Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Une signature! murmura la princesse avec un doute plus humiliant que ne l�avait �t� sa col�re; mais si cette signature�?
� Cette signature est celle du cur� de Saint-Jean de Strasbourg, bien connu de M. le prince Louis, cardinal de Rohan, et si Son �minence �tait ici�
� Justement M. le cardinal est ici, s��cria la princesse attachant sur le comte des regards enflamm�s. Son �minence n�a pas quitt� Saint-Denis; elle est dans ce moment-ci chez les chanoines de la cath�drale; ainsi rien n�est plus ais� que cette v�rification que vous nous proposez.
� C�est un grand bonheur pour moi, Madame, r�pondit le comte en remettant flegmatiquement son acte dans son portefeuille; car, par cette v�rification, je l�esp�re, je verrai se dissiper tous les soup�ons injustes que Votre Altesse a contre moi.
� Tant d�impudence me r�volte en v�rit�, dit la princesse en agitant vivement sa sonnette. Ma s�ur! ma s�ur!
La religieuse qui avait un instant auparavant introduit le comte de F�nix accourut.
� Que l�on fasse monter � cheval mon piqueur, dit la princesse, et qu�on l�envoie porter ce billet � M. le cardinal de Rohan; on le trouvera au chapitre de la cath�drale; qu�il vienne ici sans retard, je l�attends.
Et, tout en parlant, la princesse �crivit � la h�te deux mots qu�elle remit � la religieuse.
Puis elle ajouta tout bas:
� Que l�on place dans le corridor deux archers de la mar�chauss�e, et que personne ne sorte sans mon cong�; allez!
Le comte avait suivi les diff�rentes phases de cette r�solution, bien arr�t�e maintenant chez Madame Louise, de lutter avec lui jusqu�au bout; et tandis que la princesse �crivait, d�cid�e sans doute � lui disputer la victoire, il s��tait approch� du cabinet, et l�, l��il fix� sur la porte, les mains �tendues et agit�es d�un mouvement plus m�thodique que nerveux, il avait prononc� quelques mots tout bas.
La princesse, en se retournant, le vit dans cette attitude.
� Que faites-vous l�, monsieur? dit-elle.
� Madame, dit le comte, j�adjure Lorenza Feliciani de venir ici en personne vous confirmer, par ses paroles et de sa pleine volont�, que je ne suis ni un imposteur ni un faussaire, et cela sans pr�judice de toutes les autres preuves qu�exigera Votre Altesse.
� Monsieur!
� Lorenza Feliciani, cria le comte dominant tout, m�me la volont� de la princesse; Lorenza Feliciani, sortez de ce cabinet, et venez ici, venez!
Mais la porte resta close.
� Venez, je le veux! r�p�ta le comte.
Alors la clef grin�a dans la serrure, et la princesse, avec un indicible effroi, vit entrer la jeune femme, dont les yeux �taient fix�s sur le comte, sans aucune expression de col�re ni de haine.
� Que faites-vous donc, mon enfant, que faites-vous? s��cria Madame Louise, et pourquoi revenir � cet homme que vous aviez fui? Vous �tiez en s�ret� ici; je vous l�avais dit.
� Elle est en s�ret� aussi dans ma maison, Madame, r�pondit le comte.
Puis se retournant vers la jeune femme:
� N�est-ce pas, Lorenza, dit-il, que vous �tes en s�ret� chez moi?
� Oui, r�pondit la jeune fille.
La princesse, au comble de l��tonnement, joignit les mains et se laissa retomber dans son fauteuil.
� Maintenant, Lorenza, dit le comte d�une voix douce mais dans laquelle n�anmoins l�accent du commandement se faisait sentir, maintenant on m�accuse de vous avoir fait violence. Dites, vous ai-je violent�e en quelque chose que ce soit?
� Jamais, r�pondit la jeune femme d�une voix claire et pr�cise, mais sans accompagner cette d�n�gation d�aucun mouvement.
� Alors, s��cria la princesse, que signifie toute cette histoire d�enl�vement que vous m�avez faite?
Lorenza demeura muette; elle regardait le comte comme si la vie et la parole, qui en est l�expression, devaient lui venir de lui.
� Son Altesse d�sire sans doute savoir comment vous �tes sortie du couvent, Lorenza. Racontez tout ce qui s�est pass� depuis le moment o� vous vous �tes �vanouie dans le ch�ur jusqu�� celui o� vous vous �tes r�veill�e dans la chaise de poste.
Lorenza demeura silencieuse.
� Racontez la chose dans tous ses d�tails, continua le comte, sans rien omettre. Je le veux.
Lorenza ne put comprimer un fr�missement.
� Je ne me rappelle point, dit-elle.
� Cherchez dans vos souvenirs, et vous vous rappellerez.
� Ah! oui, oui, en effet, dit Lorenza avec le m�me accent monotone, je me souviens.
� Parlez!
� Lorsque je me fus �vanouie, au moment m�me o� les ciseaux touchaient mes cheveux, on m�emporta dans ma cellule et l�on me coucha sur mon lit. Jusqu�au soir, ma m�re resta pr�s de moi, et, comme je demeurais toujours sans connaissance, on envoya chercher le chirurgien du village, lequel me t�ta le pouls, passa un miroir devant mes l�vres et, reconnaissant que mes art�res �taient sans battements et ma bouche sans haleine, d�clara que j��tais morte.
� Mais comment savez-vous tout cela? demanda la princesse.
� Son Altesse d�sire conna�tre comment vous savez tout cela, r�p�ta le comte.
� Chose �trange! dit Lorenza, je voyais et j�entendais; seulement, je ne pouvais ouvrir les yeux, parler ni remuer; j��tais en l�thargie.
� En effet, dit la princesse, Tronchin m�a parl� parfois de personnes tomb�es en l�thargie et qui avaient �t� enterr�es vivantes.
� Continuez, Lorenza.
� Ma m�re se d�sesp�rait et ne voulait point croire � ma mort; elle d�clara qu�elle passerait encore pr�s de moi la nuit et la journ�e du lendemain.
�Elle le fit ainsi qu�elle l�avait dit; mais les trente-six heures pendant lesquelles elle me veilla s��coul�rent sans que je fisse un mouvement, sans que je poussasse un soupir.
�Trois fois le pr�tre �tait venu, et chaque fois il avait dit � ma m�re que c��tait se r�volter contre Dieu que de vouloir retenir mon corps sur la terre, quand d�j� il avait mon �me; car il ne doutait pas qu��tant morte dans toutes les conditions du salut et au moment o� j�allais prononcer les paroles qui scellaient mon �ternelle alliance avec le Seigneur, il ne doutait pas, disait-il, que mon �me ne f�t mont�e droit au ciel.
�Ma m�re insista tant qu�elle obtint de me veiller encore pendant toute la nuit du lundi au mardi.
�Le mardi matin, j��tais toujours dans le m�me �tat d�insensibilit�.
�Ma m�re se retira vaincue. Les religieuses criaient au sacril�ge. Les cierges �taient allum�s dans la chapelle, o� je devais, selon l�habitude, �tre expos�e un jour et une nuit.
�Ma m�re une fois sortie, les ensevelisseuses entr�rent dans ma chambre; comme je n�avais pas prononc� mes v�ux, on me mit une robe blanche, on ceignit mon front d�une couronne de roses blanches, on pla�a mes bras en croix sur ma poitrine, puis on demanda:
�� La bi�re!
�La bi�re fut apport�e dans ma chambre; un profond frissonnement courut par tout mon corps; car, je vous le r�p�te, � travers mes paupi�res ferm�es, je voyais tout comme si mes yeux eussent �t� tout grands ouverts.
�On me prit et l�on me d�posa dans le cercueil.
�Puis, le visage d�couvert, comme c�est l�habitude chez nous autres Italiennes, on me descendit dans la chapelle et l�on me pla�a au milieu du ch�ur, avec des cierges allum�s tout autour de moi et un b�nitier � mes pieds.
�Toute la journ�e, les paysans de Subiaco entr�rent dans la chapelle, pri�rent pour moi et jet�rent de l�eau b�nite sur mon corps.
�Le soir vint. Les visites cess�rent; on ferma en dedans les portes de la chapelle, moins la petite porte, et la s�ur infirmi�re resta seule pr�s de moi.
�Cependant une pens�e terrible m�agitait pendant mon sommeil; c��tait le lendemain que devait avoir lieu l�enterrement, et je sentais que j�allais �tre enterr�e toute vive, si quelque puissance inconnue ne venait � mon secours.
�J�entendais les unes apr�s les autres les heures: neuf heures sonn�rent, puis dix heures, puis onze heures.
�Chaque coup retentissait dans mon cour; car j�entendais, chose effrayante! le glas de ma propre mort.
�Ce que je fis d�efforts pour vaincre ce sommeil glac�, pour rompre ces liens de fer qui m�attachaient au fond de mon cercueil, Dieu seul le sait; mais il le vit, puisqu�il eut piti� de moi.