Mortels trafics
- Автор: Pouchairet Pierre
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213701394
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Mortels trafics». Краткое содержание книги:
Dans le hall de l’aéroport de Perpignan, Léanne ne décolérait pas à attendre un commandant de la PJPP… Je vais être obligée de me farcir ce mec, comme s’il ne pouvait pas se pointer après le serrage, durant le temps de garde à vue, ruminait-elle. L’avion était annoncé avec une demi-heure de retard… J’aurai droit à tout, à croire que je suis maudite. Pour la planque, elle s’était habituée au commissaire de Perpignan, un garçon sympathique. Maintenant, elle allait devoir se taper un vieux de la Crim’. Elle s’imaginait déjà avec le commissaire Maigret à ses côtés… En plus, si ça bouge à l’interpellation, je vais me retrouver avec un boulet.
Patrick Girard attendit que l’avion se soit vidé pour récupérer son Sig auprès du commandant de bord. Léanne trépignait en regardant l’heure. Tous les passagers étaient sortis et personne ne ressemblait au flic annoncé. S’il avait finalement raté le vol, on aurait pu juger bon de l’en avertir. Enfin, elle vit arriver ce qui ne pouvait être que « son » commandant, les flics se trompent rarement lorsqu’il s’agit de se reconnaître entre eux.
— Patrick Girard ? Léanne Vallauri.
Poignée de main sans chaleur de part et d’autre.
— Je suis garée sur le parking officiel. T’as pas de bagages ?
— Non, pas eu le temps de passer chez moi.
— Faire des Stups, ça implique des imprévus, fit-elle remarquer d’un ton cassant.
Sans répondre à la pique, il pensa à rappeler Marianne pour lui demander de préparer une valise que Legal ferait récupérer si quelqu’un venait le rejoindre dans le Midi. Léanne écoutait la conversation, enchantée à l’idée que d’autres Parisiens puissent encore venir lui polluer son temps. Elle finit par lui exposer le programme :
— On vient de planquer toute la nuit. Pour le moment, on ne sait toujours pas où ils sont ni quelles sont réellement leurs intentions. Nous avons bon espoir de les voir réapparaître en France, mais où et quand ? Mystère !
— Donc, on ne fait rien, on attend, c’est ça ?
— Oui, ça s’appelle une planque. Vous n’en faites jamais à la Crim’ ?
— Cela arrive, mais c’est rare. Et si ça dure…, on a la BRI.
Les Seigneurs parisiens, pensa silencieusement Léanne. En mettant le contact de la voiture, elle déclencha un flot de hard rock qui fit sursauter Patrick. Elle s’amusa de son air horrifié.
— J’aime bien la musique, pas toi ?
— Si… mais pas la même…
— Ah ! tu dois être Rolling Stones et Beatles, je suppose…
— Non, pas exactement non plus. Parlons plutôt de l’affaire, si tu veux, fit-il en baissant d’autorité le volume. Une idée précise des membres de l’équipe de trafiquants ?
— Oui, pour certains, et d’autres se sont rajoutés qu’on ne connaît pas. Une association hétéroclite : des Niçois, des Arabes de banlieue, des Marocains, des Espagnols et des Sud-Américains. Certains sont censés se limiter au passage frontière où le produit sera récupéré par les commanditaires, d’autres iront jusqu’à destination.
— Comment vous savez tout ça ?
Léanne marqua un léger temps d’hésitation que nota Girard, sans pour autant le relever.
— L’enquête, les écoutes…
Elle démarra brutalement en le collant au siège. Il rattrapa ses lunettes de justesse.
— On va d’abord faire un nouveau point avec l’équipe à l’antenne PJ de Perpignan. J’ai mis un effectif minimum à la frontière. Des « sonnettes » nous aviseront pour qu’on rapplique s’ils voient passer notre convoi.
En arrivant, elle confia son « colis » aux collègues, et trouva le moyen de leur fausser compagnie pour appeler Vignon…
— C’est quoi ce mec de la Crim’… ? Vous allez tâcher de contacter la juge, qu’elle récupère les meurtres dans son instruction et nous saisisse.
— Rien que ça ?
— Les homicides vont être vite réglés. La tueuse est morte sur l’autoroute, et on finira par récupérer le tueur, ça ne tiendra de toute manière que par l’ADN.
– Écoutez, je vais y réfléchir et peut-être sonder Laurence Albertini… Mais je doute que cela soit possible.
Au ton de la voix, la flic comprit qu’elle n’aurait pas gain de cause. Furieuse, elle ne voulut rien entendre et insista :
— Essayez au moins, pour notre honneur !
À son retour, comme si de rien n’était, elle retrouva Girard avec d’autres collègues. Le Parisien donnait l’impression d’avoir déjà sympathisé avec certains. Elle eut pour eux le regard désenchanté d’une résistante devant un ramassis de collabos.
Patrick lui demanda même un service :
— Comme ça ne bouge pas, peux-tu m’emmener dans un centre commercial, que j’achète le nécessaire pour vingt-quatre ou quarante-huit heures ?
Elle s’étouffa en regardant son boulet et se surprit à lui répondre :
— Bien sûr, avec plaisir !
Sur le trajet, Girard décida d’une tactique d’approche :
— T’es de quelle promo ?
– Ça y est, on va commencer à se sentir le cul ?
Il resta sans voix, pas certain d’avoir bien compris. Léanne lui lança un regard en coin. Il fallait qu’elle se calme. Elle se laissa aller à un sourire.
— Je plaisante. Je dis souvent que les flics, on est comme des chiens qui se sentent les fesses. Dès qu’on se croise, on y va de notre petit lot de questions : ta promo ? qui tu connais ? t’as eu qui comme taulier ? et, en même temps, on analyse… Alors, il a fait ci, il a fait ça, il doit connaître machin… Nos vieilles habitudes.
— Je dois reconnaître que tu n’as pas tort. Je garderai la formule pour la ressortir une autre fois.
La discussion s’apaisa au moment d’évoquer leurs passés respectifs… Autant Patrick avait eu une vie somme toute bien rangée, études, concours, mariage, enfants…, une vie dont Léanne n’était pas loin de penser que seule la police avait dû la pimenter un peu. Autant son parcours à elle, était atypique, études d’histoire de l’art et de cinéma, chanteuse dans un groupe de rock, concours d’officier de police, police judiciaire de Versailles, puis Nice et les Stups… Pas de mariage, pas d’enfant. Des mecs, évoqués au gré de son parcours. Patrick l’évalua d’un coup d’œil discret, une femme énergique et courageuse, mais incontestablement une chieuse !
— T’aimes bien la jouer rebelle. Pourquoi t’es entrée dans la police ?
— Tu n’arrêtes pas de poser des questions. Tu ne serais pas flic ?
— T’aurais pu être prof avec tes études ?
— Prof ?
— Ou autre chose, rien ne te prédestinait à la police, insista Patrick.
— Je déteste les gosses ! Et puis l’éducation nationale, c’est crevant, marcher dans la rue sous la pluie avec une banderole à la main, très peu pour moi. Dans la police, ce qui me plaît, ce sont les Stups. Nos enquêtes, c’est pas la vie plan-plan de la Criminelle que j’ai pratiquée et que je suis contente d’avoir quittée.