Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
�Rue Pl�tri�re.�
Ainsi Andr�e �tait � cent pas de lui, moins loin qu�il n�y avait, � Taverney, de sa petite chambre pr�s de la grille au ch�teau.
Alors, il regagna sa porte, esp�rant que le bienheureux bout de ficelle qui soulevait le loquet int�rieur ne serait point tir� en dedans.
Gilbert �tait dans son jour de chance. Il en passait quelques fils; � l�aide de ces fils, il attira le tout � lui: la porte c�da.
Le jeune homme trouva l�escalier � t�tons, monta marche � marche, sans faire de bruit, et finit par toucher des doigts le cadenas de sa chambre, auquel Rousseau, par complaisance, avait laiss� la clef.
Au bout de dix minutes, la fatigue l�avait emport� sur la pr�occupation, et Gilbert s�endormait dans l�impatience du lendemain.
Chapitre 54. Le pavillon
Rentr� tard, couch� vite, endormi lourdement, Gilbert avait oubli� de placer sur sa lucarne le lambeau de toile � l�aide duquel il interceptait la lumi�re du soleil levant.
Ce soleil, frappant sur ses yeux � cinq heures du matin, le r�veilla bient�t; il se leva, inquiet d�avoir trop dormi.
Gilbert, homme des champs, savait � merveille reconna�tre l�heure au gisement du soleil et � la couleur plus ou moins chaude de ses rayons. Il courut consulter son horloge.
La p�leur de la lumi�re, �clairant � peine le fa�te des hauts arbres, le rassura; au lieu de s��tre lev� trop tard, il s��tait lev� trop t�t.
Gilbert fit sa toilette � sa lucarne, songeant aux �v�nements de la veille, et exposa avec d�lices son front br�lant et alourdi � la brise fra�che du matin; puis il se souvint qu�Andr�e logeait dans une rue voisine, pr�s de l�h�tel d�Armenonville, et il chercha � deviner dans laquelle de toutes ces maisons logeait Andr�e.
La vue des ombrages qu�il dominait lui rappela une des paroles de la jeune fille qu�il avait entendues la veille.
�Y a-t-il des arbres?� avait demand� Andr�e � Philippe.
� Que n�avait-elle choisi le pavillon inhabit� du jardin, se disait Gilbert.
Cette r�flexion ramena naturellement le jeune homme � s�occuper de ce pavillon.
Par une co�ncidence �trange avec sa pens�e, un bruit et un mouvement inaccoutum�s appelaient d�ailleurs son regard de ce c�t�; une des fen�tres de ce pavillon, fen�tre qui semblait depuis si longtemps condamn�e, s��branlait sous une main maladroite ou faible; le bois c�dait par en haut; mais, attach� sans doute par l�humidit� au rebord de la crois�e, il r�sistait en refusant de se d�velopper au dehors.
Enfin une secousse plus violente fit crier le ch�ne, et les deux battants, brusquement chass�s, laiss�rent entrevoir une jeune fille, toute rouge encore des efforts qu�elle venait de faire, et secouant ses mains poudreuses.
Gilbert jeta un cri d��tonnement et se retira en arri�re. Cette jeune fille, toute bouffie encore de sommeil, et qui se d�tirait au grand air, c��tait mademoiselle Nicole.
Il n�y avait pas un doute � conserver. La veille, Philippe avait annonc� � son p�re et � sa s�ur que La Brie et Nicole pr�paraient leur logement. Ce pavillon �tait donc le logement pr�par�. Cette maison de la rue Coq-H�ron, o� s��taient engouffr�s les voyageurs, avait donc ses jardins contigus au derri�re de la rue Pl�tri�re.
Le mouvement de Gilbert avait �t� si accentu�, que, si Nicole, assez �loign�e du reste, n�e�t pas �t� si occup�e de cette contemplation oisive qui devient un bonheur au moment du r�veil, elle e�t vu notre philosophe au moment o� il se retirait de sa lucarne.
Mais Gilbert s��tait retir� d�autant plus rapidement, qu�il ne se f�t pas arrang� d��tre d�couvert par Nicole � la lucarne d�un toit; peut-�tre s�il e�t habit� un premier �tage, et si, par sa fen�tre ouverte, on e�t pu apercevoir derri�re lui de riches tapisseries et des meubles somptueux, Gilbert e�t-il moins craint de se faire voir, mais la mansarde du cinqui�me le classait encore trop bas dans les inf�riorit�s sociales pour qu�il ne m�t pas une grande attention � se d�rober. D�ailleurs, il y a toujours un grand avantage dans ce monde � voir sans �tre vu.
Puis, si Andr�e savait qu�il �tait l�, ne serait-ce pas suffisant ou pour faire d�m�nager Andr�e, ou pour qu�Andr�e ne se promen�t point dans le jardin?
H�las! l�orgueil de Gilbert le grandissait encore � ses propres yeux. Qu�importait Gilbert � Andr�e et en quoi Andr�e pouvait-elle remuer un pied pour s�approcher ou pour s��loigner de Gilbert? N��tait-elle pas de cette race de femmes qui sortent du bain devant un laquais ou un paysan, parce qu�un laquais ou un paysan ne sont point des hommes?
Mais Nicole, elle, n��tait point de cette race-l�, et il fallait �viter Nicole.
Voil� surtout pourquoi Gilbert s��tait retir� si brusquement.
Mais Gilbert ne pouvait s��tre retir� pour demeurer �loign� de la fen�tre; il se rapprocha donc doucement et hasarda son �il � l�angle de la lucarne.
Une seconde fen�tre venait de s�ouvrir, situ�e au rez-de-chauss�e, exactement au-dessous de la premi�re, et une forme blanche apparaissait � cette fen�tre: c��tait Andr�e qui venait de s��veiller, en peignoir du matin et occup�e � chercher sa mule, qui venait de s��chapper de son petit pied encore tout endormi et qui s��tait �gar�e sous une chaise.
Gilbert avait beau se jurer, chaque fois qu�il voyait Andr�e, de se faire un rempart de sa haine, au lieu de se laisser aller � son amour, le m�me effet �tait reproduit par la m�me cause; il fut oblig� de s�appuyer � la muraille, son c�ur battait comme s�il allait se rompre, et ses battements faisaient bouillonner le sang par tout son corps.
Cependant peu � peu les art�res du jeune homme se calm�rent, et il put r�fl�chir. Il s�agissait, comme nous l�avons dit de voir sans �tre vu. Il prit une des robes de Th�r�se, l�attacha avec une �pingle � une corde qui traversait sa fen�tre dans toute sa largeur, et, sous ce rideau improvis�, il put voir Andr�e sans crainte d�en �tre vu.
Andr�e imita Nicole; elle �tendit ses beaux bras blancs, qui, un instant, par leur extension, disjoignirent le peignoir; puis elle se pencha sur la rampe de sa fen�tre pour interroger plus � son aise les jardins environnants.
Alors son visage exprima une satisfaction marqu�e; elle qui souriait si rarement aux hommes, elle sourit sans arri�re-pens�e aux choses. De tous c�t�s elle �tait ombrag�e par de grands arbres, de tous c�t�s elle �tait entour�e de verdure.
La maison de Gilbert attira les regards d�Andr�e comme toutes les autres maisons qui faisaient ceinture au jardin. De la place o� �tait Andr�e, on ne pouvait en voir que les mansardes, de m�me que les mansardes seules aussi pouvaient voir chez Andr�e. Elle n�attira donc point son attention. Que pouvait importer � la fi�re jeune fille la race qui demeurait l�-haut?
Andr�e demeura donc convaincue, apr�s son examen, qu�elle �tait seule, invisible, et que sur les limites de cette tranquille retraite n�apparaissait aucun visage curieux ou jovial de ces Parisiens moqueurs, si redout�s des femmes de province.
Ce r�sultat fut imm�diat. Andr�e, laissant sa fen�tre toute grande ouverte, pour que l�air matinal p�t baigner jusqu�aux derniers recoins de sa chambre, alla vers sa chemin�e, tira le cordon d�une sonnette et commen�a de s�habiller, ou plut�t de se d�shabiller, dans la p�nombre de la chambre.
Nicole arriva, d�tacha les courroies d�un n�cessaire de chagrin qui datait de la reine Anne, prit le peigne d��caille et d�roula les cheveux d�Andr�e.
En un moment les longues tresses et les boucles touffues gliss�rent comme un manteau sur les �paules de la jeune fille.
Gilbert poussa un soupir �touff�. � peine s�il reconnaissait ces beaux cheveux d�Andr�e, que la mode et l��tiquette venaient de couvrir de poudre. Mais il reconnaissait Andr�e, Andr�e � moiti� d�v�tue, cent fois plus belle de sa n�gligence qu�elle ne l�e�t �t� des plus pompeux appr�ts. Sa bouche crisp�e n�avait plus de salive, ses doigts br�laient de fi�vre, son �il s��teignait � force de fixit�.
Le hasard fit que, tout en se faisant coiffer, Andr�e leva la t�te et que ses yeux se fix�rent sur la mansarde de Gilbert.
� Oui, oui, regarde, regarde, murmura Gilbert; tu auras beau regarder, tu ne verras rien, et moi je vois tout.