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Mortels trafics

Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:

À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
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— Au moins, c’est propre, jugea Léanne, après une visite rapide de sa chambre.

Les jeunes de l’équipe n’avaient pas de remarque à faire, du moment que la connexion internet était correcte, équipement plus important à leurs yeux que le confort. Les plus vieux, bloqués dans une zone industrielle, firent la grimace en comparant rapidement leur sort à celui des prisonniers du centre pénitentiaire voisin. La commandant y voyait un avantage, elle garderait plus facilement son équipe à l’œil. Pas question qu’ils s’éparpillent un peu partout et qu’elle ait à les chercher dans l’urgence.

Pendant le repas, Patrick avait déjà disparu. Ça doit être l’heure d’appeler maman, pensa Léanne. De son côté, une fois dans sa chambre, elle sauta sur son téléphone pour contacter Vignon.

— Je vous manque ? demanda le commissaire. Je comprends, je fais souvent ça aux femmes.

— Vous n’avez aucune chance. Je les aime plus jeunes…

— Je ne suis pas si vieux !

Elle n’était pas d’humeur pour ce jeu.

— Je suis fatiguée et j’aimerais dormir un peu. Est-ce qu’on a du nouveau ?

— Non, rien, dit-il sur un ton redevenu sérieux. Même les Parisiens commencent à être inquiets. Ils hésitent à mettre fin à la mission. Les réunions n’arrêtent pas entre services français et espagnols.

— Et Braghanti ?

— Il ne bouge pas depuis son retour d’Espagne, il est dans sa villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat.

— C’est pour demain, dit-elle sans trop y croire.

Elle raccrocha et jeta son téléphone sur le lit. Dans cette chambre sans âme, fatiguée, elle se débarrassa rapidement de ses vêtements et s’arrêta un moment devant la quarantenaire qui la fixait dans le miroir de la salle de bains. Elle lui sourit, bien qu’elle lui trouvât une sale gueule ce soir, elle était encore pas mal. La vision d’une ride la décida à arrêter cet examen pour se précipiter sous la douche.

*

Léanne ne s’était pas trompée. Le premier appel de Patrick fut pour sa femme. Il en profita pour se lâcher un peu sur son encombrante collègue… Il n’aurait pas pu en parler sur ce ton à son adjoint, Legal se serait marré, et Isabelle l’aurait traité de misogyne. Au moins avec sa femme, il avait une oreille pas toujours attentive, mais bienveillante et compréhensive.

— Et ton enquête dans tout ça ? réussit à placer Marianne.

— Personne ne s’en préoccupe vraiment. À croire que c’est plus important d’arrêter des gens qui ramènent quelques kilos de cannabis en France, que des tueurs d’enfants.

— Arrête de faire ton bougon, tu sais très bien que ce que tu dis n’est pas vrai. L’important c’est d’arrêter ces gens, après ce sera à toi de recadrer les choses.

Comme souvent, Patrick s’étonna de la clairvoyance de son épouse. À force de suivre ses activités, elle avait fini par acquérir un esprit de flic, et se trompait rarement dans ses jugements.

— Bon, et toi ? Quelles nouvelles ?

— Devine !

— Je ne sais pas, notre étudiant va fonder une famille ?

Elle rit.

— Non, ce n’est pas pour tout de suite, d’ailleurs il vient de débarquer à la maison. Alors, tu ne trouves pas ?

— …

— Je ne travaillais pas aujourd’hui. J’en ai donc profité pour aller à Paris, pour prospecter des appartements. J’ai vu des choses bien…

— …

Elle le connaissait suffisamment pour ne pas se formaliser de ses silences. Si elle ne s’en chargeait pas, ils n’avanceraient pas.

— Quand tu reviens, on va faire une recherche sérieuse et je pense qu’on va trouver un truc sympa.

— Mais on n’a même pas mis en vente notre maison, objecta-t-il enfin.

— J’ai appelé trois agences. Elles viendront visiter cette semaine. On m’a dit que, malgré la crise, il y avait encore de la demande. On devrait arriver à vendre sans trop de soucis…

— C’est pas vrai ! Vous voulez tous me faire changer de vie. À mon âge, c’est pas très bon !

— Tu ne me l’avais pas encore faite celle-là.

Ils rirent ensemble, d’un rire complice qui leur était habituel. Ils se connaissaient si bien qu’ils se donnaient la réplique, comme dans une comédie.

— On verra ça quand je rentre. J’espère qu’à mon retour, on sera toujours dans la même maison. En attendant, souhaite-moi bonne chance et pense à moi… Il va encore falloir que je supporte cette dingue de hard rock…

24

Sous l’accumulation des problèmes, le froid semblait ne plus avoir d’emprise sur Eduardo. Fébrile, il téléphonait avec frénésie, confirmant les difficultés de leur situation. Ils étaient dans la merde, mais pas question d’abandonner. Castroviejo et lui subissaient la pression. Comme pour en rajouter, même s’agissant du hasard d’un accident stupide, la mort de Leïla avait déclenché son lot d’embrouilles. Ses proches demandaient des explications, cherchaient des responsabilités. Tuer Fahrid suffirait-il à régler ce litige ? Pas certain. Cela entraînerait d’autres difficultés, et la priorité du moment était de traverser la frontière. Dès les premières lueurs du jour, il réveilla ses hommes pour un briefing de campagne.

— Nous avons rendez-vous à quinze heures à Carcassonne. Pas avant, pas après. On aura les coordonnées GPS du lieu précis de rencontre au dernier moment.

Fahrid gesticula, prêt à parler, mais le Mexicain ne lui en laissa pas le temps :

— Rassure-toi, ton boss aussi est au courant. Il enverra du monde pour te récupérer et t’escorter jusqu’à Paris. Ils auront une voiture neuve avec eux. Même chose pour toi, le « héros ». On t’envoie une nouvelle équipe de motards pour t’escorter jusqu’à Nice.

— Et nous ? demanda l’un des compagnons d’Eduardo.

— On rentre en Espagne après la livraison.

— Et notre pognon ?

— Tu as toujours été payé, non ? On va reprendre le convoi. Les motards en ouvreurs, avec une avance d’au moins cinq bornes. Nous suivrons à l’arrière…

— Les douaniers font souvent des contrôles dans ce coin, remarqua Raynal.

— Tu les signaleras et on avisera.

— S’ils essaient de vous contrôler ?

— On fonce dans le tas, et on se trouve une nouvelle planque.

— C’est limite comme plan, jugea le motard.

— Toi aussi, t’es devenu un stratège ? s’énerva le Mexicain.

— Non, je pense simplement que…

— On t’a pas payé pour penser… Tu fais ce que je te demande et tu le fais bien. On s’est compris ? Et vous, vous vous arrangez pour qu’on retrouve une équipe de vos bikers quand on aura passé la frontière.

— On aura du monde. Il faudra que tu me dises où, c’est tout.

— Dis-leur de se rapprocher de Carcassonne. Nous ne communiquerons le point final du rendez-vous qu’en dernière minute.

— Sympa, la confiance !

Eduardo se crispa.

— Tu commences vraiment à me courir, toi aussi.

Le motard leva la main en signe de reddition.

— Désolé. Je ne voulais pas.

Le Mexicain avait envie d’en découdre avec quelqu’un, juste pour se calmer… Flottement… Il laissa tomber. Il aurait besoin de tout le monde, mieux valait ne pas créer de dissensions et de rancœurs, ni attenter à la solidarité entre motards.

— Ferme-la ! Monte sur ta bécane, assure notre protection et celle de la marchandise.

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