Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
M. d�Aiguillon toucha droit � l�h�tel de M. de Richelieu. Il n�y trouva que Raft�.
M. le mar�chal, r�pondit celui-ci, �tait attendu d�un instant � l�autre; un retard de poste le retenait sans doute aux barri�res.
M. d�Aiguillon proposa d�attendre, tout en manifestant quelque mauvaise humeur � Raft�, car il prenait l�excuse pour une nouvelle d�faite.
Ce fut bien pis lorsque Raft� lui r�pondit que le mar�chal serait au d�sespoir, quand il rentrerait, qu�on e�t fait attendre M. d�Aiguillon; que, d�ailleurs, il ne devait pas coucher � Paris, ainsi qu�il avait �t� convenu d�abord; que sans doute il ne reviendrait pas seul de la campagne, et traverserait seulement Paris en prenant des nouvelles � son h�tel; que, par cons�quent, M. d�Aiguillon ferait bien de retourner chez lui-m�me, o� le mar�chal monterait en passant.
� �coutez, Raft�, dit d�Aiguillon, qui s��tait fort assombri durant cette r�plique tout obscure, vous �tes la conscience de mon oncle: r�pondez-moi en honn�te homme. On me joue, n�est-ce pas, et M. le mar�chal ne veut pas me voir? Ne m�interrompez pas, Raft�; vous avez �t� pour moi souvent un bon conseil, et j�ai pu �tre pour vous ce que je serai encore, un bon ami; faut-il que je retourne � Versailles?
� Monsieur le duc, sur l�honneur, vous recevrez chez vous, avant une heure d�ici, la visite de M. le mar�chal.
� Mais alors, autant que je l�attende ici, puisqu�il y viendra.
� J�ai eu l�honneur de vous dire qu�il n�y viendrait peut-�tre pas seul.
� Je comprends� et j�ai votre parole, Raft�.
� ces mots, le duc sortit tout r�veur, mais d�un air aussi noble et aussi gracieux que l��tait peu la figure du mar�chal lorsqu�il sortit d�un cabinet vitr� apr�s le d�part de son neveu.
Le mar�chal souriait comme un de ces laids d�mons que Callot a sem�s dans ses Tentations.
� Il ne se doute de rien, Raft�? dit-il.
� De rien, monseigneur.
� Quelle heure est-il?
� L�heure ne fait rien � la chose, monseigneur; il faut attendre que notre petit procureur du Ch�telet soit venu m�avertir. Les commissaires sont encore chez l�imprimeur.
Raft� n�avait point achev� quand un valet de pied fit entrer par une porte secr�te un personnage assez crasseux, assez laid, assez noir, une de ces plumes vivantes pour lesquelles M. du Barry professait une si violente antipathie.
Raft� poussa le mar�chal dans le cabinet et s�avan�a souriant � la rencontre de cet homme.
� Ah! c�est vous, ma�tre Flageot! dit-il; enchant� de votre visite.
� Votre serviteur, monsieur de Raft�; eh bien, l�affaire est faite!
� C�est imprim�?
� Et tir� � cinq mille. Les premi�res �preuves courent d�j� la ville, les autres s�chent.
� Quel malheur! cher monsieur Flageot, quel d�sespoir pour la famille de M. le mar�chal!
M. Flageot, pour se dispenser de r�pondre, c�est-�-dire de mentir, tira une large bo�te d�argent o� il puisa lentement une prise de tabac d�Espagne.
� Et ensuite que fait-on? continua Raft�.
� La forme, cher monsieur de Raft�. MM. les commissaires, s�rs du tirage et de la distribution, monteront imm�diatement dans le carrosse qui les attend � la porte de l�imprimerie, et s�en iront signifier l�arr�t � M. le duc d�Aiguillon, qui justement, voyez le bonheur, c�est-�-dire le malheur, monsieur Raft�, se trouve en son h�tel � Paris, o� l�on va pouvoir parler � sa personne.
Raft� fit un brusque mouvement pour atteindre sur un meuble un �norme sac de proc�dure qu�il remit � ma�tre Flageot en lui disant:
� Voici les pi�ces dont je vous ai parl�, monsieur; monseigneur le mar�chal a la plus grande confiance en vos lumi�res et vous abandonne cette affaire, qui doit �tre avantageuse pour vous. Merci de vos bons offices dans le d�plorable conflit de M. d�Aiguillon avec le tout-puissant parlement de Paris, merci de vos bons avis!
Et il poussa doucement, mais avec une certaine h�te, vers la porte de l�antichambre, ma�tre Flageot ravi du poids de son dossier.
Aussit�t, d�livrant le mar�chal de sa prison:
� Allons, monseigneur, dit-il, en voiture! vous n�avez pas de temps � perdre si vous voulez assister � la repr�sentation. T�chez que vos chevaux marchent plus vite que ceux de MM. les commissaires.
Chapitre 97. O� il est d�montr� que le chemin du minist�re n�est pas sem� de roses
Les chevaux de M. de Richelieu marchaient plus vite que ceux de MM. les commissaires, puisque le mar�chal entra le premier dans la cour de l�h�tel d�Aiguillon.
Le duc n�attendait plus son oncle et se pr�parait � repartir pour Luciennes, afin d�annoncer � madame du Barry que l�ennemi s��tait d�masqu�; mais l�huissier, annon�ant le mar�chal, r�veilla du fond de sa torpeur cet esprit d�courag�.
Le duc courut au-devant de son oncle, et lui prit les mains avec une affectation de tendresse mesur�e � la peur qu�il avait eue.
Le mar�chal s�abandonna comme le duc: le tableau fut touchant. On voyait cependant M. d�Aiguillon h�ter le moment des explications, tandis que le mar�chal le reculait de son mieux en regardant soit un tableau, soit un bronze, soit une tapisserie, et en se plaignant d�une fatigue mortelle.
Le duc coupa la retraite � son oncle, l�enferma dans un fauteuil comme M. de Villars avait enferm� le prince Eug�ne dans Marchiennes et, pour attaque:
� Mon oncle, lui dit-il, est-il vrai que vous, l�homme le plus spirituel de France, vous m�ayez jug� assez mal pour croire que je ne ferais pas de l��go�sme � nous deux?
Il n�y avait plus � reculer. Richelieu prit son parti.
� Que me dis-tu l�, r�pliqua-t-il, et en quoi vois-tu que je t�aie bien ou mal jug�, mon cher?
� Mon oncle, vous me boudez.
� Moi! � quel propos?
� Oh! pas de ces faux-fuyants, monsieur le mar�chal; vous m��vitez lorsque j�ai besoin de vous, c�est tout dire.
� D�honneur, je ne comprends pas.
� Je vais vous expliquer alors. Le roi n�a pas voulu vous nommer ministre, et, comme j�ai accept�, moi, les chevau-l�gers, vous supposez que je vous ai abandonn�, trahi. Cette ch�re comtesse, qui vous porte dans son c�ur�
Ici, Richelieu pr�ta l�oreille, mais ce ne fut pas seulement aux paroles de son neveu.
� Tu me dis qu�elle me porte dans son c�ur, cette ch�re comtesse? ajouta t-il.
� Et je le prouverai.
� Mais, mon cher, je ne conteste pas� Je te fais venir pour pousser avec moi � la roue. Tu es plus jeune, par cons�quent plus fort; tu r�ussis, j��choue; c�est dans l�ordre, et, par ma foi, je ne devine pas pourquoi tu prends tous ces scrupules; si tu as agi dans mes int�r�ts, tu es cent fois approuv�; si tu as agi contre moi, eh bien, je te rendrai ta gourmande� Cela m�rite-t-il qu�on s�explique?
� Mon oncle, en v�rit�
� Tu es un enfant, duc. Ta position est magnifique: pair de France, duc, commandant les chevau-l�gers, ministre dans six semaines, tu dois �tre au-dessus de toute futile mesquinerie; le succ�s absout, mon cher enfant. Suppose� � j�aime les apologues, moi� � suppose que nous soyons les deux mulets de la fable� Mais qu�est-ce que j�entends par l�?
� Rien, mon oncle; continuez.
� Si fait, j�entends un carrosse dans la cour.
� Mon oncle, ne vous interrompez pas, je vous prie; votre conversation m�int�resse par-dessus toute chose; moi aussi, j�aime les apologues.
� Eh bien, mon cher, je voulais te dire que jamais, dans la prosp�rit�, tu ne trouveras en face le reproche et n�auras � craindre le d�pit des envieux; mais, si tu cloches, si tu buttes� ah! diable, prends garde, c�est � ce moment que le loup attaque; mais, vois-tu, je te disais bien, il y a du bruit dans ton antichambre, on vient sans doute t�apporter le portefeuille� La petite comtesse aura travaill� pour toi dans l�alc�ve.
L�huissier entra.
� MM. les commissaires du parlement, dit-il avec inqui�tude.
� Tiens! fit Richelieu.
� Des commissaires du parlement ici?� Que me veut-on? r�pondit le duc, peu rassur� par le sourire de son oncle.
� De par le roi! articula une voix sonore au bout de l�antichambre.
� Oh! oh! s��cria Richelieu.
M. d�Aiguillon se leva tout p�le et vint au seuil du salon introduire lui-m�me les deux commissaires, derri�re lesquels apparaissaient deux huissiers impassibles, puis, � distance, une l�gion de valets �pouvant�s.