Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Le cardinal se rapprocha encore.
� De quelle lettre voulez-vous parler? dit-il.
� Oh! vous le savez bien.
� Dites toujours.
� Eh bien, d�une lettre que vous �criv�tes de Vienne � Paris, � l�effet de faire manquer le mariage du dauphin.
Le pr�lat laissa �chapper un mouvement d�effroi.
� Cette lettre�? balbutia-t-il.
� Je la sais par c�ur.
� C�est une trahison de M. de Breteuil, alors?
� Pourquoi cela?
� Parce que, lorsque le mariage fut d�cid�, je la lui redemandai.
� Et il vous dit?�
� Qu�elle �tait br�l�e.
� C�est qu�il n�osa vous dire qu�elle �tait perdue.
� Perdue?
� Oui� Or, une lettre perdue, vous comprenez, il se peut qu�on la retrouve.
� Si bien que cette lettre que j�ai �crite � M. de Breteuil?�
� Oui.
� Qu�il m�a dit avoir br�l�e?�
� Oui.
� Et qu�il avait perdue?�
� Je l�ai retrouv�e. Oh! mon Dieu! par hasard, en passant dans la cour de marbre � Versailles.
� Et vous ne l�avez pas fait remettre � M. de Breteuil?
� Je m�en serais bien gard�.
� Pourquoi cela?
� Parce que, en ma qualit� de sorcier, je savais que Votre �minence, � qui je veux tant de bien, moi, me voulait mal de mort. Alors vous comprenez: un homme d�sarm� qui sait qu�en traversant un bois il va �tre attaqu�, et qui trouve un pistolet tout charg� sur la lisi�re de ce bois�
� Eh bien?
� Eh bien, cet homme est un sot s�il se dessaisit de ce pistolet.
Le cardinal eut un �blouissement et s�appuya sur le rebord de la fen�tre.
Mais, apr�s un instant d�h�sitation, dont le comte d�vorait les variations sur son visage:
� Soit, dit-il. Mais il ne sera pas dit qu�un prince de ma maison aura pli� devant la menace d�un charlatan. Cette lettre e�t-elle �t� perdue, l�eussiez-vous trouv�e, d�t-elle �tre montr�e � madame la dauphine elle-m�me; cette lettre d�t-elle me perdre comme homme politique, je soutiendrai mon r�le de sujet loyal, de fid�le ambassadeur. Je dirai ce qui est vrai, c�est-�-dire que je trouvais cette alliance nuisible aux int�r�ts de mon pays, et mon pays me d�fendra ou me plaindra.
� Et si quelqu�un, dit le comte, se trouve l�, qui dise que l�ambassadeur, jeune, beau, galant, ne doutant de rien, vu son nom de Rohan et son titre de prince, ne disait point cela parce qu�il croyait l�alliance autrichienne nuisible aux int�r�ts de la France, mais parce que, gracieusement re�u d�abord par l�archiduchesse Marie-Antoinette, cet orgueilleux ambassadeur avait eu la vanit� de voir dans cette affabilit� quelque chose de plus que� de l�affabilit�, que r�pondra le fid�le sujet, le loyal ambassadeur?
� Il niera, monsieur, car de ce sentiment que vous pr�tendez avoir exist�, il ne reste aucune preuve.
� Ah! si fait, monsieur, vous vous trompez: il reste la froideur de madame la dauphine pour vous.
Le cardinal h�sita.
� Tenez, mon prince, dit le comte, croyez-moi, au lieu de nous brouiller, comme ce serait d�j� fait si je n�avais plus de prudence que vous, restons bons amis.
� Bons amis?
� Pourquoi pas? Les bons amis sont ceux qui nous rendent des services.
� En ai-je jamais r�clam� de vous?
� C�est le tort que vous avez eu; car depuis deux jours que vous �tes � Paris�
� Moi?
� Oui, vous. Eh! mon Dieu, pourquoi vouloir me cacher cela, � moi qui suis sorcier? Vous avez quitt� la princesse � Soissons, vous �tes venu en poste � Paris par Villers-Cotter�ts et Dammartin, c�est-�-dire par la route la plus courte, et vous �tes venu demander � vos bons amis de Paris des services qu�ils vous ont refus�s. Apr�s lesquels refus, vous �tes reparti en poste pour Compi�gne, et cela d�sesp�r�.
Le cardinal semblait an�anti.
� Et quel genre de services pouvais-je donc attendre de vous, demanda-t-il, si je m��tais adress� � vous?
� Les services qu�on demande � un homme qui fait de l�or.
� Et que m�importe que vous fassiez de l�or?
� Peste! quand on a cinq cent mille francs � payer dans les quarante-huit heures� Est-ce bien cinq cent mille francs? Dites.
� Oui, c�est bien cela.
� Vous demandez � quoi importe d�avoir un ami qui fait de l�or? Cela importe que les cinq cent mille francs qu�on n�a pu trouver chez personne, on les trouvera chez lui.
� Et o� cela? demanda le cardinal.
� Rue Saint-Claude, au Marais.
� � quoi reconna�trai-je la maison?
� � une t�te de griffon en bronze qui sert de marteau � la porte.
� Quand pourrai-je m�y pr�senter?
� Apr�s-demain, monseigneur, vers six heures du soir, s�il vous pla�t, et ensuite�
� Ensuite?
� Toutes et quantes fois il vous fera plaisir d�y venir. Mais, tenez, notre conversation finit � temps, voici la princesse qui a termin� sa pri�re.
Le cardinal �tait vaincu; il n�essaya point de r�sister plus longtemps, et, s�approchant de la princesse:
� Madame, dit-il, je suis forc� d�avouer que M. le comte de F�nix a parfaitement raison, que l�acte dont il est porteur est on ne peut plus valable, et qu�enfin les explications qu�il m�a donn�es m�ont compl�tement satisfait.
Le comte s�inclina.
� Qu�ordonne Votre Altesse royale? demanda-t-il.
� Un dernier mot � cette jeune femme.
Le comte s�inclina une seconde fois en signe d�assentiment.
� C�est de votre propre et enti�re volont� que vous voulez quitter le couvent de Saint-Denis, o� vous �tiez venue me demander un refuge?
� Son Altesse, reprit vivement Balsamo, demande si c�est de votre propre et enti�re volont� que vous voulez quitter le couvent de Saint-Denis o� vous �tiez venue demander un asile? R�pondez, Lorenza.
� Oui, dit la jeune femme, c�est de ma propre volont�.
� Et cela pour suivre votre mari, le comte de F�nix?
� Et cela pour me suivre? r�p�ta le comte.
� Oh! oui, dit la jeune femme.
� En ce cas, dit la princesse, je ne vous retiens ni l�un ni l�autre, car ce serait faire violence aux sentiments. Mais, s�il y a quelque chose dans tout ceci qui sorte de l�ordre naturel des choses, que la punition du Seigneur retombe sur celui qui, � son profit ou dans ses int�r�ts, aura troubl� l�harmonie de la nature� Allez, monsieur le comte de F�nix; allez, Lorenza Feliciani, je ne vous retiens plus� Seulement, reprenez vos bijoux.
� Ils sont aux pauvres, Madame, dit le comte de F�nix; et, distribu�e par vos mains, l�aum�ne sera deux fois agr�able � Dieu. Je ne redemande que mon cheval Dj�rid.
� Vous pouvez le r�clamer en passant, monsieur. Allez!
Le comte s�inclina devant la princesse et pr�senta son bras � Lorenza, qui vint s�y appuyer et qui sortit avec lui sans prononcer une parole.
� Ah! monsieur le cardinal, dit la princesse en secouant tristement la t�te, il y a des choses incompr�hensibles et fatales dans l�air que nous respirons.
Chapitre 53. Le retour de Saint-Denis
En s��loignant de Philippe, Gilbert, comme nous l�avons dit, �tait rentr� dans la foule.
Mais cette fois ce n��tait plus le c�ur bondissant d�attente et de joie qu�il se jetait dans le flot bruissant, c��tait l��me ulc�r�e par une douleur que le bon accueil de Philippe et ses obligeantes offres de service n�avaient pu adoucir.
Andr�e ne se doutait pas qu�elle e�t �t� cruelle pour Gilbert. La belle et sereine jeune fille ignorait compl�tement qu�il p�t y avoir entre elle et le fils de sa nourrice aucun point de contact, ni pour la douleur ni pour la joie. Elle passait au-dessus des sph�res inf�rieures, jetant sur elles son ombre ou sa lumi�re, selon qu�elle �tait elle-m�me souriante ou sombre. Cette fois, l�ombre de son d�dain avait glac� Gilbert; et comme elle n�avait fait que suivre l�impulsion de sa propre nature, elle ignorait elle-m�me qu�elle avait �t� d�daigneuse.
Mais Gilbert, comme un athl�te d�sarm�, avait tout re�u en plein c�ur, regards de m�pris et paroles superbes; et Gilbert n�avait pas encore assez de philosophie pour ne pas se donner, tout saignant comme il l��tait, la consolation du d�sespoir.
Aussi, � partir du moment o� il fut rentr� dans la foule, ne s�inqui�ta-t-il plus ni des chevaux, ni des hommes. Rassemblant ses forces, au risque de s��garer ou de se faire broyer, il s��lan�a comme un sanglier bless� � travers la multitude et se fit ouvrir un passage.