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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Minuit sonna.

Au premier coup, il me sembla que tout mon corps tait secou par un mouvement convulsif pareil celui que javais lhabitude dprouver quand Acharat sapprochait de moi; puis jprouvai une commotion au cur; puis je le vis apparatre la porte de la chapelle.

Est-ce de leffroi que vous prouvtes alors? demanda le comte de Fnix.

Non, non, ce ft du bonheur, ce fut de la joie, ce fut de lextase, car je comprenais quil venait marracher cette mort dsespre que je redoutais tant. Il marcha lentement vers mon cercueil, me regarda un instant avec un sourire plein de tristesse, puis il me dit:

Lve-toi et marche.

Les liens qui retenaient mon corps tendu se rompirent aussitt; cette voix puissante, je me levai, et je mis un pied hors de mon cercueil.

Es-tu heureuse de vivre? me demanda-t-il.

Oh! oui, rpondis-je.

Eh bien, alors suis-moi.

Linfirmire, habitue au funbre office quelle remplissait prs de moi, aprs lavoir rempli prs de tant dautres surs, dormait sur sa chaise. Je passai prs delle sans lveiller, et je suivis celui qui, pour la seconde fois, marrachait la mort.

Nous arrivmes dans la cour. Je revis ce ciel tout parsem dtoiles brillantes que je nesprais plus revoir. Je sentis cet air frais de la nuit que les morts ne sentent plus, mais qui est si doux aux vivants.

Maintenant, me demanda-t-il, avant de quitter ce couvent, choisissez entre Dieu et moi. Voulez-vous tre religieuse? Voulez-vous me suivre?

Je veux vous suivre, rpondis-je.

Alors, venez, dit-il une seconde fois.

Nous arrivmes la porte du tour; elle tait ferme.

O sont les clefs? me demanda-t-il.

Dans les poches de la sur tourire.

Et o sont ces poches?

Sur une chaise, prs de son lit.

Entrez chez elle sans bruit, prenez les clefs, choisissez celle de la porte, et apportez-la-moi.

Jobis. La porte de la loge ntait point ferme en dedans. Jentrai. Jallai droit la chaise. Je fouillai dans les poches; je trouvai les clefs; parmi le trousseau, je trouvai celle du tour et je lapportai.

Cinq minutes aprs, le tour souvrait et nous tions dans la rue.

Alors je pris son bras et nous courmes vers lextrmit du village de Subiaco. cent pas de la dernire maison, une chaise de poste attendait toute attele. Nous montmes dedans, et elle partit au galop.

Et aucune violence ne vous fut faite? aucune menace ne fut profre? vous suivtes cet homme volontairement?

Lorenza resta muette.

Son Altesse royale vous demande, Lorenza, si par quelque menace ou quelque violence je vous forai de me suivre?

Non.

Et pourquoi le suivtes-vous?

Dites, pourquoi mavez-vous suivi?

Parce que je vous aimais, dit Lorenza.

Le comte de Fnix se retourna vers la princesse avec un sourire triomphant.

Chapitre 52. Son minence le cardinal de Rohan

Ce qui se passait sous les yeux de la princesse tait tellement extraordinaire, quelle se demandait, elle, lesprit fort et tendre la fois, si lhomme quelle avait devant les yeux ntait pas vritablement un magicien disposant des curs et des esprits sa volont.

Mais le comte de Fnix ne voulut point sen tenir l.

Ce nest pas tout, Madame, dit-il, et Votre Altesse na entendu de la bouche mme de Lorenza quune partie de notre histoire; elle pourrait donc conserver des doutes si, de sa bouche encore, elle nentendait le reste.

Alors, se retournant vers la jeune femme:

Vous souvient-il, chre Lorenza, dit-il, de la suite de notre voyage, et que nous avons visit ensemble Milan, le lac Majeur, lOberland, le Righi et le Rhin magnifique, qui est le Tibre du Nord?

Oui, dit la jeune femme avec son mme accent monotone, oui, Lorenza a vu tout cela.

Entrane par cet homme, nest-ce pas, mon enfant? cdant une force irrsistible dont vous ne vous rendiez pas compte vous-mme? demanda la princesse.

Pourquoi croire cela, Madame, quand loin de l, tout ce que Votre Altesse vient dentendre lui prouve le contraire? Eh! dailleurs, tenez, sil vous faut une preuve plus palpable encore, un tmoin matriel, voici une lettre de Lorenza elle-mme. Javais t oblig de la laisser malgr moi, seule Mayence; eh bien, elle me regrettait, elle me dsirait, car, en mon absence, elle mcrivait ce billet que Votre Altesse peut lire.

Le comte tira une lettre de son portefeuille et la remit la princesse.

La princesse lut:

Reviens, Acharat; tout me manque quand tu me quittes. Mon Dieu! quand donc serai-je toi pour lternit?

Lorenza

La princesse se leva, la flamme de la colre au front, et sapprocha de Lorenza le billet la main.

Celle-ci la laissa sapprocher sans la voir, sans lentendre: elle semblait ne voir et nentendre que le comte.

Je comprends, dit vivement celui-ci, qui paraissait dcid se faire jusquau bout linterprte de la jeune femme. Votre Altesse doute et veut savoir si le billet est bien delle. Soit: Votre Altesse sera claircie par elle mme. Lorenza, rpondez: qui a crit ce billet?

Il prit le billet, le mit dans la main de sa femme, qui appliqua aussitt cette main sur son cur.

Cest Lorenza, dit-elle.

Et Lorenza sait-elle ce quil y a dans cette lettre?

Sans doute.

Eh bien, dites la princesse ce quil y a dans cette lettre, afin quelle ne croie pas que je la trompe quand je lui dis que vous maimez. Dites-lui. Je le veux.

Lorenza parut faire un effort; mais, sans dplier le billet, sans le porter ses yeux, elle lut:

Reviens, Acharat; tout me manque quand tu me quittes. Mon Dieu! quand donc serai-je toi pour lternit?

Lorenza

Cest ne pas croire, dit la princesse, et je ne vous crois pas, car il y a dans tout ceci quelque chose dinexplicable, de surnaturel.

Ce fut cette lettre, continua le comte de Fnix, comme sil net point entendu Madame Louise, ce fut cette lettre qui me dtermina presser notre union. Jaimais Lorenza autant quelle maimait. Notre position tait fausse. Dailleurs, dans cette vie aventureuse que je mne, un malheur pouvait arriver: je pouvais mourir, et si je mourais, je voulais que tous mes biens appartinssent Lorenza: aussi, en arrivant Strasbourg, nous nous marimes.

Vous vous marites?

Oui.

Impossible!

Pourquoi cela, Madame? dit en souriant le comte, et quy avait-il dimpossible, je vous le demande, ce que le comte de Fnix poust Lorenza Feliciani?

Mais elle ma dit elle-mme quelle ntait point votre femme.

Le comte, sans rpondre la princesse, se retourna vers Lorenza:

Vous rappelez-vous quel jour nous nous marimes? lui demanda-t-il.

Oui, rpondit-elle, ce fut le 3 de mai!

O cela?

Strasbourg.

Dans quelle glise?

Dans la cathdrale mme, la chapelle Saint-Jean.

Oppostes-vous quelque rsistance cette union?

Non; jtais trop heureuse.

Cest que, vois-tu, Lorenza, continua le comte, la princesse croit quon ta fait violence. On lui a dit que tu me hassais.

Et, en disant ces paroles, le comte prit la main de Lorenza.

Le corps de la jeune femme frissonna tout entier de bonheur.

Moi, dit-elle, te har? Oh! non; je taime. Tu es bon, tu es gnreux, tu es puissant!

Et depuis que tu es ma femme, dis, Lorenza, ai-je jamais abus de mes droits dpoux?

Non, tu mas respecte comme ta fille, et je suis ton amie pure et sans tache.

Le comte se retourna vers la princesse, comme pour lui dire: Vous entendez?

Saisie dpouvante, Madame Louise avait recul jusquaux pieds du Christ divoire appliqu sur un fond de velours noir au mur du cabinet.

Est-ce l tout ce que Votre Altesse dsire savoir? dit le comte en laissant retomber la main de Lorenza.

Monsieur, monsieur, scria la princesse, ne mapprochez pas, ni elle non plus.

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