Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
En ce moment, on entendit le bruit d�un carrosse qui s�arr�tait � la porte de l�abbaye.
� Ah! s��cria la princesse, voil� le cardinal; nous allons savoir enfin � quoi nous en tenir.
Le comte de F�nix s�inclina, dit quelques mots � Lorenza et attendit avec le calme d�un homme qui aurait le don de diriger les �v�nements.
Un instant apr�s, la porte s�ouvrit et l�on annon�a Son �minence M. le cardinal de Rohan.
La princesse, rassur�e par la pr�sence d�un tiers, vint reprendre sa place sur son fauteuil en disant:
� Faites entrer.
Le cardinal entra. Mais il n�eut pas plut�t salu� la princesse, qu�apercevant Balsamo:
� Ah! c�est vous, monsieur! dit-il avec surprise.
� Vous connaissez monsieur? demanda la princesse de plus en plus �tonn�e.
� Oui, dit le cardinal.
� Alors, s��cria Madame Louise, vous allez nous dire qui il est?
� Rien de plus facile, dit le cardinaclass="underline" monsieur est sorcier.
� Sorcier! murmura la princesse.
� Pardon, Madame, dit le comte, Son �minence s�expliquera tout � l�heure, et � la satisfaction de tout le monde, je l�esp�re.
� Est-ce que monsieur aurait fait aussi quelque pr�diction � Son Altesse royale, que je la vois boulevers�e � ce point? demanda M. de Rohan.
� L�acte de mariage! L�acte, sur-le-champ! s��cria la princesse.
Le cardinal regardait �tonn�, car il ignorait ce que pouvait signifier cette exclamation.
� Le voici, dit le comte en le pr�sentant au cardinal.
� Qu�est-ce l�? demanda celui-ci.
� Monsieur, dit la princesse, il s�agit de savoir si cette signature est bonne et si cet acte est valide.
Le cardinal lut le papier que lui pr�sentait la princesse.
� Cet acte est un acte de mariage parfaitement en forme, et cette signature est celle de M. Remy, cur� de la chapelle Saint-Jean; mais qu�importe � Votre Altesse?
� Oh! il m�importe beaucoup, monsieur. Ainsi la signature�?
� Est bonne; mais rien ne me dit qu�elle n�ait pas �t� extorqu�e.
� Extorqu�e, n�est-ce pas? c�est possible, s��cria la princesse.
� Et le consentement de Lorenza aussi, n�est-ce pas? dit le comte avec une ironie qui s�adressait directement � la princesse.
� Mais par quels moyens, voyons, monsieur le cardinal, par quels moyens aurait-on pu extorquer cette signature? Dites, le savez-vous?
� Par ceux qui sont au pouvoir de monsieur par des moyens magiques.
� Magiques! Cardinal, mais est-ce bien vous?�
� Monsieur est sorcier; je l�ai dit et je ne m�en d�dis pas.
� Votre �minence veut plaisanter.
� Non pas, et la preuve, c�est que, devant vous, je veux avoir avec monsieur une s�rieuse explication.
� J�allais la demander � Votre �minence, dit le comte.
� � merveille, mais n�oubliez pas que c�est moi qui interroge, dit le cardinal avec hauteur.
� Et moi, dit le comte, n�oubliez pas qu�� toutes vos interrogations je r�pondrai, m�me devant Son Altesse, si vous y tenez. Mais vous n�y tiendrez pas, j�en suis certain.
Le cardinal sourit.
� Monsieur, dit-il, c�est un r�le difficile � jouer de notre temps que celui de sorcier. Je vous ai vu � l��uvre; vous y avez eu un grand succ�s; mais tout le monde, je vous en pr�viens, n�aura pas la patience et surtout la g�n�rosit� de madame la dauphine.
� De madame la dauphine? s��cria la princesse.
� Oui, Madame, dit le comte, j�ai eu l�honneur d��tre pr�sent� � Son Altesse royale.
� Et comment avez-vous reconnu cet honneur, monsieur? Dites, dites.
� H�las! reprit le comte, plus mal que je n�eusse voulu; car je n�ai point de haine personnelle contre les hommes, et surtout contre les femmes.
� Mais qu�a donc fait monsieur � mon auguste ni�ce? dit Madame Louise.
� Madame, dit le comte, j�ai eu le malheur de lui dire la v�rit� qu�elle me demandait.
� Oui, la v�rit�, une v�rit� qui l�a fait �vanouir.
� Est-ce ma faute, reprit le comte de cette voix puissante qui devait si bien tonner en certains moments; est-ce ma faute, si cette v�rit� �tait si terrible qu�elle devait produire de semblables effets? Est-ce moi qui ai cherch� la princesse? Est-ce moi qui ai demand� � lui �tre pr�sent�? Non, je l��vitais, au contraire; on m�a amen� pr�s d�elle presque de force; elle m�a interrog� en ordonnant.
� Mais qu��tait-ce donc que cette v�rit� si terrible que vous lui avez dite, monsieur? demanda la princesse.
� Cette v�rit�, Madame, r�pondit le comte, c�est le voile de l�avenir que j�ai d�chir�.
� De l�avenir?
� Oui, Madame, de cet avenir qui a paru si mena�ant � Votre Altesse royale, qu�elle a essay� de le fuir dans un clo�tre, de le combattre au pied des autels par ses pri�res et par ses larmes.
� Monsieur!
� Est-ce ma faute, Madame, si cet avenir, que vous avez pressenti comme sainte, m�a �t� r�v�l�, � moi, comme proph�te, et si madame la dauphine, �pouvant�e de cet avenir qui la menace personnellement, s�est �vanouie lorsqu�il lui a �t� r�v�l�?
� Vous l�entendez? dit le cardinal.
� H�las! dit la princesse.
� Car son r�gne est condamn�, s��cria le comte, comme le r�gne le plus fatal et le plus malheureux de toute la monarchie.
� Monsieur! s��cria la princesse.
� Quant � vous, Madame, continua le comte, peut-�tre vos pri�res ont-elles obtenu gr�ce; mais vous ne verrez rien de tout cela, car vous serez dans les bras du Seigneur quand ces choses arriveront. Priez! Madame, priez!
La princesse, domin�e par cette voix proph�tique qui r�pondait si bien aux terreurs de son �me, tomba � genoux aux pieds du crucifix et se mit effectivement � prier avec ferveur.
Alors le comte, se tournant vers le cardinal, et le pr�c�dant dans l�embrasure d�une fen�tre:
� � nous deux, monsieur le cardinal; que me vouliez-vous?
Le cardinal alla rejoindre le comte.
Les personnages �taient dispos�s ainsi:
La princesse, au pied du crucifix, priait avec ferveur; Lorenza, immobile, muette, les yeux ouverts et fixes comme s�ils ne voyaient pas, �tait debout au milieu de l�appartement. Les deux hommes se tenaient dans l�embrasure de la fen�tre, le comte appuy� sur l�espagnolette, le cardinal � moiti� cach� par le rideau.
� Que me voulez-vous? r�p�ta le comte. Parlez.
� Je veux savoir qui vous �tes.
� Vous le savez.
� Moi?
� Sans doute. N�avez-vous pas dit que j��tais sorcier?
� Tr�s bien. Mais, l�-bas, on vous nommait Joseph Balsamo; ici, l�on vous nomme le comte de F�nix.
� Eh bien, que prouve cela? Que j�ai chang� de nom, voil� tout.
� Oui; mais savez-vous que de pareils changements, de la part d�un homme comme vous, donneraient fort � penser � M. de Sartine?
Le comte sourit.
� Oh! monsieur, dit-il, que voil� une petite guerre pour un Rohan! Comment, Votre �minence argumente sur des mots! Verba et voces, dit le latin. N�a-t on rien de pis � me reprocher?
� Vous devenez railleur, je crois, dit le cardinal.
� Je ne le deviens pas, c�est mon caract�re.
� Alors, je vais me donner une satisfaction.
� Laquelle?
� Celle de vous faire baisser le ton.
� Faites, monsieur.
� Ce sera, j�en suis certain, faire ma cour � madame la dauphine.
� Ce qui ne sera pas du tout inutile dans les termes o� vous �tes avec elle, dit flegmatiquement Balsamo.
� Et si je vous faisais arr�ter, monsieur de l�horoscope, que diriez-vous?
� Je dirais que vous avez grand tort, monsieur le cardinal.
� En v�rit�! dit l��minence avec un m�pris �crasant; et qui donc trouverait cela?
� Vous-m�me, monsieur le cardinal.
� Je vais donc en donner l�ordre de ce pas; alors, on saura quel est au juste ce baron Joseph Balsamo, comte de F�nix, rejeton illustre d�un arbre g�n�alogique dont je n�ai vu la graine en aucun champ h�raldique de l�Europe.
� Monsieur, dit Balsamo, que ne vous �tes-vous inform� de moi � votre ami M. de Breteuil?
� M. de Breteuil n�est pas mon ami.
� C�est-�-dire qu�il ne l�est plus, mais il l�a �t� et de vos meilleurs m�me; car vous lui avez �crit certaine lettre�
� Quelle lettre? demanda le cardinal en se rapprochant.
� Plus pr�s, monsieur le cardinal, plus pr�s; je ne voudrais point parler haut de peur de vous compromettre.