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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Gilbert se trompait, Andr�e voyait quelque chose; c��tait cette robe flottante, enroul�e autour de la t�te du jeune homme et qui lui servait de turban.

Elle montra du doigt cet �trange objet � Nicole.

Nicole interrompit la besogne compliqu�e qu�elle avait entreprise, et, d�signant la lucarne avec le peigne, elle parut demander � sa ma�tresse si c��tait bien l� l�objet qu�elle d�signait.

Cette t�l�graphie, que d�vorait Gilbert et dont il jouissait �perdument, avait, sans qu�il s�en dout�t, un troisi�me spectateur.

Gilbert, tout � coup, sentit une main brusque arracher de son front la robe de Th�r�se et tomba foudroy� en apercevant Rousseau.

� Que diable faites-vous l�, monsieur? s��cria le philosophe avec un sourcil fronc� et une grimace f�cheuse, et un examen scrutateur de la robe emprunt�e � sa femme.

Gilbert s�effor�a de d�tourner l�attention de Rousseau de la lucarne.

� Rien! monsieur, dit-il, absolument rien.

� Rien� Alors, pourquoi vous cachiez-vous sous cette robe?

� Le soleil me blessait.

� Nous sommes au couchant, et le soleil vous blesse au moment o� il se l�ve? Vous avez les yeux bien d�licats, jeune homme.

Gilbert balbutia quelques mots, et, sentant qu�il s�enferrait, finit par cacher sa t�te dans ses deux mains.

� Vous mentez et vous avez peur, dit Rousseau; donc, vous faisiez mal.

Et � la suite de cette terrible logique, qui acheva de bouleverser Gilbert, Rousseau vint se camper carr�ment devant la fen�tre.

Par un sentiment trop naturel pour qu�il ait besoin d��tre expliqu�, Gilbert, qui tout � l�heure tremblait d��tre vu � cette fen�tre, s�y �lan�a d�s que Rousseau y fut.

� Ah! ah! dit celui-ci d�un ton qui figea le sang dans les veines de Gilbert, le pavillon est habit� maintenant.

Gilbert ne souffla point le mot.

� Et par des gens, continua le philosophe ombrageux, par des gens qui connaissent ma maison, car ils se la montrent.

Gilbert, qui comprit qu�il s��tait trop avanc�, fit un mouvement en arri�re.

Ni le mouvement ni la cause qui l�avait produit n��chapp�rent � Rousseau; il comprit que Gilbert tremblait d��tre vu.

� Non pas, dit-il en saisissant le jeune homme par le poignet; non pas, mon jeune ami; il y a l�-dessous quelque trame; on d�signe votre mansarde; placez-vous l�, s�il vous pla�t.

Et il l�emmena en face de la fen�tre, d�couvert, �clatant.

� Oh! non, monsieur, non, par gr�ce! s��cria Gilbert en se tordant pour �chapper.

Mais, pour �chapper, ce qui �tait facile � un jeune homme fort et agile comme Gilbert, il fallait engager une lutte avec son dieu; le respect le retenait.

� Vous connaissez ces femmes, dit Rousseau, et elles vous connaissent?

� Non, non, non, monsieur.

� Alors, si vous ne les connaissez pas et que vous leur soyez inconnu, pourquoi ne pas vous montrer?

� Monsieur Rousseau, vous avez eu parfois des secrets dans votre vie, n�est ce pas? Eh bien, piti� pour un secret.

� Ah! tra�tre! s��cria Rousseau, oui, je connais les secrets de cette esp�ce; tu es une cr�ature des Grimm, des d�Holbach; ils t�ont fait apprendre un r�le pour capter ma bienveillance, tu t�es introduit chez moi et tu me livres; oh! triple sot que je suis, oh! stupide amant de la nature, je crois secourir un de mes semblables, et j�am�ne chez moi un espion.

� Un espion! s��cria Gilbert r�volt�.

� Voyons! quel jour me vendras-tu, Judas? dit Rousseau se drapant avec la robe de Th�r�se, qu�il avait machinalement gard�e � sa main, et se croyant sublime de douleur, quand malheureusement il n��tait que risible.

� Monsieur, vous me calomniez, dit Gilbert.

� Te calomnier, petit serpent, s��cria Rousseau, quand je te trouve occup� � correspondre par gestes avec mes ennemis, � leur raconter par signes, peut �tre, que sais-je, le sujet de mon dernier ouvrage!

� Monsieur, si j��tais venu chez vous pour trahir le secret de votre travail, j�aurais plus t�t fait de copier vos manuscrits qui sont sur votre bureau, que de raconter par signes le sujet qu�ils traitent.

C��tait vrai, et Rousseau sentit si bien qu�il avait dit une de ces �normit�s qui lui �chappaient dans ses monomanies de terreur, qu�il se f�cha.

� Monsieur, dit-il, j�en suis d�sesp�r� pour vous, mais l�exp�rience m�a rendu s�v�re; ma vie s�est �coul�e dans les d�ceptions; j�ai �t� trahi par tous, reni� par tous, livr�, vendu, martyris� par tous. Je suis, vous le savez, un des illustres malheureux que les gouvernements mettent au ban de la soci�t�. Dans une pareille situation, il est permis d��tre soup�onneux, or, vous m��tes suspect, et vous allez sortir de chez moi.

Gilbert ne s�attendait pas � cette p�roraison.

Lui, �tre chass�!

Il ferma ses poings crisp�s, et un �clair qui fit frissonner Rousseau passa dans ses yeux.

Mais cet �clair passa sans durer et s��teignit sans bruit.

Gilbert avait r�fl�chi qu�en partant il allait perdre le bonheur si doux de voir Andr�e � chaque instant du jour, et cela en perdant l�amiti� de Rousseau: c��tait � la fois le malheur et la honte.

Il tomba du haut de son orgueil sauvage, et joignant les deux mains:

� Monsieur, dit-il, �coutez-moi; un mot, un seul.

� Je suis impitoyable, s��cria Rousseau; les hommes m�ont rendu, par leurs injustices, plus f�roce qu�un tigre. Vous correspondez avec mes ennemis, allez les rejoindre, je ne vous en emp�che pas: liguez-vous avec eux, je ne m�y oppose pas, mais sortez de chez moi.

� Monsieur, ces deux jeunes filles ne sont pas vos ennemies: c�est mademoiselle Andr�e et Nicole.

� Qu�est-ce que mademoiselle Andr�e? demanda Rousseau, � qui ce nom, prononc� d�j� deux ou trois fois par Gilbert, n��tait pas tout � fait �tranger; qu�est-ce que mademoiselle Andr�e? Dites!

� Mademoiselle Andr�e, monsieur, est la fille du baron de Taverney; c�est, oh! excusez-moi de vous dire de telles choses, mais c�est vous qui m�y forcez, c�est celle que j�aime plus que vous n�avez aim� mademoiselle Galley, madame de Warrens, ni personne; c�est celle que j�ai suivie � pied, sans argent, sans pain, jusqu�� ce que je tombasse sur la route �cras� de fatigue et bris� de douleur; c�est celle que j�ai �t� revoir hier � Saint-Denis, derri�re laquelle j�ai couru jusqu�� la Muette, que j�ai de nouveau accompagn�e sans qu�elle me vit de la Muette � la rue voisine de la v�tre; c�est celle que par hasard j�ai retrouv�e ce matin habitant ce pavillon; c�est celle enfin pour laquelle je voudrais devenir ou Turenne, ou Richelieu, ou Rousseau!

Rousseau connaissait le c�ur humain et savait le diapason de ses cris; il savait que le meilleur com�dien ne pouvait avoir cet accent tremp� de larmes avec lequel Gilbert parlait, et ce geste fi�vreux avec lequel il accompagnait ses paroles.

� Ainsi, dit-il, cette jeune dame, c�est mademoiselle Andr�e?

� Oui, monsieur Rousseau.

� Donc, vous la connaissez?

� Je suis le fils de sa nourrice.

� Alors, vous mentiez donc tout � l�heure quand vous disiez que vous ne la connaissiez pas, et, si vous n��tes pas un tra�tre, vous �tes un menteur.

� Monsieur, dit Gilbert, vous me d�chirez le c�ur, et, en v�rit�, vous me feriez moins de mal en me tuant � cette place.

� Bah! phras�ologie, style de Diderot et de Marmontel; vous �tes un menteur, monsieur.

� Eh bien! oui, dit Gilbert, je suis un menteur, monsieur, et tant pis pour vous si vous ne comprenez pas un pareil mensonge. Un menteur! un menteur!� Ah! je pars� adieu! Je pars d�sesp�r�, et vous aurez mon d�sespoir sur la conscience.

Rousseau se caressait le menton en regardant ce jeune homme, qui avait avec lui-m�me de si frappantes analogies.

� Voil� un grand c�ur ou un grand fourbe, se dit-il; mais, apr�s tout, si l�on conspire contre moi, pourquoi ne tiendrais-je pas dans ma main les fils de la conspiration?

Gilbert avait fait quatre pas vers la porte, et, la main pos�e sur la serrure, il attendait un dernier mot qui le chass�t tout � fait ou qui le rappel�t.

� Assez sur ce sujet, mon fils, dit Rousseau. Si vous �tes amoureux au point que vous le dites, h�las! tant pis pour vous. Mais voil� qu�il se fait tard, vous avez perdu la journ�e d�hier, nous avons trente pages de copie � faire aujourd�hui entre nous deux. Alerte, Gilbert, alerte!

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