Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Oui, tout cela est tr�s gracieux et tr�s charmant, Andr�e; en attendant, dites-moi, je vous prie, � quoi vous attribuez ce malaise?
� Que sais-je, ami? au retour du printemps, � la saison des fleurs; vous savez comme je suis nerveuse; hier d�j�, l�odeur des lilas perses du parterre m�a suffoqu�e; vous savez combien ces plumets magnifiques, qui se balancent aux premi�res brises de l�ann�e, d�gagent de senteurs enivrantes; eh bien, hier� Oh! mon Dieu! tenez, Philippe, je n�y veux plus penser, car je crois que le mal me reprendrait.
� Oui, vous avez raison, et peut-�tre est-ce cela; c�est fort dangereux, les fleurs; vous rappelez-vous qu��tant enfant, je m�avisai, � Taverney, d�entourer mon lit d�une bordure de lilas coup�s dans la haie? C��tait joli comme un reposoir, disions-nous tous deux; mais, le lendemain, je ne me r�veillai pas, vous le savez; le lendemain, tout le monde me crut mort, except� vous, qui ne voul�tes jamais comprendre que je vous eusse quitt�e ainsi sans vous dire adieu, et ce fut vous seule, pauvre Andr�e � vous aviez six ans � peine � cette �poque �, et ce fut vous seule qui me f�tes revenir � force de baisers et de larmes.
� Et d�air, Philippe, car c�est de l�air qu�il faut en pareille occurrence; l�air semble toujours me manquer, � moi.
� Ah! ma s�ur, ma s�ur, vous ne vous �tes plus souvenue de cela, vous aurez fait apporter des fleurs dans votre chambre.
� Non, Philippe, non, en v�rit�, il y a plus de quinze jours qu�il n�y est entr� une p�querette! Chose �trange! moi qui aimais tant les fleurs, je les ai prises en ex�cration. Mais laissons l� les fleurs. Donc, j�ai eu la migraine; mademoiselle de Taverney a eu la migraine, cher Philippe, et comme c�est une heureuse personne que cette demoiselle de Taverney!� car, pour cette migraine, qui a amen� un �vanouissement, elle a int�ress� � son sort la cour et la ville.
� Comment cela?
� Sans doute: madame la dauphine a eu la bont� de me venir voir� Oh! Philippe, quelle charmante protectrice, quelle d�licate amie que madame la dauphine; elle m�a soign�e, dorlot�e, amen� son premier m�decin, et, quand ce grave personnage, dont les arr�ts sont infaillibles, m�a eu palp� le pouls, et regard� les yeux et la langue, savez-vous le dernier bonheur que j�ai eu?
� Non.
� Eh bien, il s�est trouv� purement et simplement que je n��tais pas malade le moins du monde, que le docteur Louis n�a pas trouv� une seule potion � m�ordonner, une seule pilule � me prescrire, lui qui abat chaque jour des bras et des jambes � faire fr�mir, � ce qu�on dit; donc, Philippe, vous le voyez, je me porte � merveille. Maintenant, dites-moi qui vous a effray�?
� C�est ce petit niais de Gilbert, pardieu!
� Gilbert? dit Andr�e avec un mouvement visible d�impatience.
� Oui, il m�a dit que vous �tiez fort malade.
� Et vous avez cru ce petit idiot, ce fain�ant qui n�est bon qu�� faire le mal ou � le dire?
� Andr�e, Andr�e!
� Eh bien?
� Vous p�lissez encore.
� Non, mais c�est que ce Gilbert m�agace; ce n�est pas assez de le rencontrer sur mon chemin, il faut que j�entende encore parler de lui quand il n�est pas l�.
� Allons, vous allez encore vous �vanouir.
� Oh! oui, oui, mon Dieu!� Mais c�est qu�aussi�
Et les l�vres d�Andr�e bl�mirent et sa voix s�arr�ta.
� Voil� qui est �trange! murmura Philippe.
Andr�e fit un effort.
� Non, ce n�est rien, dit-elle; ne faites point attention � toutes ces bluettes et � toutes ces vapeurs; me voil� sur mes pieds, Philippe; tenez, si vous m�en croyez, nous irons faire un tour ensemble et, dans dix minutes, je serai gu�rie.
� Je crois que vous vous abusez sur vos propres forces, Andr�e.
� Non; Philippe revenu serait la sant� au cas o� je serais mourante; voulez-vous que nous sortions, Philippe?
� Tout � l�heure, ch�re Andr�e, dit Philippe en arr�tant doucement sa s�ur; vous ne m�avez pas encore rassur� compl�tement, laissez-vous remettre.
� Soit.
Andr�e se laissa retomber sur le sofa, entra�nant aupr�s d�elle Philippe, qu�elle tenait par la main.
� Et pourquoi, continua-t-elle, vous voit-on ainsi tout � coup sans nouvelles de vous?
� Mais, r�pondez-moi, ch�re Andr�e, pourquoi vous-m�me avez-vous cess� de m��crire?
� Oui, c�est vrai; mais depuis quelques jours seulement.
� Depuis pr�s de quinze jours, Andr�e.
Andr�e baissa la t�te.
� N�gligente! dit Philippe avec un doux reproche.
� Non, mais souffrante, Philippe. Tenez, vous avez raison, mon malaise remonte au jour o� vous avez cess� de recevoir des nouvelles de moi: depuis ce jour, les choses les plus ch�res m�ont �t� une fatigue, un d�go�t.
� Enfin, je suis fort content, au milieu de tout cela, du mot que vous avez dit tout � l�heure.
� Quel mot ai-je dit?
� Vous avez dit que vous �tiez bien heureuse; tant mieux, car, si l�on vous aime ici et si l�on y pense bien � vous, il n�en est pas de m�me pour moi.
� Pour vous?
� Oui, pour moi, qui �tais compl�tement oubli� l�-bas, m�me par ma s�ur.
� Oh! Philippe!
� Croiriez-vous, ma ch�re Andr�e, que, depuis mon d�part, que l�on m�avait dit si press�, je n�ai eu aucune nouvelle de ce pr�tendu r�giment dont on m�envoyait prendre possession, et que le roi m�avait fait promettre par M. de Richelieu, par mon p�re m�me?
� Oh! cela ne m��tonne pas, dit Andr�e.
� Comment, cela ne vous �tonne pas?
� Non. Si vous saviez, Philippe. M. de Richelieu et mon p�re sont tout boulevers�s, ils semblent deux corps sans �me. Je ne comprends rien � la vie de tous ces gens-l�. Le matin, mon p�re s�en va courir apr�s son vieil ami, comme il l�appelle; il le pousse � Versailles, chez le roi; puis il revient l�attendre ici, o� il passe son temps � me faire des questions que je ne comprends pas. La journ�e s��coule; pas de nouvelles. Alors M. de Taverney entre dans ses grandes col�res. Le duc le fait aller, dit-il, le duc trahit. Qui le duc trahit-il? Je vous le demande; car, moi, je n�en sais rien, et je vous avoue que je tiens peu � le savoir. M. de Taverney vit ainsi comme un damn� dans le purgatoire, attendant toujours quelque chose qu�on n�apporte pas, quelqu�un qui ne vient jamais.
� Mais le roi, Andr�e, le roi?
� Comment, le roi?
� Oui, le roi, si bien dispos� pour nous.
Andr�e regarda timidement autour d�elle.
� Quoi?
� �coutez! le roi � parlons bas � je crois le roi tr�s capricieux, Philippe. Sa Majest� m�avait d�abord, comme vous savez, t�moign� beaucoup d�int�r�t, comme � vous, comme � notre p�re, comme � la famille; mais tout � coup cet int�r�t s�est refroidi sans que je puisse deviner ni pourquoi ni comment. Le fait est que Sa Majest� ne me regarde plus, me tourne le dos m�me, et qu�hier encore, quand je me suis �vanouie dans le parterre�
� Ah! voyez-vous, Gilbert avait raison; vous vous �tes donc �vanouie, Andr�e?
� Ce mis�rable petit M. Gilbert avait, en v�rit�, bien besoin de vous dire cela, de le dire � tout le monde, peut-�tre! Que lui importe, que je m��vanouisse, oui ou non? Je sais bien, cher Philippe, ajouta Andr�e en riant, qu�il n�est pas convenable de s��vanouir dans une maison royale; mais, enfin, on ne s��vanouit pas par plaisir et je ne l�ai point fait expr�s.
� Mais qui vous en bl�me, ch�re s�ur?
� Eh! mais, le roi.
� Le roi?
� Oui; Sa Majest� d�bouchait du grand Trianon par le verger, juste au moment fatal. J��tais toute sotte et toute stupide �tendue sur un banc, dans les bras de ce bon M. de Jussieu, qui me secourait de son mieux, lorsque le roi m�a aper�ue. Vous le savez, Philippe, l��vanouissement n��te point toute perception, toute conscience de ce qui se passe autour de nous. Eh bien, lorsque le roi m�a aper�ue, si insensible que je fusse en apparence, j�ai cru remarquer un froncement de sourcils, un regard de col�re et quelques paroles fort d�sobligeantes que le roi grommelait entre ses dents; puis Sa Majest� s�est sauv�e, fort scandalis�e, je suppose, que je me sois permis de me trouver mal dans ses jardins. En v�rit�, cher Philippe, ce n��tait cependant point ma faute.
� Pauvre ch�re, dit Philippe en serrant affectueusement les mains de la jeune fille, je le crois bien que ce n��tait point ta faute; ensuite, ensuite?