Joseph Balsamo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #4
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome IV». Краткое содержание книги:
� Seule en ce moment, oui, monsieur, selon toute probabilit�; car, depuis la fuite de mademoiselle Nicole�
� Comment! Nicole a fui?
� Oui, monsieur, avec son amant.
� Avec son amant?
� Du moins � ce que je pr�sume, dit Gilbert, qui vit qu�il s��tait trop avanc�. On disait cela aux communs.
� Mais, en v�rit�, Gilbert, dit Philippe de plus en plus inquiet, je n�y comprends rien. Il faut t�arracher les paroles. Sois donc un peu plus aimable. Tu as de l�esprit, tu ne manques pas de distinction naturelle; voyons, ne g�te pas ces bonnes qualit�s par une sauvagerie affect�e, par une brusquerie qui ne va pas � ta condition, qui n�irait � aucune.
� Mais c�est que je ne sais pas tout ce que vous me demandez, vous, monsieur, et que, si vous y r�fl�chissez, vous verrez que je ne puis le savoir. Je travaille toute la journ�e dans les jardins, et ce qu�on fait au ch�teau, dame! je l�ignore.
� Gilbert, Gilbert, j�aurais cru cependant que tu avais des yeux.
� Moi?
� Oui, et que tu t�int�ressais � ceux qui portent mon nom; car enfin, si mauvaise qu�ait �t� l�hospitalit� de Taverney, tu l�as eue.
� Aussi, monsieur Philippe, je m�int�resse beaucoup � vous, dit Gilbert d�un son de voix strident et rauque, car la mansu�tude de Philippe et un autre sentiment que celui-ci ne pouvait deviner avaient amolli ce c�ur farouche; oui, je vous aime, vous; voil� pourquoi je vous dirai que mademoiselle votre s�ur est bien malade.
� Bien malade! ma s�ur! s��cria Philippe avec explosion; bien malade, ma s�ur! bien malade! et tu ne me dis pas cela tout de suite!
Et aussit�t, quittant le pas mesur� pour prendre le pas de course:
� Qu�a-t-elle, mon Dieu? demanda-t-il.
� Dame! dit Gilbert, on ne sait.
� Mais enfin?
� Seulement, elle s�est �vanouie trois fois aujourd�hui en plein parterre, et m�me, � l�heure qu�il est, le m�decin de madame la dauphine l�a d�j� visit�e, M. le baron aussi.
Philippe n�en entendit pas davantage; ses pressentiments s��taient r�alis�s et, en face du danger r�el, il avait retrouv� tout son courage.
Il laissa son cheval aux mains de Gilbert, et courut � toutes jambes vers le b�timent des communs.
Quant � Gilbert, demeur� seul, il conduisit pr�cipitamment le cheval aux �curies, et s�enfuit comme ces oiseaux sauvages ou malfaisants qui ne veulent jamais rester � la port�e de l�homme.
Chapitre 141. Le fr�re et la s�ur
Philippe trouva sa s�ur couch�e sur le petit sofa dont nous avons d�j� eu occasion de parler.
En entrant dans l�antichambre, le jeune homme remarqua qu�Andr�e avait soigneusement �cart� toutes les fleurs, elle qui les aimait tant; car, depuis son malaise, le parfum des fleurs lui causait des douleurs insupportables, et elle rapportait � cette irritation des fibres c�r�brales toutes les indispositions qui s��taient succ�d� depuis quinze jours.
Au moment o� Philippe entra, Andr�e r�vait; son beau front charg� d�un nuage penchait lourdement, et ses yeux vacillaient dans leurs orbites douloureuses. Elle avait les mains pendantes et, quoique dans cette situation le sang e�t d� y descendre, ses mains �taient blanches comme celles d�une statue de cire.
Son immobilit� �tait telle, qu�elle ne vivait point en apparence, et que, pour bien se convaincre qu�elle n��tait pas morte, il fallait l�entendre respirer.
Philippe avait toujours �t� d�un pas plus rapide depuis le moment o� Gilbert lui avait dit que sa s�ur �tait malade, de sorte qu�il �tait arriv� tout haletant au bas de l�escalier; mais, l�, il avait fait une halte, la raison �tait revenue, et il avait mont� les degr�s d�un pas plus calme, en sorte qu�au seuil de la chambre, il ne faisait plus que poser le pied sans bruit et sans mouvement comme s�il e�t �t� un sylphe.
Il voulait se rendre compte par lui-m�me, avec cette sollicitude particuli�re aux gens qui aiment, de la maladie par les sympt�mes; il savait Andr�e si tendre et si bonne que, aussit�t apr�s l�avoir vu et entendu, elle composerait son geste et son maintien pour ne pas l�alarmer.
Il entra donc en poussant si doucement la porte vitr�e, qu�Andr�e ne l�entendit pas, de sorte qu�il fut au milieu de la chambre avant qu�elle se dout�t de rien.
Philippe eut donc le temps de la regarder, de voir cette p�leur, cette immobilit�, cette atonie; il surprit l�expression �trange de ces yeux qui s�ab�maient dans le vide et, plus alarm� qu�il ne croyait lui-m�me pouvoir l��tre, il prit tout de suite cette id�e que le moral entrait pour une notable part dans les souffrances de sa s�ur.
� cet aspect qui faisait courir un frisson dans son c�ur, Philippe ne put retenir un mouvement d�effroi.
Andr�e leva les yeux et, poussant un grand cri, elle se dressa comme une morte qui ressuscite; et, toute haletante � son tour, elle courut se pendre au cou de son fr�re.
� Vous, vous, Philippe! dit-elle.
Et la force l�abandonna avant qu�elle p�t en dire davantage.
D�ailleurs, que pouvait-elle dire autre chose, puisqu�elle ne pensait que cela?
� Oui, oui, moi, r�pondit Philippe en l�embrassant et en la soutenant, car il la sentait fl�chir entre ses bras, moi qui reviens et qui vous trouve malade! Ah! pauvre s�ur, qu�as-tu donc?
Andr�e se mit � rire d�un rire nerveux qui fit mal � Philippe, bien loin de le rassurer, comme la malade l�aurait voulu.
� Ce que j�ai, demandez-vous? ai-je donc l�air malade, Philippe?
� Oh! oui, Andr�e, vous �tes toute p�le et toute tremblante.
� Mais o� donc avez-vous vu cela, mon fr�re? Je ne suis pas m�me indispos�e; qui donc vous a si mal renseign�, mon Dieu? Qui donc a eu la sottise de vous alarmer? Mais, en v�rit�, je ne sais ce que vous voulez dire et je me porte � merveille, sauf quelques l�gers �blouissements qui passeront comme ils sont venus.
� Oh! mais vous �tes si p�le, Andr�e�
� Ai-je donc ordinairement beaucoup de couleurs?
� Non; mais vous vivez au moins, tandis qu�aujourd�hui�
� Ce n�est rien.
� Tenez, tenez, vos mains, qui �taient br�lantes tout � l�heure, sont froides maintenant comme la glace.
� C�est tout simple, Philippe, quand je vous ai vu entrer�
� Eh bien?�
� J�ai �prouv� une vive sensation de joie, et le sang s�est port� au c�ur, voil� tout.
� Mais vous chancelez, Andr�e, vous vous retenez apr�s moi.
� Non, je vous embrasse, voil� tout; ne voulez-vous point que je vous embrasse, Philippe?
� Oh! ch�re Andr�e!
Et il serra la jeune fille sur son c�ur.
Au m�me instant, Andr�e sentit ses forces l�abandonner de nouveau; vainement elle essaya de se retenir au cou de son fr�re, sa main glissa raide et presque morte, et elle retomba sur le sofa, plus blanche que les rideaux de mousseline sur lesquels se profilait sa charmante figure.
� Voyez-vous, voyez-vous que vous me trompiez! cria Philippe. Ah! ch�re s�ur, vous souffrez, vous vous trouvez mal.
� Le flacon! le flacon! murmura Andr�e en contraignant l�expression de son visage � un sourire qui l�accompagnait jusque dans la mort.
Et son �il d�faillant, et sa main soulev�e avec peine, indiquaient � Philippe un flacon plac� sur le petit chiffonnier pr�s de la fen�tre.
Philippe se pr�cipita vers le meuble, les yeux toujours fix�s vers sa s�ur, qu�il quittait � regret.
Puis, ouvrant la fen�tre, il revint placer le flacon sous les narines crisp�es de la jeune fille.
� L�, l�, fit-elle en respirant � longs traits l�air et la vie, vous voyez que me voil� ressuscit�e; allons, me croyez-vous bien malade? Parlez.
Mais Philippe ne songeait pas m�me � r�pondre; il regardait sa s�ur.
Andr�e se remit peu � peu, se redressa sur le sofa, prit entre ses mains moites la main tremblante de Philippe, et son regard s�adoucissant, le sang remontant � ses joues, elle parut plus belle qu�elle n�avait jamais �t�.
� Ah! mon Dieu! dit-elle, vous le voyez bien, Philippe, c�est fini, et je gage que, sans la surprise que vous m�avez faite � si bonne intention, les spasmes n�eussent point reparu, et que j��tais gu�rie; mais arriver ainsi devant moi, vous comprenez, Philippe, devant moi qui vous aime tant� vous, vous qui �tes le mobile, l��v�nement de ma vie, mais ce serait vouloir me tuer, m�me si je me portais bien.