Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
Ainsi se terminait le récit de tante Zef.
« C’est tout ? s’enquit Rigg à voix basse. Un peu courte, l’histoire.
— Parce que ce n’en était pas une, affirma Knosso. Quand les tantes en inventent une, je peux vous assurer que la chute est soignée, à vous laisser béat ou hilare ! Mais tante Zef ne faisait que répondre à votre question. Personne n’a écrit ce qu’elle vient de vous conter. Elle l’a improvisé pour vous.
— C’était presque poétique, murmura Param.
— Les Larmuriens s’expriment ainsi. Quel intérêt à revenir sur terre si la langue n’en vaut pas la peine ? C’est pourquoi leurs paroles sont si belles, si distinctes. Elles sont leur bibliothèque, leur orchestre, leurs danses. Maintenant, ouvrez grand vos yeux et vos oreilles, car voici venir la réponse chantée et dansée du récit de tante Zef. »
Au plus grand étonnement de Rigg, l’auditoire se mit à entonner une sublime mélodie, reprenant mot pour mot en chanson les paroles de la conteuse. Le chant terminé, ils le reprirent en chœur, a cappella, sans paroles cette fois. Mais tel était le pouvoir de leurs chants que chaque vocalise valait à elle seule dix mots. À leurs polyphonies se mêlèrent bientôt les danses, dont les mouvements narrèrent tour à tour les chairs putréfiées par le vermou, les naissances et explorations sous-marines, les combats menés par les hommes face aux puissances bestiales des profondeurs, la visite de Vadsac en comique suppliant – les pantomimes arborant alors de faux crochefaces comme s’il s’agissait de masques de bouse nocive. Ce qui valut à Miche, plutôt discret jusque-là, un sacré fou rire.
Le sacrifiable tourné en ridicule quitta enfin la scène. L’auditoire mima une dernière nage puis salua le conte, la conteuse, les chanteurs et les danseurs.
« Cette chanson fait désormais partie de leur vie, au moins pour cette génération, indiqua Knosso. Et s’ils l’oublient, tante Zef la contera autrement, et ils y associeront d’autres chants. Rien ne se perd. C’est leur bibliothèque, vous dis-je. La poésie de leur vie sur terre.
— Je comprends mieux votre amour pour ces gens, affirma Olivenko. Si seulement tu avais pu nous faire parvenir un message.
— Mais je vous en ai envoyé un. J’ai demandé au Garde-Terres d’informer le Jardinier de ma présence ici, en lieu sûr. Et de ma décision d’y rester, bien entendu. J’avais sauvé ma vie in extremis, ce n’était pas pour revenir la perdre en me jetant dans la gueule du loup.
— Qui voulait votre mort ? s’enquit Olivenko.
— Ma femme ! s’exclama Knosso. Hagia m’avait avoué elle-même que si ma tentative de traversée échouait, c’était le poison ou le poignard qui m’attendaient à mon retour. J’ai trouvé cela plutôt… prévenant de sa part. Ne trouvez-vous ?
— Prévenant ! manqua de s’étouffer Param. Elle a aussi essayé de me tuer !
— Elle a eu tort, jugea Knosso.
— Tort ? C’est tout ?
— Les Rois et Reines-en-la-Tente assassinent leurs semblables depuis des générations. Enfants, parents, frères, sœurs… Le meurtre est inscrit dans les gènes de la royauté sessamide. On ne t’a pas appris cela ?
— Personne ne m’a jamais rien appris, rumina Param.
— On nous a enseigné l’Histoire du Peuple, signala Rigg.
— Mais nous pensions ces mensonges inventés par le Conseil révolutionnaire du Peuple pour discréditer la famille royale, ajouta Umbo.
— Difficile d’inventer pires atrocités que celles commises par les Sessamides, nota Knosso. Mais peu importe. Elle a raté son coup et vous voici face à moi, et en pleine santé. Jamais je n’aurais pensé connaître un jour si heureux de toute ma vie !
— Vous avez abandonné votre fille alors que vous la saviez en danger, souleva Rigg.
— On m’a interdit de la voir pendant des années, se défendit Knosso. Et comment aurais-je pu savoir quel danger elle courait ? L’infanticide est une coutume que toutes les têtes couronnées ne partagent pas, sinon la race des monarques serait éteinte depuis longtemps. Il se pratique généralement à l’occasion d’un remariage, pour s’assurer que seul l’enfant né de la nouvelle union accède au trône. J’étais loin de me douter que votre mère se remarierait après mon départ. Quelle erreur ! Je pensais que le pouvoir échoirait à Haddamander Citoyen au décès de votre mère, mais pas un seul instant je n’ai imaginé leur union envisageable ! Jusqu’à ce que le Garde-Terres me rapporte ce ragot appartenant à mon passé…
— Il n’aurait jamais pu la protéger, même en restant, le défendit Olivenko. Il ne pouvait déjà pas se protéger lui-même.
— J’en suis consciente, concéda Param avant de se tourner vers son frère. Mais je suis flattée que tu prennes ma défense. »
Cette façon de penser me dégoûte, songea Rigg. Lorsque j’ai sauvé Param, je ne la savais pas aussi arrogante et imbue d’elle-même que sa mère. Mais Knosso ne vaut pas mieux ! Un homme bon, un chercheur émérite, mais incapable de voir au-delà de ses propres besoins et désirs. Je comprends mieux le comportement de Param depuis notre départ d’Aressa Sessamo. Les chiens ne font pas de chats.
« Merci de m’avoir remis entre les mains du Jardinier, Père, déclara-t-il. Merci d’avoir permis mon éducation hors de la cour.
— C’était le seul moyen de garder un pisteur en vie, expliqua Knosso. Si la rumeur de ton pouvoir avait gagné les salons du palais, les partisans du régime matriarcal t’auraient fait assassiner, de peur que tu en uses pour manipuler les reines et restaurer une monarchie masculine.
— Vous saviez que j’étais pisteur ? s’étonna Rigg.
— Tu ne tenais pas encore sur tes jambes que tu suivais déjà les traces.
— Mais comment l’avez-vous su ?
— Je suis moi-même un pisteur, l’affranchit Knosso. D’un autre genre, d’après ce que m’a dit le Garde-Terres. Il te prétend capable de percevoir les traces du siècle dernier ?
— Des dix derniers millénaires », rectifia Umbo.
Le visage de Knosso s’illumina.
« Je savais bien que mon fils deviendrait quelqu’un d’exceptionnel !
— Et vous, en quoi votre pouvoir est-il différent ?
— Au-delà de dix ans, les traces m’apparaissent terriblement floues, illisibles. Les plus faciles à pister pour moi remontent à un mois tout au plus. Mais cela m’a permis plus d’une fois d’échapper aux importuns – ne trouves-tu pas merveilleux de pouvoir sentir les traces aussi aisément devant que derrière toi ? s’enthousiasma Knosso en prenant son fils par les épaules. Il se fait tard. Nous sommes restés longtemps hors de l’eau. Mère Mock et les tantes, encore plus que moi. Nos branchies sont sèches, il est temps pour nous de retourner à l’eau. Passez la nuit sur le rivage, et nous reprendrons cette conversation demain. D’accord ?
— Excellente idée, se réjouit Param.
— Nous avons encore tant de choses à nous dire, ajouta Olivenko.
— Si on m’avait dit que je rencontrerais un jour un roi… observa Umbo.
— Techniquement, je ne suis pas le premier, indiqua Knosso en désignant Rigg du regard. Même si je n’ai pas encore passé l’arme à gauche, je n’en voudrais à personne de me considérer comme déchu de mon droit à la Tente de lumière. Donc, si tu jures fidélité aux rois, Rigg est ton souverain. Sinon, Param est ta souveraine. Et si tu es républicain, alors ni l’un ni l’autre !
— J’ajouterai, intervint Miche, que ces règles ne s’appliquent que dans l’entremur de Ram et ne nous concerneront que le jour où nous y retournerons, le cas échéant.