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Joseph Balsamo. Tome II - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome II

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome II». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Lorsque les couches les plus �paisses du peuple eurent �t� franchies, le jeune homme commen�a de respirer plus librement, et, jetant les yeux autour de lui, il vit la verdure, la solitude et l�eau.

Sans savoir o� il allait, il avait couru jusqu�� la Seine, et se trouvait presque en face de l��le Saint-Denis. Alors, �puis�, non de la fatigue du corps, mais des angoisses de l�esprit, il se laissa rouler sur le gazon, et, enfermant sa t�te dans ses deux mains, il se mit � rugir fr�n�tiquement comme si cette langue du lion rendait mieux ses douleurs que le cri et la parole de l�homme.

En effet, tout cet espoir vague et ind�cis, qui jusque-l� avait laiss� tomber quelques lueurs furtives sur ces d�sirs insens�s dont il n�osait pas m�me se rendre compte, tout cet espoir n��tait-il pas �teint d�un coup? � quelque degr� de l��chelle sociale qu�� force de g�nie, de science ou d��tude, mont�t Gilbert, il restait toujours Gilbert pour Andr�e, c�est-�-dire une chose ou un homme (c��taient ses propres expressions) dont son p�re avait eu tort de prendre le moindre souci, et qui ne valait pas la peine qu�on abaiss�t les yeux jusqu�� lui.

Un instant il avait cru qu�en le voyant � Paris, qu�en apprenant qu�il y �tait venu � pied, qu�en connaissant cette r�solution o� il �tait de lutter avec son obscurit�, jusqu�� ce qu�il l�e�t terrass�e, Andr�e applaudirait � cet effort. Et voil� que non seulement le macte animo [3] avait manqu� au g�n�reux enfant, mais encore il n�avait recueilli de tant de fatigue et d�une si haute r�solution que la d�daigneuse indiff�rence qu�Andr�e avait toujours eue pour le Gilbert de Taverney.

Bien plus, n�avait-elle pas failli se f�cher quand elle avait su que ses yeux avaient eu l�audace de plonger dans son solf�ge? Si Gilbert eut touch� seulement le solf�ge du bout du doigt, sans doute il n�e�t plus �t� bon qu�� �tre br�l�.

Dans les c�urs faibles, une d�ception, un m�compte, ne sont rien autre chose qu�un coup sous lequel l�amour ploie pour se relever plus fort et plus pers�v�rant. Ils t�moignent leurs souffrances par des plaintes, par des larmes: ils ont la passivit� du mouton sous le couteau. Il y a plus, l�amour de ces martyrs s�accro�t souvent des douleurs qui le devraient tuer; ils se disent que leur douceur aura sa r�compense; cette r�compense, c�est le but vers lequel ils marchent, que le chemin soit bon ou mauvais; seulement, si le chemin est mauvais, ils arriveront plus tard, voil� tout, mais ils arriveront.

Il n�en est point ainsi des c�urs forts, des temp�raments volontaires, des organisations puissantes. Ces c�urs-l� s�irritent � la vue de leur sang qui coule, et leur �nergie s�en accro�t si sauvagement, qu�on les croirait d�s lors plus haineux qu�aimants. Il ne faut pas les accuser; chez eux, l�amour et la haine se touchent de si pr�s, qu�ils ne sentent point le passage de l�un � l�autre.

Aussi, quand Gilbert se roulait ainsi, terrass� par sa douleur, savait-il s�il aimait ou s�il ha�ssait Andr�e? Non, il souffrait, voil� tout. Seulement, comme il n��tait pas capable d�une longue patience, il se jeta hors de son abattement, d�cid� � se mettre � la poursuite de quelque �nergique r�solution.

� Elle ne m�aime pas, pensa-t-il, c�est vrai; mais aussi je ne pouvais point, je ne devais point esp�rer qu�elle m�aim�t. Ce que j�avais le droit d�exiger d�elle, c��tait ce doux int�r�t qui s�attache aux malheureux qui ont l��nergie de lutter contre leur malheur. Ce qu�a compris son fr�re, elle ne l�a pas compris, elle. Il m�a dit: �Qui sait? peut-�tre deviendras-tu un Colbert, un Vauban!� Si je devenais l�un ou l�autre, lui me rendrait justice et me donnerait sa s�ur en r�compense de ma gloire acquise, comme il me l�e�t donn�e en �change de mon aristocratie native, si j��tais venu au monde son �gal. Mais pour elle! oh! oui, je le sens bien� Oh! Colbert, oh! Vauban, seraient toujours Gilbert, car ce qu�elle m�prise en moi, c�est ce que rien ne peut effacer, ce que rien ne peut dorer, ce que rien ne peut couvrir� c�est l�infirmit� de ma naissance. Comme si, en supposant que j�arrivasse � mon but, je n�avais pas eu plus � grandir pour arriver jusqu�� elle que si j��tais n� � c�t� d�elle! Oh! cr�ature folle! �tre insens�! Oh! femme, femme! c�est-�-dire imperfection.

�Fiez-vous � ce beau regard, � ce front d�velopp�, � ce sourire intelligent, � ce port de reine! voil� mademoiselle de Taverney, c�est-�-dire une femme que sa beaut� fait digne de gouverner le monde� Vous vous trompez: c�est une provinciale guind�e, gourm�e, emmaillot�e dans les pr�jug�s aristocratiques. Tous ces beaux jeunes gens au cerveau vide, � l�esprit �vent�, qui ont eu toutes les ressources pour tout apprendre et qui ne savent rien, sont pour elle des �gaux; ceux-l�, ce sont des choses et des hommes auxquels elle doit faire attention� Gilbert c�est un chien, moins qu�un chien; elle a demand�, je crois, des nouvelles de Mahon, elle n�e�t point demand� des nouvelles de Gilbert!

�Oh! elle ignore donc que je suis aussi fort qu�eux; que, lorsque je porterai des habits pareils aux leurs, je serai aussi beau qu�eux; que j�ai, de plus qu�eux, une volont� inflexible, et que si je veux��

Un sourire terrible se dessina sur les l�vres de Gilbert, qui laissa mourir la phrase inachev�e.

Puis lentement, et en fron�ant le sourcil, il abaissa sa t�te sur sa poitrine.

Que se passa-t-il en ce moment dans cette �me obscure? sous quelle terrible id�e s�inclina ce front p�le, d�j� jauni par les veilles, d�j� creus� par la pens�e? qui le dira?

Est-ce le marinier qui descendait le fleuve sur sa toue, en fredonnant la chanson de Henri IV? Est-ce la joyeuse lavandi�re qui revenait de Saint-Denis apr�s avoir vu le cort�ge, et qui, se d�tournant de son chemin pour passer � distance de lui, prit peut-�tre pour un voleur ce jeune oisif �tendu sur le gazon au milieu des perches charg�es de linge?

Au bout d�une demi-heure de m�ditation profonde, Gilbert se releva froid et r�solu; il descendit � la Seine, but un large coup d�eau, regarda autour de lui, et vit � sa gauche les flots lointains du peuple au sortir de Saint-Denis.

Au milieu de cette foule, on distinguait les premiers carrosses, marchant au pas, press�s qu�ils �taient par la cohue; ils suivaient la route de Saint-Ouen.

La dauphine avait voulu que son entr�e f�t une f�te de famille. Aussi, la famille usa-t-elle du privil�ge; on la vit se placer tellement pr�s du spectacle royal, que bon nombre de Parisiens mont�rent sur les si�ges de la livr�e et se pendirent, sans �tre inqui�t�s, aux lourdes soupentes des voitures.

Gilbert eut bien vite reconnu le carrosse d�Andr�e, Philippe galopait ou plut�t piaffait � la porti�re de la voiture.

� C�est bien, dit-il. Il faut que je sache o� elle va; et, pour que je sache o� elle va, il faut que je la suive.

Gilbert suivit.

La dauphine devait aller souper � la Muette, en petit comit�, avec le roi, le dauphin, M. le comte de Provence, M. le comte d�Artois; et, il faut le dire, Louis XV avait pouss� l�oubli des convenances jusque-l�: � Saint-Denis, le roi avait invit� madame la dauphine, et lui avait donn� la liste des convives en lui pr�sentant un crayon et en l�invitant � rayer ceux de ces convives qui ne lui conviendraient pas.

Arriv�e au nom de madame du Barry, plac� le dernier, la dauphine avait senti ses l�vres bl�mir et trembler; mais, soutenue par les instructions de l�imp�ratrice sa m�re, elle avait appel� toutes ses forces � son secours, et, avec un charmant sourire, elle avait rendu la liste et le crayon au roi, en lui disant qu�elle �tait bien heureuse d��tre admise du premier coup dans l�intimit� de sa famille.

Gilbert ignorait cela, et ce ne fut qu�� la Muette qu�il reconnut les �quipages de madame du Barry et Zamore, hiss� sur son grand cheval blanc.

Heureusement, il faisait d�j� sombre; Gilbert se jeta dans un massif, se coucha ventre � terre, et attendit.

Le roi fit souper sa bru avec sa ma�tresse, et se montra d�une gaiet� charmante, surtout lorsqu�il eut vu madame la dauphine accueillir madame du Barry mieux encore qu�elle ne l�avait fait � Compi�gne.

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[3] �Macte animo, generose puer!� (lat.) � �Courage, noble enfant!� (Virgile, l'�n�ide, 9, 641).

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