Joseph Balsamo. Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #2
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:
� Vous vous trompez.
� Non, non, Madame. Tenez, malgr� moi, il m�attire, voyez; retenez-moi, retenez-moi.
Madame Louise saisit la jeune femme par le bras.
� Mais remettez-vous, pauvre enfant, dit-elle; f�t-ce lui, mon Dieu, vous �tes ici en s�ret�.
� Il approche, il approche, vous dis-je! s��cria Lorenza, terrifi�e, an�antie, les yeux fixes, le bras �tendu vers la porte de la chambre.
� Folie! Folie! dit la princesse. Est-ce que l�on entre ainsi chez Madame Louise de France?� Il faudrait que cet homme f�t porteur d�un ordre du roi.
� Oh! Madame, je ne sais comment il est entr�, s��cria Lorenza en se renversant en arri�re; mais ce que je sais, ce dont je suis certaine, c�est qu�il monte l�escalier� c�est qu�il est � dix pas d�ici � peine� c�est que le voil�!
Tout � coup la porte s�ouvrit; la princesse recula, �pouvant�e malgr� elle de cette co�ncidence bizarre.
Une s�ur parut.
� Qui est l�? demanda Madame, et que voulez-vous?
� Madame, r�pondit la s�ur, un gentilhomme vient de se pr�senter au couvent, qui veut parler � Votre Altesse royale.
� Son nom?
� Monsieur le comte de F�nix.
� Est-ce lui? demanda la princesse � Lorenza, et connaissez-vous ce nom?
� Je ne connais pas ce nom; mais c�est lui, Madame, c�est lui.
� Que veut-il? demanda la princesse � la religieuse.
� Charg� d�une mission pr�s du roi de France par Sa Majest� le roi de Prusse, il voudrait, dit-il, avoir l�honneur d�entretenir un instant Votre Altesse royale.
Madame Louise r�fl�chit un instant; puis, se retournant vers Lorenza:
� Entrez dans ce cabinet, dit-elle.
Lorenza ob�it.
� Et vous, ma s�ur, continua la princesse, faites entrer ce gentilhomme.
La s�ur s�inclina et sortit.
La princesse s�assura que la porte du cabinet �tait bien close, et revint � son fauteuil, o� elle s�assit, attendant, non sans une certaine �motion, l��v�nement qui allait s�accomplir.
Presque aussit�t, la s�ur reparut. Derri�re elle marchait cet homme que nous avons vu, le jour de la pr�sentation, se faire annoncer chez le roi sous le nom du comte de F�nix.
Il �tait rev�tu du m�me costume, qui �tait un uniforme prussien, s�v�re dans sa coupe; il portait la perruque militaire et le col noir; ses grands yeux, si expressifs, s�abaiss�rent en pr�sence de Madame Louise, mais seulement pour donner au respect tout ce qu�un homme, si haut plac� qu�il soit comme simple gentilhomme, doit de respect � une fille de France.
Mais les relevant aussit�t comme s�il eut craint d��tre aussi d�une trop grande humilit�:
� Madame, je rends gr�ce � Votre Altesse royale de la faveur qu�elle veut bien me faire. J�y comptais cependant, connaissant que Votre Altesse soutient g�n�reusement tout ce qui est malheureux.
� En effet, monsieur, j�y essaie, dit la princesse avec dignit�, car elle comptait terrasser, apr�s dix minutes d�entretien, celui qui venait impudemment r�clamer la protection d�autrui apr�s avoir abus� de ses propres forces.
Le comte s�inclina sans para�tre avoir compris le double sens des paroles de la princesse.
� Que puis-je donc pour vous, monsieur? continua Madame Louise sur le m�me ton d�ironie.
� Tout, Madame.
� Parlez.
� Votre Altesse, que je ne fusse point, sans de graves motifs, venu importuner dans la retraite qu�elle s�est choisie, a donn�, je le crois du moins, asile � une personne qui m�int�resse en tout point.
� Comment nommez-vous cette personne, monsieur?
� Lorenza Feliciani.
� Et que vous est cette personne? Est-ce votre alli�e, votre parente, votre s�ur?
� C�est ma femme.
� Votre femme? dit la princesse en �levant la voix, afin d��tre entendue du cabinet; Lorenza Feliciani est la comtesse de F�nix?
� Lorenza Feliciani est la comtesse de F�nix, oui, Madame, r�pondit le comte avec le plus grand calme.
� Je n�ai point de comtesse de F�nix aux Carm�lites, monsieur, r�pliqua s�chement la princesse.
Mais le comte ne se regarda point comme battu et continua:
� Peut-�tre bien, Madame, Votre Altesse n�est-elle pas bien persuad�e encore que Lorenza Feliciani et la comtesse de F�nix sont une seule et m�me personne?
� Non, je l�avoue, dit la princesse, et vous avez devin� juste, monsieur; ma conviction n�est point enti�re sur ce point.
� Votre Altesse veut-elle donner l�ordre que Lorenza Feliciani soit amen�e devant elle, et alors elle ne conservera plus aucun doute. Je demande � Son Altesse pardon d�insister ainsi; mais je suis tendrement attach� � cette jeune femme, et elle-m�me regrette, je crois, d��tre s�par�e de moi.
� Le croyez-vous?
� Oui, Madame, je le crois, si pauvre que soit mon m�rite.
�Oh! pensa la princesse, Lorenza avait dit vrai, et cet homme est effectivement un homme dangereux.�
Le comte gardait une contenance calme et se renfermait dans la plus stricte politesse de cour.
�Essayons de mentir�, continua de penser Madame Louise.
� Monsieur, dit-elle, je n�ai point � vous remettre une femme qui n�est point ici. Je comprends que vous la cherchiez avec tant d�insistance, si vous l�aimez v�ritablement comme vous le dites; mais, si vous voulez avoir quelque chance de la trouver, cherchez-la ailleurs, croyez-moi.
Le comte, en entrant, avait jet� un regard rapide sur tous les objets que renfermait la chambre de Madame Louise, et ses yeux s��taient arr�t�s un instant, rien qu�un instant, c�est vrai, mais ce seul regard avait suffi, sur la table plac�e dans un angle obscur de l�appartement, et c��tait sur cette table que Lorenza avait plac� ses bijoux, qu�elle avait offerts pour entrer aux Carm�lites. Aux �tincelles qu�ils jetaient dans l�ombre, le comte de F�nix les avait reconnus.
� Si Votre Altesse royale voulait bien rappeler ses souvenirs, insista le comte, et c�est une violence que je la prie de vouloir bien se faire, elle se rappellerait que Lorenza Feliciani �tait tout � l�heure dans cette chambre, et qu�elle a d�pos� sur cette table les bijoux qui y sont, et qu�apr�s avoir eu l�honneur de conf�rer avec Votre Altesse, elle s�est retir�e.
Le comte de F�nix saisit au passage le regard que jetait la princesse du c�t� du cabinet.
� Elle s�est retir�e dans ce cabinet, acheva-t-il.
La princesse rougit, le comte continua:
� De sorte que je n�attends que l�agr�ment de Son Altesse pour lui ordonner d�entrer; ce qu�elle fera � l�instant m�me, je n�en doute pas.
La princesse se rappela que Lorenza s��tait enferm�e en dedans, et que, par cons�quent, rien ne pouvait la forcer de sortir que l�impulsion de sa propre volont�.
� Mais, dit-elle, ne cherchant plus � dissimuler le d�pit qu�elle �prouvait d�avoir menti inutilement devant cet homme � qui l�on ne pouvait rien cacher, si elle entre, que fera-t-elle?
� Rien, Madame; elle dira seulement � Votre Altesse qu�elle d�sire me suivre, �tant ma femme.
Ce dernier mot rassura la princesse, car elle se rappelait les protestations de Lorenza.
� Votre femme! dit-elle, en �tes-vous bien s�r?
Et l�indignation per�ait sous ses paroles.
� On croirait, en v�rit�, que Votre Altesse ne me croit pas, dit poliment le comte. Ce n�est pas cependant une chose bien incroyable que le comte de F�nix ait �pous� Lorenza Feliciani, et que, l�ayant �pous�e, il redemande sa femme.
� Sa femme, encore! s��cria Madame Louise avec impatience; vous osez dire que Lorenza Feliciani est votre femme?
� Oui, Madame, r�pondit le comte avec un naturel parfait, j�ose le dire, car cela est.
� Mari�, vous �tes mari�?
� Je suis mari�.
� Avec Lorenza?
� Avec Lorenza.
� L�gitimement?
� Sans doute, et, si vous insistez, Madame, dans une d�n�gation qui me blesse�
� Eh bien, que ferez-vous?
� Je mettrai sous vos yeux mon acte de mariage parfaitement en r�gle et sign� du pr�tre qui nous a unis.
La princesse tressaillit; tant de calme brisait ses convictions.
Le comte ouvrit un portefeuille et d�veloppa un papier pli� en quatre.
� Voil� la preuve de la v�rit� de ce que j�avance, Madame, et du droit que j�ai de r�clamer cette femme; la signature fait foi� Votre Altesse veut elle lire l�acte et interroger la signature?