Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Effronté de péquenaud reconverti en rat de bibliothèque puis en garde civil. Je le prends bien – c’est ma vie. J’en suis aussi fier que tu devrais l’être de ne pas avoir été préparée aux journées de marche harassantes et à la vie de trappeur. Nous sommes qui nous sommes. Et quand sonne l’heure du changement, c’est dans notre peau et pas dans celle d’un autre que nous nous mettons en route vers qui nous rêvons d’être. »
Ses mots et son éloquence diffusaient une musique apaisante. Naturelle. Mais Param n’était pas dupe. Olivenko tentait de faire vibrer en elle la corde sensible. De l’enfumer, de l’endormir, de la ménager… en un mot, de la manipuler.
Et pourtant elle reprit sa marche, attentive à ses propos, car même si elle ne ressentait plus rien pour lui – elle s’était rendu compte que son attirance pour lui n’avait été que passagère – il n’en était pas moins de bon conseil. Et puis, Père l’avait apprécié de son vivant.
« Param, reprit le garde, nous ne sommes plus à Aressa Sessamo. Ici, nous sommes les passeurs de Murs. Nous n’appartenons à aucune terre, ne sommes citoyens d’aucune nation. Seules deux classes subsistent : les voyageurs du temps et les autres. Miche et moi appartenons à la seconde ; toi, Rigg et Umbo, à la première. Et qui fut le premier à se projeter seul dans le passé ? Toi ? Rigg ? À qui devons-nous notre fuite réussie de l’entremur de Ram ?
— Umbo, rétorqua Param. Je sais. Mais je l’ai sauvé aussi, pour rappel.
— Oui, avant qu’un des soldats du Général Citoyen ne lui porte le coup fatal. Mais, même lors de votre saut du rocher, sans sa subite projection en arrière, vous y seriez restés. Est-ce exact ? Ou suis-je moi aussi en train de déformer les faits ?
— C’est exact, lui accorda Param, qui avait parfaitement saisi le message. Je dois tout à Umbo et cet oubli est impardonnable de ma part.
— Non, tu ne comprends toujours pas, insista Olivenko. Tu as été ingrate, méchante et méprisante avec Umbo, c’est vrai. Mais à la limite, il s’y attendait, venant d’une représentante de la royauté. Il ne l’a pas mal pris. Lorsqu’il s’est relevé après sa chute, pour lui, l’affaire était close. Il n’aurait jamais rien tenté contre toi, émis la moindre plainte. Celui qui a haussé le ton, c’est Rigg. C’est Rigg qui, si l’on en juge par l’apparition soudaine de son double et de celui d’Umbo, s’apprêtait à t’envoyer dans l’herbe à ton tour.
— Oui, et je ne lui pardonnerai jamais cette trahison.
— Trahison ! Non, Param. Le seul qui devrait trahir sa loyauté envers la promise à la Tente de lumière, mais qui ne le fera jamais, c’est moi. Ton frère se fiche pas mal de tout cela. Et ce n’est pas quelqu’un de déloyal. Au contraire, il voue un véritable culte au seul chef de notre groupe : Umbo. Voilà ce que tu n’as pas compris, ce que tu ne vois pas. Umbo est le premier des voyageurs du temps ! Et dans notre microcosme limité à ceux qui maîtrisent le temps et aux autres, cela fait de lui le roi.
— Il est le roi de rien du tout ! réfuta Param. Tout le monde écoute Rigg.
— Tu as raison. Umbo est un roi fantoche. Ton frère est entraîné, il perçoit les traces, et remonte donc plus loin et avec plus de précision qu’Umbo dans le passé. Il a reçu en outre l’éducation de Ramsac dont aurait bénéficié Umbo si le sacrifiable l’avait préféré à Rigg. Umbo n’est pas à sa place car c’est Rigg qui l’occupe. Avec ton appui, d’ailleurs.
— Bien sûr, il est… il est l’un des…
— Des princes sessamides, l’aida Olivenko. Mais ce n’est pas la raison qui nous pousse, nous, à le suivre. Nous le suivons parce qu’il est intelligent, plein de ressources et formé par Ramsac à affronter des situations qui nous laissent démunis. Et indulgent aussi, sans doute parce qu’il répugne à diriger.
— Répugne à diriger ? s’exclama Param.
— Une chose que lui et moi avons en commun. Tout le contraire de toi et Umbo, qui en rêvez mais ne pouvez pas – Umbo, par manque de soutien et toi, par incompétence. »
La violence de sa franchise souffla Param qui, par réflexe, se mit à sectionner le temps. La princesse commença à s’estomper, à perdre du terrain, malgré une foulée toujours aussi rapide. Elle crut, l’espace d’une seconde, qu’Olivenko remarquerait sa disparition progressive mais non, le garde maintenait bon train ; il ne pouvait la croire toujours à sa hauteur ; si, pourtant. Il ne se retourna pas.
N’attends aucune faiblesse de sa part. Si tu crois le feinter avec ta disparition… Il t’a dit la vérité crue. Si tu n’es pas capable de l’accepter, tant pis pour toi.
Param cessa de morceler le temps. Elle héla Olivenko.
« Attends-moi ! »
Olivenko s’arrêta de marcher.
« Oh, tu es de retour, nota-t-il en se retournant. Bien. Très bien. Désolé pour mes paroles un peu dures. J’espérais que tu aurais le courage de les entendre, et suffisamment d’humilité pour les supporter.
— Les deux, concéda Param. Je veux dire… Je manque un peu des deux.
— Mais tu es là, se réjouit-il. Je t’apprécie, Param. Surtout, je te respecte. Les autres ne comprennent rien à ta vie. Moi, j’ai eu la chance d’être proche de ton père, et présent à ses côtés quand il se confiait sur toi en pleurant d’impuissance de ne pouvoir te protéger. “Quel homme laisserait sa fille subir de tels affronts sans rien faire ?” se lamentait-il parfois. Je tentais alors de le consoler : “Mort, vous ne lui serez plus d’aucune aide. Et c’est ainsi que vous finirez si vous vous opposez à eux.” Mais il ne voulait rien entendre. “Mieux vaut un père mort qui a eu le courage de donner sa vie pour sa fille qu’un vivant qui ne l’a pas eu !” finissait-il toujours par enrager.
— Il n’a rien pu faire, conclut Param. Et regarde ce pour quoi il est mort !
— Pour essayer de traverser un Mur, reprit Olivenko, que nous avons fini par traverser. Nous avons réalisé son rêve.
— Un rêve qui est en train de se transformer en cauchemar, déplora Param.
— En cauchemar ? s’exclama Olivenko. Regarde tous ces gens, la reine mère, ce dictateur de Général Citoyen, ils ne sont rien, comparés à nous ! Nous sommes les passeurs de Murs, les arpenteurs de mondes. Eux ne se doutent même pas que la planète est en sursis ; nous avons pour mission de la sauver. Nous sommes les dieux dont les troubadours chanteront plus tard les louanges.
— Ils n’auront pas le temps d’entonner trois notes que les orbiteurs les foudroieront sur place, plaisanta Param.
— Nous n’aurons droit à notre légende que si nous réussissons.
— Si les souris réussissent, rectifia Param.
— Nous, les souris… peu importe. Entendu, on leur accordera un couplet. La foule s’ébaudira au récit des souris magiques qui nous ont aidés à sauver la planète. »
Param salua son humour d’un éclat de rire.
« Oui, c’est ce que le Conseil révolutionnaire du Peuple nous a appris : celui qui écrit l’histoire se réserve toujours le beau rôle.
— Param, je te tiens en profond respect, toi la future Reine-en-la-Tente. C’est dans mes gènes, je n’y peux rien. Ton charme est désarmant et, lorsque tu ne t’apitoies pas sur ton sort, tu arrives même à être drôle, pétillante et brillante. Mais je te respecte aussi pour ton courage face à des épreuves qu’aucun de nous n’a eu à affronter, pour tes années de solitude dont la seule pensée suffit à me briser le cœur, pour tout ce que tu as traversé. Ta mère représentait tout pour toi et elle t’a trahie – Rigg, lui, ne la connaissait que depuis quelques mois, elle était une étrangère pour lui. Pas pour toi.
— Non, mais c’est aussi la raison pour laquelle je n’ai pas été surprise.