Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
Gilbert se trompait, Andr�e voyait quelque chose; c��tait cette robe flottante, enroul�e autour de la t�te du jeune homme et qui lui servait de turban.
Elle montra du doigt cet �trange objet � Nicole.
Nicole interrompit la besogne compliqu�e qu�elle avait entreprise, et, d�signant la lucarne avec le peigne, elle parut demander � sa ma�tresse si c��tait bien l� l�objet qu�elle d�signait.
Cette t�l�graphie, que d�vorait Gilbert et dont il jouissait �perdument, avait, sans qu�il s�en dout�t, un troisi�me spectateur.
Gilbert, tout � coup, sentit une main brusque arracher de son front la robe de Th�r�se et tomba foudroy� en apercevant Rousseau.
� Que diable faites-vous l�, monsieur? s��cria le philosophe avec un sourcil fronc� et une grimace f�cheuse, et un examen scrutateur de la robe emprunt�e � sa femme.
Gilbert s�effor�a de d�tourner l�attention de Rousseau de la lucarne.
� Rien! monsieur, dit-il, absolument rien.
� Rien� Alors, pourquoi vous cachiez-vous sous cette robe?
� Le soleil me blessait.
� Nous sommes au couchant, et le soleil vous blesse au moment o� il se l�ve? Vous avez les yeux bien d�licats, jeune homme.
Gilbert balbutia quelques mots, et, sentant qu�il s�enferrait, finit par cacher sa t�te dans ses deux mains.
� Vous mentez et vous avez peur, dit Rousseau; donc, vous faisiez mal.
Et � la suite de cette terrible logique, qui acheva de bouleverser Gilbert, Rousseau vint se camper carr�ment devant la fen�tre.
Par un sentiment trop naturel pour qu�il ait besoin d��tre expliqu�, Gilbert, qui tout � l�heure tremblait d��tre vu � cette fen�tre, s�y �lan�a d�s que Rousseau y fut.
� Ah! ah! dit celui-ci d�un ton qui figea le sang dans les veines de Gilbert, le pavillon est habit� maintenant.
Gilbert ne souffla point le mot.
� Et par des gens, continua le philosophe ombrageux, par des gens qui connaissent ma maison, car ils se la montrent.
Gilbert, qui comprit qu�il s��tait trop avanc�, fit un mouvement en arri�re.
Ni le mouvement ni la cause qui l�avait produit n��chapp�rent � Rousseau; il comprit que Gilbert tremblait d��tre vu.
� Non pas, dit-il en saisissant le jeune homme par le poignet; non pas, mon jeune ami; il y a l�-dessous quelque trame; on d�signe votre mansarde; placez-vous l�, s�il vous pla�t.
Et il l�emmena en face de la fen�tre, d�couvert, �clatant.
� Oh! non, monsieur, non, par gr�ce! s��cria Gilbert en se tordant pour �chapper.
Mais, pour �chapper, ce qui �tait facile � un jeune homme fort et agile comme Gilbert, il fallait engager une lutte avec son dieu; le respect le retenait.
� Vous connaissez ces femmes, dit Rousseau, et elles vous connaissent?
� Non, non, non, monsieur.
� Alors, si vous ne les connaissez pas et que vous leur soyez inconnu, pourquoi ne pas vous montrer?
� Monsieur Rousseau, vous avez eu parfois des secrets dans votre vie, n�est ce pas? Eh bien, piti� pour un secret.
� Ah! tra�tre! s��cria Rousseau, oui, je connais les secrets de cette esp�ce; tu es une cr�ature des Grimm, des d�Holbach; ils t�ont fait apprendre un r�le pour capter ma bienveillance, tu t�es introduit chez moi et tu me livres; oh! triple sot que je suis, oh! stupide amant de la nature, je crois secourir un de mes semblables, et j�am�ne chez moi un espion.
� Un espion! s��cria Gilbert r�volt�.
� Voyons! quel jour me vendras-tu, Judas? dit Rousseau se drapant avec la robe de Th�r�se, qu�il avait machinalement gard�e � sa main, et se croyant sublime de douleur, quand malheureusement il n��tait que risible.
� Monsieur, vous me calomniez, dit Gilbert.
� Te calomnier, petit serpent, s��cria Rousseau, quand je te trouve occup� � correspondre par gestes avec mes ennemis, � leur raconter par signes, peut �tre, que sais-je, le sujet de mon dernier ouvrage!
� Monsieur, si j��tais venu chez vous pour trahir le secret de votre travail, j�aurais plus t�t fait de copier vos manuscrits qui sont sur votre bureau, que de raconter par signes le sujet qu�ils traitent.
C��tait vrai, et Rousseau sentit si bien qu�il avait dit une de ces �normit�s qui lui �chappaient dans ses monomanies de terreur, qu�il se f�cha.
� Monsieur, dit-il, j�en suis d�sesp�r� pour vous, mais l�exp�rience m�a rendu s�v�re; ma vie s�est �coul�e dans les d�ceptions; j�ai �t� trahi par tous, reni� par tous, livr�, vendu, martyris� par tous. Je suis, vous le savez, un des illustres malheureux que les gouvernements mettent au ban de la soci�t�. Dans une pareille situation, il est permis d��tre soup�onneux, or, vous m��tes suspect, et vous allez sortir de chez moi.
Gilbert ne s�attendait pas � cette p�roraison.
Lui, �tre chass�!
Il ferma ses poings crisp�s, et un �clair qui fit frissonner Rousseau passa dans ses yeux.
Mais cet �clair passa sans durer et s��teignit sans bruit.
Gilbert avait r�fl�chi qu�en partant il allait perdre le bonheur si doux de voir Andr�e � chaque instant du jour, et cela en perdant l�amiti� de Rousseau: c��tait � la fois le malheur et la honte.
Il tomba du haut de son orgueil sauvage, et joignant les deux mains:
� Monsieur, dit-il, �coutez-moi; un mot, un seul.
� Je suis impitoyable, s��cria Rousseau; les hommes m�ont rendu, par leurs injustices, plus f�roce qu�un tigre. Vous correspondez avec mes ennemis, allez les rejoindre, je ne vous en emp�che pas: liguez-vous avec eux, je ne m�y oppose pas, mais sortez de chez moi.
� Monsieur, ces deux jeunes filles ne sont pas vos ennemies: c�est mademoiselle Andr�e et Nicole.
� Qu�est-ce que mademoiselle Andr�e? demanda Rousseau, � qui ce nom, prononc� d�j� deux ou trois fois par Gilbert, n��tait pas tout � fait �tranger; qu�est-ce que mademoiselle Andr�e? Dites!
� Mademoiselle Andr�e, monsieur, est la fille du baron de Taverney; c�est, oh! excusez-moi de vous dire de telles choses, mais c�est vous qui m�y forcez, c�est celle que j�aime plus que vous n�avez aim� mademoiselle Galley, madame de Warrens, ni personne; c�est celle que j�ai suivie � pied, sans argent, sans pain, jusqu�� ce que je tombasse sur la route �cras� de fatigue et bris� de douleur; c�est celle que j�ai �t� revoir hier � Saint-Denis, derri�re laquelle j�ai couru jusqu�� la Muette, que j�ai de nouveau accompagn�e sans qu�elle me vit de la Muette � la rue voisine de la v�tre; c�est celle que par hasard j�ai retrouv�e ce matin habitant ce pavillon; c�est celle enfin pour laquelle je voudrais devenir ou Turenne, ou Richelieu, ou Rousseau!
Rousseau connaissait le c�ur humain et savait le diapason de ses cris; il savait que le meilleur com�dien ne pouvait avoir cet accent tremp� de larmes avec lequel Gilbert parlait, et ce geste fi�vreux avec lequel il accompagnait ses paroles.
� Ainsi, dit-il, cette jeune dame, c�est mademoiselle Andr�e?
� Oui, monsieur Rousseau.
� Donc, vous la connaissez?
� Je suis le fils de sa nourrice.
� Alors, vous mentiez donc tout � l�heure quand vous disiez que vous ne la connaissiez pas, et, si vous n��tes pas un tra�tre, vous �tes un menteur.
� Monsieur, dit Gilbert, vous me d�chirez le c�ur, et, en v�rit�, vous me feriez moins de mal en me tuant � cette place.
� Bah! phras�ologie, style de Diderot et de Marmontel; vous �tes un menteur, monsieur.
� Eh bien! oui, dit Gilbert, je suis un menteur, monsieur, et tant pis pour vous si vous ne comprenez pas un pareil mensonge. Un menteur! un menteur!� Ah! je pars� adieu! Je pars d�sesp�r�, et vous aurez mon d�sespoir sur la conscience.
Rousseau se caressait le menton en regardant ce jeune homme, qui avait avec lui-m�me de si frappantes analogies.
� Voil� un grand c�ur ou un grand fourbe, se dit-il; mais, apr�s tout, si l�on conspire contre moi, pourquoi ne tiendrais-je pas dans ma main les fils de la conspiration?
Gilbert avait fait quatre pas vers la porte, et, la main pos�e sur la serrure, il attendait un dernier mot qui le chass�t tout � fait ou qui le rappel�t.
� Assez sur ce sujet, mon fils, dit Rousseau. Si vous �tes amoureux au point que vous le dites, h�las! tant pis pour vous. Mais voil� qu�il se fait tard, vous avez perdu la journ�e d�hier, nous avons trente pages de copie � faire aujourd�hui entre nous deux. Alerte, Gilbert, alerte!