Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Que me veut-on? demanda le duc d�une voix �mue.
� C�est � M. le duc d�Aiguillon que nous avons l�honneur de parler? dit l�un des commissaires.
� Je suis le duc d�Aiguillon, oui, messieurs.
Aussit�t le commissaire, saluant profond�ment, tira de sa ceinture un acte en bonne forme dont il donna lecture � haute et intelligible voix.
C��tait l�arr�t circonstanci�, d�taill�, complet, qui d�clarait le duc d�Aiguillon gravement inculp� et pr�venu de soup�ons, m�me de faits qui entachaient son honneur, et le suspendait de ses fonctions de pair du royaume.
Le duc entendit cette lecture comme un homme foudroy� entend le bruit du tonnerre. Il ne remua pas plus qu�une statue sur son pi�destal, et n�avan�a pas m�me la main pour prendre la copie de l�arr�t que lui offrait le commissaire du parlement.
Ce fut le mar�chal qui, debout aussi, mais alerte et ingambe, prit ce papier, le lut et rendit le salut � MM. les conseillers.
Ceux-ci �taient d�j� loin que le duc d�Aiguillon demeurait encore dans la m�me stupeur.
� Voil� un rude coup! dit Richelieu; tu n�es plus pair de France, c�est humiliant.
Le duc se retourna vers son oncle, comme si, � ce moment seulement, il e�t repris la vie et la pens�e.
� Tu ne t�y attendais pas? dit Richelieu du m�me ton.
� Et vous, mon oncle? riposta d�Aiguillon.
� Comment veux-tu qu�on aille se douter que le parlement frappera si vertement sur le favori du roi et de la favorite?� Ces gens-l� se feront pulv�riser.
Le duc s�assit, la main sur sa joue br�lante.
� C�est que, continua le vieux mar�chal enfon�ant le poignard dans la plaie, si le parlement te d�grade de la pairie pour la nomination au commandement des chevau-l�gers, il te d�cr�tera de prise de corps et te condamnera au feu le jour o� tu seras nomm� ministre. Ces gens-l� t�ex�crent, d�Aiguillon, m�fie-toi d�eux.
Le duc soutint cet horrible persiflage avec une constance de h�ros; son malheur le grandissait, il �purait son �me.
Richelieu crut que cette constance �tait de l�insensibilit�, de l�inintelligence peut-�tre, et que les piq�res n�avaient pas �t� assez profondes.
� N��tant plus pair, dit-il, tu seras moins expos� � la haine de ces robins� R�fugie-toi dans quelques ann�es d�obscurit�. D�ailleurs, vois-tu, l�obscurit�, ta sauvegarde, va te venir sans que tu le veuilles; d�chu des fonctions de pair, tu arriveras au minist�re plus difficilement, cela te tirera d�affaire; tandis que, si tu veux lutter, mon ami, eh bien, tu as madame du Barry pour toi, elle te porte en son c�ur, et c�est un solide appui.
M. d�Aiguillon se leva. Il ne rendit pas m�me au mar�chal un regard de courroux pour toutes les souffrances que le vieillard venait de lui faire subir.
� Vous avez raison, mon oncle, r�pondit-il tranquillement, et votre sagesse perce dans ce dernier avis. Madame la comtesse du Barry, � laquelle vous avez eu la bont� de me pr�senter, et � qui vous avez dit de moi tant de bien et avec tant de v�h�mence que tout le monde en peut t�moigner � Luciennes, madame du Barry me d�fendra. Gr�ce � Dieu, elle m�aime, elle est brave, et elle a tout pouvoir sur l�esprit de Sa Majest�. Merci, mon oncle, de votre conseil, je m�y r�fugie comme dans un port de salut. Mes chevaux! Bourguignon, � Luciennes!
Le mar�chal resta au milieu d�un sourire �bauch�.
M. d�Aiguillon salua respectueusement son oncle et quitta le salon, laissant le mar�chal fort intrigu�, par-dessus tout confus de l�acharnement qu�il avait mis � mordre cette chair noble et vive.
Il y eut quelque consolation pour le vieux mar�chal dans la joie folle des Parisiens, lorsque, le soir, ils lurent les dix mille exemplaires de l�arr�t, qu�on s�arrachait dans les rues. Mais il ne put s�emp�cher de soupirer quand Raft� lui demanda compte de sa soir�e.
Il la lui raconta cependant sans rien taire.
� Le coup est donc par�? dit le secr�taire.
� Oui et non, Raft�; mais la blessure n�est pas mortelle, et nous avons � Trianon quelque chose de mieux que je me reproche de n�avoir pas uniquement soign�. Nous avons couru deux li�vres, Raft� C�est une grande folie�
� Pourquoi, si l�on prend le bon? r�pliqua Raft�.
� Eh! mon cher, le bon, souviens-toi de cela, c�est toujours celui qu�on n�a pas pris, et, pour celui-l� qu�on n�a pas, on donnerait toujours l�autre, c�est-�-dire celui qu�on tient.
Raft� haussa les �paules, et cependant M. de Richelieu n�avait pas tort.
� Vous croyez, dit-il, que M. d�Aiguillon sortira de l�?
� Crois-tu que le roi en sorte, nigaud?
� Oh! le roi fait un trou partout; mais il ne s�agit pas du roi, que je sache.
� O� le roi passera, passera madame du Barry, qui tient de si pr�s au roi� et par o� madame du Barry aura pass�, d�Aiguillon passera aussi, lui qui� Mais tu n�entends rien � la politique, Raft�.
� Monseigneur, ce n�est pas l�avis de ma�tre Flageot.
� Bon! que dit ce ma�tre Flageot? et qu�est-ce que c�est, d�abord?
� C�est un procureur, monseigneur.
� Apr�s?
� Eh bien, monsieur Flageot pr�tend que le roi lui-m�me ne s�en tirera pas.
� Oh! oh! qui donc fera obstacle au lion?
� Ma foi, monseigneur, ce sera le rat!�
� Ma�tre Flageot, alors!
� Il dit que oui.
� Et tu le crois?
� Je crois toujours un procureur qui promet de faire du mal.
� Nous verrons, Raft�, les moyens de ma�tre Flageot.
� C�est ce que je me dis, monseigneur.
� Viens donc souper pour que je me couche� Cela m�a tout retourn� de voir que mon pauvre neveu n��tait plus pair de France et ne serait pas ministre. On est oncle, Raft�, ou on ne l�est pas.
M. de Richelieu se mit � soupirer, et ensuite il se mit � rire.
� Vous avez pourtant bien ce qu�il faut pour �tre ministre, lui r�pliqua Raft�.
Chapitre 98. M. d�Aiguillon prend sa revanche
Le lendemain du jour o� le terrible arr�t du parlement avait empli de bruit Paris et Versailles, lorsque l�attente �tait grande pour tout le monde de savoir quelle serait la suite de cet arr�t, M. le duc de Richelieu, qui s��tait transport� � Versailles et avait repris sa vie r�guli�re, vit entrer chez lui Raft�, tenant une lettre � la main. Le secr�taire flairait et pesait cette lettre avec un air d�inqui�tude qui se communiqua promptement au ma�tre.
� Qu�est-ce encore, Raft�? demanda le mar�chal.
� Quelque chose de peu agr�able, j�imagine, monseigneur, et qui est enferm� l� dedans.
� Pourquoi imagines-tu cela?
� Parce que la lettre est de M. le duc d�Aiguillon.
� Ah! ah! fit le duc, de mon neveu?
� Oui, monsieur le mar�chal. Au sortir du conseil du roi, un huissier de la chambre est venu et m�a remis ce pli pour vous; voil� dix minutes que je le tourne et le retourne sans pouvoir m�emp�cher d�y voir quelque mauvaise nouvelle.
Le duc �tendit la main.
� Donne, dit-il, je suis brave.
� Je vous pr�viens, interrompit Raft�, que l�huissier, en me remettant ce papier, a ri jusqu�au fond du gosier.
� Diable! voil� qui est inqui�tant; donne toujours, r�pliqua le mar�chal.
� Et qu�il a ajout�: �M. le duc d�Aiguillon recommande que M. le mar�chal ait ce message sur-le-champ.�
� Douleur! tu ne me feras pas dire que tu sois un mal! s��cria le vieux mar�chal en brisant le cachet d�une main ferme.
Et il lut.
� Eh! eh! vous faites la grimace, dit Raft� les mains derri�re le dos, en observateur.
� Est-il possible! murmura Richelieu poursuivant sa lecture.
� C�est s�rieux, � ce qu�il para�t?
� Tu as l�air enchant�?
� Sans doute, je vois que je ne m��tais pas tromp�.
Le mar�chal reprit sa lecture.
� Le roi est bon, dit-il au bout d�un instant.
� Il nomme M. d�Aiguillon ministre?
� Mieux que cela.
� Oh! oh! quoi donc?
� Lis et commente.
Raft� lut � son tour ce billet; il �tait �crit de la main m�me du duc d�Aiguillon et con�u en ces termes:
�Mon cher oncle,
�Votre bon conseil a port� ses fruits: j�ai confi� mes chagrins � cette excellente amie de notre maison, madame la comtesse du Barry, qui a bien voulu d�poser ma confidence dans le sein de Sa Majest�. Le roi s�est indign� des violences que me font MM. du parlement, � moi qui me suis employ� si fid�lement � son service, et, dans son conseil de ce jour m�me, Sa Majest� a cass� l�arr�t du parlement et m�a enjoint de continuer mes fonctions de pair de France.