle de sa part.
Larsac se fendit d’un sourire et fit un pas de côté. Il hocha la tête et, d’un geste de la main, invita les deux parties à faire connaissance.
Les Larmuriennes tentèrent une timide approche. Hôtes et visiteurs se toisèrent un instant, rivalisant de curiosité de part et d’autre.
« Salut ! lança Umbo.
— Quel diplomate, le félicita Param.
— Elles n’ont jamais franchi le Mur, le défendit Olivenko. Elles ne comprennent pas ce qu’il dit.
— On saura quelle langue elles comprennent plus tard, après les avoir entendues », observa Rigg.
Sur ce, il offrit une main tendue dans une salutation équivoque, entre « à manger, s’il vous plaît » et « bonjour ».
Les femmes y lurent la première intention – à moins qu’une offrande de nourriture ne constituât le salut officiel de l’entremur. L’une d’elles glissa une main dans la poche de sa cape et en sortit… quelque chose. Quelque chose de cru, de nacré et de vivant. La femme approcha la chose de la paume de Rigg, sans l’y déposer.
Elle prononça quelques paroles dans sa langue.
Il fallut quelques secondes à Rigg pour comprendre : Prends. S’il gardait la paume ouverte pendant qu’elle lâchait, la chose se sauverait.
Il enserra le présent de la main, laissant filer les doigts de la femme sous les siens.
La Larmurienne mima alors un geste en direction de sa bouche ouverte, comme si elle déposait délicatement la créature sur la langue avant de déglutir.
« C’est un rituel de bienvenue », devina Param.
Ou une ruse pour que je me colle moi-même leur larve de symbiote au fond du gosier, songea Rigg. Mais plutôt que de partager ses craintes à voix haute, il sourit, leva le poing, bascula la tête en arrière, ouvrit grand la bouche et y laissa choir le présent.
La chose remonta précipitamment le long de sa langue comme pour ressortir à l’air libre au plus vite. L’espace d’une fraction de seconde, Rigg envisagea de la sectionner nette d’un coup d’incisives. Mais l’image d’un cafard ou d’une petite grenouille lui tapissant la langue et le palais d’une grande giclée de viscères et d’excréments l’incita à avaler tout rond.
La chose se fraya un chemin le long de son intestin.
Rigg lui fut reconnaissant de n’avoir ni griffes pour lui écorcher la muqueuse, ni dents pour le grignoter de l’intérieur.
La femme hocha la tête dans sa direction.
« Parlez-vous notre langue ? s’enquit-elle.
— Quelques mots », répliqua Rigg.
Elle allait devoir se montrer plus loquace pour que le langage du Mur fasse effet.
« Vous êtes nu », déclara-t-elle en désignant son corps du doigt.
Une allusion à son absence de symbiote, comprit Rigg. Il se tourna vers Miche.
« Lui l’est à moitié, reprit-elle. Il en porte un affreux sur la tête.
— Cette chose, là ? Non, il fait la grimace pour se rendre un peu plus beau », blagua Rigg.
La femme resta insensible à son humour – un registre délicat pour un premier contact, constata Rigg.
« Nous venons de l’autre côté du Mur », reprit-il.
Les trois femmes échangèrent quelques regards surpris, puis fixèrent Larsac, qui sourit et opina du chef. Rigg avait souvent observé cet imperceptible signe de tête chez Vadesh, mais jamais chez Père.
« Vous êtes venus à nous à travers l’enfer », déclara la Larmurienne.
Les deux autres femmes reprirent en chœur comme s’il s’agissait d’un texte sacré, d’un adage, ou d’une sorte de salut rituel.
« L’enfer s’est effacé pour nous laisser passer », leur répondit-il.
Elles n’avaient pas tort. Ils avaient connu l’enfer de l’entremur de Ram à celui de Vadesh. Mais leur plus récente traversée, pour arriver jusqu’ici, n’avait rien eu d’infernale.
La femme s’avança et lui donna une accolade des plus informelles, généreuse, en l’embrassant de tout son corps. Les deux autres y joignirent leur étreinte.
« Je leur avais annoncé votre venue, expliqua Larsac.
— Comment en avez-vous eu vent ? s’enquit Rigg.
— Quand les Enfants d’Odin ont misé sur vous leurs espoirs génétiques, ils cherchaient à créer des passeurs de Murs, capables d’explorer tous les entremurs de la planète.
— Ce n’est pas une réponse.
— La dague, l’émetteur-récepteur. Je vous ai suivis à la trace. »
Les femmes lui laissèrent enfin un peu d’air. Elles caressèrent son corps, ses cheveux, son visage.
« Vous vivez dans la mer ? les interrogea Rigg.
— La mer », répétèrent-elles, prononçant ce mot encore et encore, lui conférant à chaque nouvelle inflexion une signification différente : Maison. Sombre et dangereux. Lieu de subsistance.
« Pourquoi être venues sur le rivage ? poursuivit Rigg.
— Pourquoi ne pas nous accompagner sous l’eau ? répliqua la première.
— Je ne pourrais pas respirer, s’excusa Rigg. Mais votre corps… il fut conçu à l’origine pour marcher.
— Mon corps sur la terre. Ma cape sous l’eau. Deux amis unis par le sang. »
Cette dernière phrase sonna étrangement aux oreilles de Rigg, comme si son cerveau se refusait à interpréter des nuances dépassant son entendement. Il ne faisait aucun doute que par « amis unis », la femme entendait « moi et ma cape ». Mais Rigg n’avait jamais entendu Miche qualifier son parasite d’ami.
« Je n’arrive pas à me faire à l’idée que c’est une sorte de crocheface… mit en doute Olivenko.
— Un proche parent, concéda Rigg. En tout cas, l’énigme de la respiration aquatique semble levée. »
Il prononça cette dernière phrase dans la langue d’Odin, la plus utilisée au cours de l’année écoulée et la première à lui venir à l’esprit sur le coup.
Miche s’approcha de la femme.
« Pouvez-vous nous montrer comment cette cape fonctionne sous l’eau ?
— Vous l’ignorez ? » s’étonna la femme.
Miche haussa les épaules.
« Dans ce cas, à quoi cette chose vous sert-elle ? le questionna-t-elle en désignant le crocheface.
— Moche. Moche », martelèrent les deux autres à l’unisson, comme deux écolières moqueuses dans une cour de récré.
Et, pour leur défense, elles n’avaient pas tout à fait tort. Là où leurs capes semblaient se fondre en elles, épousant leurs courbes comme une seconde peau – ce qu’elles avaient peut-être fini par devenir – le parasite défigurait le tavernier, rendait sa figure bancale avec ces deux pâles imitations d’yeux dissymétriques.