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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Autour de lui, le toit est en pente, vivre ici doit supposer de courber l’échine dans la plupart des déplacements. Sauf pour quelqu’un comme lui. Camille griffonne mais sans conviction, il se sent nauséeux. Le cœur lourd. Il repense à la scène avec Sandrine Bontemps, son énervement, son impatience, il est impossible parfois. C’est qu’il voudrait en finir avec cette affaire, en finir définitivement.

Il n’est pas bien et il sait pourquoi. Trouver le bon grain.

Tout à l’heure, c’est le portrait de Nathalie Granger qui lui a fait cet effet. Jusqu’ici, les photos du téléphone de Trarieux ne montraient qu’une victime. Autant dire une affaire. C’est à ça qu’il l’avait reléguée, cette fille, à une affaire d’enlèvement. Mais sur le portrait-robot de l’Identité, elle est devenue une personne. Une photo, ce n’est que du réel. Un dessin, c’est de la réalité, la vôtre, habillée par votre imaginaire, vos fantasmes, votre culture, votre vie. Quand il l’a tendue sous le nez de Sandrine Bontemps, qu’il a vu ce visage à l’envers, comme celui d’une nageuse, il lui est apparu nouveau sous cet angle. A-t-elle tué ce crétin de Pascal Trarieux ? C’est plus que probable mais peu importe. Sur ce dessin, à l’envers, il l’a trouvée émouvante, elle est prisonnière et il ne tient qu’à lui qu’elle reste vivante. La terreur de l’échec lui empoigne le sternum. Irène, il n’a pas su la sauver. Que fera-t-il avec celle-ci ? La laissera-t-il mourir elle aussi ?

Depuis le premier pas, depuis la première seconde de cette affaire, il tente de bloquer des affects qui s’accumulent derrière le mur, maintenant le mur est en train de s’effriter, des brèches s’ouvrent une à une, tout va s’effondrer d’un coup, le terrasser, le submerger, retour direct à la morgue, retour à la case « clinique psychiatrique ». Ce qu’il a esquissé sur son carnet : une énorme pierre, un rocher. Portrait de Camille en Sisyphe.

25

L’autopsie se tient le mercredi matin à la première heure. Camille est là, Louis aussi.

Le Guen est en retard, comme toujours, quand il arrive à l’Institut médico-légal, on sait déjà l’essentiel. Selon toute vraisemblance, il s’agit bien de Pascal Trarieux. Tout correspond. L’âge, la taille, les cheveux, la date présumée de la mort, sans compter la colocataire qui jure ses grands dieux qu’elle a reconnu ses chaussures, même si, de ce modèle, il doit y en avoir un demi-million. On fera un test ADN pour vérifier qu’il s’agit bien du garçon disparu mais on peut déjà tabler sur le fait que c’est lui et Nathalie Granger l’a tué en lui assenant d’abord un coup très violent sur l’arrière de la tête avec quelque chose qui ressemble à une pioche (on a rapatrié tous les ustensiles de jardin trouvés dans le pavillon) et elle lui a ensuite écrasé la tête à coups de pelle.

— Ce qui montre qu’elle en avait vraiment après lui, dit Camille.

— Oui, une trentaine de coups, au bas mot, dit le légiste. Je pourrai vous donner un chiffre plus précis un peu plus tard. Certains coups ont été portés avec la tranche de la pelle, ce qui donne l’impression que le type a été frappé avec une hache émoussée.

Camille est satisfait. Pas content mais satisfait. Le tableau d’ensemble correspond assez bien à ce qu’il sentait. Avec ce con de juge, il ferait des commentaires mais avec son vieux pote Le Guen, il se contente de lui faire un clin d’œil et de lui glisser, très bas :

— Je t’ai dit, je ne la sentais pas, cette fille…

— On va faire les analyses mais c’est de l’acide, dit le légiste.

Le type a reçu une trentaine de coups de pelle, ensuite, son assassin, Nathalie Granger dans ses œuvres, lui a coulé un bon litre d’acide dans la gorge. Et à voir les dégâts, le légiste risque une hypothèse : acide sulfurique concentré.

— Très concentré.

C’est vrai que ça fait beaucoup de dégâts, ces produits-là. Les chairs fondent dans une effervescence bouillonnante à une vitesse proportionnelle à la concentration.

Camille pose la question qui tracasse tout le monde depuis la veille, depuis la découverte du corps :

— Trarieux était encore vivant à ce moment ou déjà mort ?

Il connaît la sempiternelle réponse, il faut attendre les analyses. Mais cette fois le légiste est bon enfant.

— Si j’en juge par les marques qu’on trouve sur les chairs restantes, notamment au niveau des bras, le type a été attaché.

Court instant de recueillement.

— Vous voulez mon avis ? demande le légiste.

Personne n’en veut, de son avis. Donc, forcément, ça l’encourage :

— À mon avis, quelques coups de pelle, on l’attache et ensuite on le réveille à l’acide. Ça n’empêche pas de l’achever à coups de pelle, quand on a une technique qui marche bien… En bref, et à mon humble avis toujours, le mec l’a vraiment senti passer.

C’est dur à imaginer mais pour les enquêteurs, dans l’immédiat, l’art et la manière, ça ne change pas grand-chose. En revanche, si le légiste a raison, pour la victime, l’acide vivant ou mort, la différence a dû compter pas mal.

— Ça comptera aussi pour le jury, lâche Camille.

Le problème, avec Camille, c’est qu’il ne désarme pas. Jamais. Quand il a une idée… Le Guen lui a dit un jour :

« T’es vraiment con ! Même les fox-terriers savent faire marche arrière !

— Très élégant, a répondu Camille. Pourquoi tu ne me compares pas plutôt à un basset. Ou mieux, tiens, à un caniche nain ? »

Avec n’importe qui d’autre, ça se finirait sur le pré.

Et donc, à ce moment, Camille montre qu’il ne désarme pas. Depuis hier, Le Guen le voit soucieux, parfois, au contraire, il semble jubiler intérieurement. Ils se croisent dans les couloirs, Camille dit à peine bonjour, deux heures plus tard, il traîne dans le bureau du divisionnaire, incapable de partir, comme s’il avait quelque chose à dire mais qu’il n’y arrivait pas, puis finalement, il sort, comme à regret, et il regarde Le Guen avec un air de rancune. Le Guen a la patience qu’il faut. Ils sortaient ensemble des toilettes (il faut voir le tableau quand ils se retrouvent côte à côte devant les pissotières), et Le Guen a simplement dit : « C’est quand tu veux », traduire : « J’ai pris des forces, je peux affronter. »

Et c’est maintenant. À la terrasse, juste avant déjeuner. Camille a éteint son téléphone portable pour montrer qu’il réclame la concentration de tout le monde et l’a posé sur la table. Ils sont tous les quatre, Camille, Le Guen, Armand et Louis. Depuis que les orages ont nettoyé le ciel, il fait de nouveau très doux. Armand siffle son demi quasiment cul sec et, on ne sait jamais, il commande tout de suite un paquet de chips et des olives sur le compte de celui qui paiera.

— Cette fille est un assassin, Jean, dit Camille.

— Un assassin, oui, peut-être, dit Le Guen. On pourra le dire quand on aura les résultats des analyses. Pour le moment, ce sont des présomptions, tu le sais aussi bien que moi.

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