Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Le jeune y est allé tout de suite. Sandrine est certaine que c’est lui qui a téléphoné, une demi-heure plus tard peut-être. Le nain semblait très sceptique au téléphone, il disait sans cesse, je vois, je vois, je vois. Sandrine le trouve crispant, ce type. Il a l’air de le savoir et de s’en foutre. Au téléphone, déçu quand même. Pendant l’absence du jeune inspecteur, il l’a harcelée de questions sur Nathalie.
— Elle avait tout le temps les cheveux sales.
Il y a des choses qu’on ne peut pas dire à un homme, même quand c’est un policier, mais Nathalie était vraiment négligée parfois, le ménage approximatif, la table pas nettoyée, sans compter, une fois, les tampons retrouvés dans la salle de bains… beurk. La cohabitation n’a pas duré longtemps pourtant elles se sont attrapées plus d’une fois.
— Je ne suis pas sûre que ça aurait pu durer longtemps, entre elle et moi.
Sandrine avait passé une annonce pour la colocation, Nathalie a répondu, elle est venue voir, sympa. Elle ne semblait pas négligée ce jour-là, elle présentait bien. Ce qui lui plaisait ici, c’était le jardin et la chambre mansardée, elle disait que c’était romantique, Sandrine ne lui a pas dit qu’au plus fort de l’été, cette pièce devenait une étuve.
— C’est mal isolé, vous comprenez…
Le nain la regarde sans intention, parfois, on dirait qu’il a un visage en porcelaine. Qu’il pense ailleurs.
Nathalie a payé tout de suite, toujours en espèces.
— C’était début juin. Il fallait absolument que je trouve une colocataire rapidement, mon ami était parti…
Ça l’agace tout de suite, le petit flic, l’histoire personnelle de Sandrine, du petit ami qui s’installe, le grand amour et le voilà parti sans crier gare deux mois plus tard. Elle ne l’a jamais revu. À la naissance, sans le savoir, elle a dû prendre un abonnement au bureau des départs précipités, le petit ami d’abord, Nathalie ensuite. Elle confirme la date du 14 juillet.
— En fait, elle n’est pas restée longtemps, elle a rencontré son copain juste après son installation ici, alors forcément…
— Forcément quoi ? demande-t-il, agacé.
— Bah, elle a eu envie de partir habiter avec lui, c’est normal, non ?
— Ah…
Sceptique, l’air de dire « ah, ce n’est que ça ? ». Ce type n’y connaît rien aux femmes, ça se voit tout de suite. Le jeune policier est revenu du laboratoire, on a entendu sa sirène de loin. Il fait les choses très vite mais on dirait toujours qu’il se promène. C’est l’élégance qui fait ça. Et les vêtements qu’il porte, Sandrine l’a tout de suite noté, de la marque, du haut de gamme même. D’un seul coup d’œil, elle évalue le prix des chaussures, deux fois sa paie. C’est une découverte complète pour elle que les policiers gagnent autant d’argent, ceux qu’on voit à la télé, on ne dirait jamais.
Ils ont eu un petit conciliabule tous les deux. Sandrine a seulement entendu le jeune dire : « jamais vue… » et aussi : « … oui, il y est allé aussi… »
— Je n’étais pas là quand elle est partie, moi, je passe l’été chez ma tante à…
Le petit flic, ça l’énerve. Les choses ne vont pas comme il voudrait mais ce n’est pas sa faute, à elle. Il soupire et balaye devant lui avec la main comme pour chasser une mouche. Il pourrait au moins se montrer poli. Son jeune collègue sourit gentiment, semble dire, il est ainsi, ne vous affolez pas, restez concentrée. C’est lui qui lui montre une autre photo.
— Oui, celui-là, c’est Pascal, le petit copain à Nathalie.
Là pas de doute. Et la photo à la fête foraine, elle a beau être un peu floue, pas de doute non plus. Quand le père de Pascal est venu, le mois dernier, il cherchait Nathalie aussi, pas seulement son fils, il a montré cette photo. Sandrine lui a donné l’adresse où Nathalie travaillait à l’époque. Après, elle n’a plus eu de nouvelles.
Il suffit de regarder la photo, on comprend tout de suite. Pas très futé, le Pascal. Ni très beau. Et habillé, fallait voir, des trucs, à se demander où il pouvait les acheter. Bon, Nathalie avait beau être grosse, elle avait un très beau visage, on sentait que si elle avait eu envie… Tandis que lui, il avait l’air… comment dire…
— Un peu débile, pour dire les choses.
Elle veut dire, pas très malin. Il l’adorait, sa Nathalie. Elle l’a amené deux ou trois fois ici mais il ne passait pas la nuit. Sandrine s’est même demandé s’ils couchaient ensemble. Quand il venait, Sandrine voyait qu’il était excité comme une puce, il en bavait d’envie quand il regardait sa Nathalie. Avec ses yeux de merlan frit, il n’attendait qu’une chose, l’autorisation de lui foncer dessus.
— Sauf une fois. Une seule fois, il est resté dormir ici. Je m’en souviens, c’était en juillet, juste avant que je parte chez ma tante.
Mais Sandrine n’a pas entendu leurs ébats.
— Pourtant, je dormais juste en dessous.
Elle se mord les lèvres parce que ça veut dire qu’elle écoutait. Elle rougit, n’insiste pas, ils ont compris. Elle n’a rien entendu et pourtant elle aurait bien aimé. Nathalie et son Pascal, ils ont dû faire ça, je ne sais pas comment, moi… Debout peut-être. Ou alors, ils n’ont rien fait, parce qu’elle ne voulait pas. Sandrine comprend très bien d’ailleurs, le Pascal…
— Ç’aurait été que de moi…, commence-t-elle d’un air pincé.
Le petit flic recompose toute l’histoire à voix haute, pas grand mais pas bête, assez vif même. Nathalie et Pascal qui s’en vont en laissant deux mois de loyer sur la table de la cuisine. Plus des provisions pour un mois. Plus les affaires qu’elle n’emporte pas.
— Les affaires, quelles affaires ? demande-t-il aussitôt.
Très empressé, tout à coup. Elle n’a rien gardé, Sandrine. Nathalie faisait deux tailles de plus et, de toute manière, elle portait des trucs d’un moche… Si, la glace grossissante dans la salle de bains mais elle ne le dit pas à la police, c’est pour se faire les points noirs, les poils du nez, ça ne les regarde pas. Elle dit quand même le reste, la cafetière électrique, la théière en forme de vache, le récupérateur, les livres de Marguerite Duras, on aurait dit qu’elle ne lisait que ça, elle avait quasiment l’œuvre complète.
Le jeune a dit :
— Nathalie Granger… C’est le nom d’un personnage de Duras, je crois.
— Ah oui ? a demandé l’autre. Dans quoi ?
Le jeune a répondu, embarrassé :
— Un film intitulé… Nathalie Granger.
Le nain s’est frappé le front d’un air de dire, que je suis bête, mais de l’avis de Sandrine, c’était du flan.
— Pour les eaux de pluie, précise-t-elle.
Parce que le pygmée revient sur le récupérateur. Sandrine y pensait depuis longtemps, elle est assez écolo, toute cette pluie, il y a des dizaines de mètres carrés de toit sur cette grande baraque, c’est quand même dommage, elle en a parlé à l’agence, au propriétaire, pas moyen de les décider mais l’écologie aussi, ça l’énerve, le petit flic, à se demander ce qui l’intéresse.
— Elle l’a acheté juste avant de partir. Je l’ai découvert en rentrant, elle avait mis un petit mot, elle s’excusait du départ précipité, le récupérateur, c’était une sorte de compensation, c’était une surprise, si on veut.
Ça lui plaît, ça, au nabot, le coup de la surprise.
Le voilà planté devant la fenêtre qui donne sur le jardin, il a écarté le rideau en mousseline. C’est vrai que ça ne fait pas très joli, cette espèce de grand réservoir en plastique vert au coin de la maison dans lequel plongent les gouttières en zinc. On sent que c’est bricolé. Mais ça n’est pas ça qu’il regarde. Il n’écoute pas non plus ce qu’elle dit parce qu’elle est en plein milieu d’une phrase quand il décroche son téléphone :