Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
– Ça y est, qu’est-ce que tu vas me sortir ? Que je ressemble à Maigret…, que je mets des pantoufles chez moi où ça sent la blanquette de veau et le poêle qui fume, et que ma femme s’appelle Louise !
— C’est pas faux, pouffa Léanne. Toi, t’attends tranquillement dans ton bureau le cadavre… Et une fois que tu l’as, c’est du concret. Tu n’as plus qu’à dérouler l’enquête. Le rouleau compresseur se met en route. Je ne dis pas que c’est simple, mais il suffit de tirer les fils… Au bout, tu trouves ou tu ne trouves pas ! Tu auras fait tout ce qui était humainement, ou plutôt policièrement possible. Moi, si je reste dans mon bureau, il ne se passe rien ! Sauf, de temps en temps, une saisie douanière, aéroport ou autoroute et, dans ces cas-là, mon enquête ressemble à la tienne. Mon quotidien, c’est loin d’être ça. Parce que si les trafiquants ne font pas une bourde, ils n’ont aucune raison de se faire prendre. Les enquêtes des Stups ne sont pas un long fleuve tranquille. Dans les remous, on charrie et on côtoie la merde, et souvent on baigne dedans pour arriver à un résultat… Ce qui nous sauve un peu, c’est la technique qui a évolué, les sonorisations, les balises sur les voitures, la téléphonie et tout le cirque… Les informateurs, on en a besoin, mais leur gestion a été réglementée.
Patrick fit une petite moue. Il connaissait bien les difficultés et les risques des Stups, ne serait-ce que parce qu’il en côtoyait quotidiennement les équipes au « 36 ». Léanne ne s’arrêtait plus, parler de son boulot la rendait véhémente :
— Je ne vais pas te le cacher. Pour le seul plaisir de réussir des affaires, il m’est arrivé de faire des trucs très borderline. Mais à une autre époque, aujourd’hui j’irais en prison si j’en faisais la moitié du quart. Tout est maintenant relativement clarifié au niveau des tontons… On s’est adapté, on fait avec. En fait, c’est mieux. J’ai fini par comprendre qu’il n’y a pas un seul voyou qui vaut que je risque ma carrière. Et je continue pourtant encore à m’amuser.
Arrivés devant le centre commercial, Léanne répondit à un appel de Vignon sous le regard de Patrick. Elle comprit qu’il ne s’agissait pas d’une urgence, et lui fit signe qu’il pouvait aller faire ses achats. Elle l’attendrait dans la voiture.
— Vous êtes devenus potes si je comprends bien, ricana Vignon.
— Il est venu à poil, je l’emmène s’habiller.
– Ça va mieux entre vous, si vous l’aidez déjà à choisir ses chaussettes, railla le commissaire. Vous avez raison de vous entendre avec lui, car il n’est pas question de le dessaisir. Même si la JIRS de Marseille récupérait les meurtres, la juge d’instruction est très claire : la Crim’ restera saisie.
Léanne accusa le coup en silence. Vignon en conclut que l’humeur de sa collaboratrice à l’égard de Girard avait déjà changé. Une bonne nouvelle en soi.
— Quoi de neuf ? demanda la commandant pour faire diversion.
— Pas mal de choses. Les Espagnols ont retrouvé la trace de nos fuyards. Ceux-ci ont passé la nuit dans une ferme au nord de Barcelone, dans les Pyrénées. Depuis ce matin, ils ont été repérés plusieurs fois par des caméras. On dirait qu’ils ont rebroussé chemin. Maintenant, nos collègues les recherchent plus au sud, ils pensent qu’ils ont abandonné l’idée de passer la frontière.
— Et de notre côté ?
— Rien. J’ai appelé Paris. Aucun contact.
– Ça craint, non ?
— Je ne sais pas, effectivement, tout le monde est inquiet.
— Tant qu’on n’a pas de nouvelles, pas question de lever notre dispositif.
Vignon hésita.
— Le directeur commence à s’impatienter. Votre armada va nous coûter les yeux de la tête. Il ne faudrait pas que ça s’éternise.
Le commissaire connaissait trop bien Léanne, pour ne pas l’imaginer en train de bouillir de colère. Il en rajouta pourtant un peu, sur un ton ironique cette fois :
— Je sais. Les économies, le budget, ce sont des notions qui vous dépassent…
— Arrêtez un peu. Je sais très bien que vous voulez m’entendre hurler au téléphone. Ça ne marchera pas. D’abord ce n’est pas MON armada, mais NOTRE armada. C’est l’AFFAIRE de tout le service, et vous savez aussi bien que moi que si on reste ici, c’est non seulement parce que ça vaut le coup, mais aussi parce que c’est ce qu’il faut faire. On doit rester encore au moins quarante-huit heures, après on avisera. Alors, débrouillez-vous pour obtenir l’aval du dirlo… Ça, c’est votre job, non ?
Patrick réapparut.
— J’ai pris pour quatre jours. Difficile de trouver des vêtements « mettables » dans ce genre d’endroit.
— C’est vrai que pour s’habiller comme toi, ça ne doit pas être facile. J’ai l’impression de voir les photos de mon grand-père quand il allait à la messe le dimanche.
— Lâche-moi un peu, tu veux. Parce que moi, quand je te regarde, je me dis que tu devrais t’attarder sur ta carte de police ou ta carte d’identité et t’arrêter à la mention : date de naissance. J’ai l’impression de voir l’uniforme de mes gosses, sauf que tu as l’âge d’être grand-mère.
— Jeune grand-mère, tout de même !
Patrick reprit sur un registre plus sérieux :
— Je viens d’avoir ma chef. La DCPJ l’a informée que c’était mal barré pour nous. Les Espagnols pensent que nos zozos sont en train de redescendre.
Léanne lui confirma qu’elle venait de recevoir des renseignements similaires, et qu’elle ne voulait pas lâcher sa surveillance tant que rien n’était sûr.
— Je crois que tu as raison. En plus, on est si bien ensemble, ça serait dommage de ne pas persévérer.
22
Espagne,
quelque part dans la forêt pyrénéenne.
Les véhicules des trafiquants avaient fini par emprunter un chemin forestier avant de s’immobiliser dans un sous-bois. À minuit passé, les chances de tomber sur un témoin fâcheux étaient quasiment nulles.
Le Mexicain mit pied à terre, rapidement rejoint par les autres. Le froid et l’humidité aggravaient leur fatigue. L’ambiance était plombée par les inconnues qui s’amassaient au-dessus d’eux. Toute la journée, ils s’étaient séparés, puis retrouvés, dans le seul but de donner l’impression de rebrousser chemin. Les motards et une voiture avaient suivi des itinéraires fréquentés, largement surveillés par des systèmes de caméra. Ce leurre marcherait peut-être, en tout cas il devrait désorienter la police à leur recherche.
Eduardo s’adressa à Yves :
— On a fait comme dans ton histoire. On a laissé passer du temps. Les flics ont dû se lasser, qu’est-ce que tu en penses ?
— …
Lourd silence.
— T’as rien à dire, champion ?
Pour une fois qu’il sollicitait Yves, il s’attendait à plus d’enthousiasme.
— Vingt-quatre heures, c’est court. Mais ça a peut-être marché. Espérons.
— On va passer la nuit ici.
— Et le rendez-vous ? demanda Fahrid. On devait livrer aujourd’hui.
— Ne t’inquiète pas. C’est changé. J’ai eu des nouvelles de Marbella, tout est remis. Vous n’avez pas besoin d’en savoir plus, sinon que j’ai décidé que cette nuit, on couche à la belle étoile. Reposez-vous !
23
Les policiers ne pouvaient pas rester plus longtemps en planque dans des voitures de service. Les Perpignanais leur trouvèrent un hôtel entrant dans les standards budgétaires de l’administration, par définition spartiate. Donc, pas de déception !